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Théodore de BANVILLE (1823-1891) (Recueil : Les exilés) - Les torts du cygne

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Théodore de BANVILLE (1823-1891) (Recueil : Les exilés) - Les torts du cygne Comme le Cygne allait nageant Sur le lac au miroir d'argent, Plein de fraîcheur et de silence, Les Corbeaux noirs, d'un ton guerrier, Se mirent à l'injurier En volant avec turbulence. Va te cacher, vilain oiseau ! S'écriaient-ils. Ce damoiseau Est vêtu de lys et d'ivoire ! Il a de la neige à son flanc ! Il se montre couvert de blanc Comme un paillasse de la foire! Il va sur les eaux de saphir, Laid comme une perle d'Ophir, Blanc comme le marbre des tombes Et comme l'aubépine en fleur ! Le fat arbore la couleur Des boulangers et des colombes ! Pour briller sur ce promenoir, Que n'a-t-il adopté le noir ! Un fait des plus élémentaires, C'est que le noir est distingué. C'est propre, c'est joli, c'est gai ; C'est l'uniforme des notaires. Cuisinier, garde ton couteau Pour ce Gille, cher à Wateau ! Accours! et moi-même que n'ai-je Le bec aigu comme un ciseau Pour percer le vilain oiseau Barbouillé de lys et de neige ! Tel fut leur langage. A son tour Dans les cieux parut un Vautour Qui s'en vint déchirer le Cygne Ivre de joie et de soleil ; Et sur l'onde son sang vermeil Coula comme une pourpre insigne. Alors, plus brillant que l'Oeta Ceint de neige, l'oiseau chanta, L'oiseau que sa blancheur décore ; Il chanta la splendeur du jour, Et tous les antres d'alentour S'emplirent de sa voix sonore. Et l'Alouette dans son vol, Et la Rose et le Rossignol Pleuraient le Cygne. Mais les Anes S'écrièrent avec lenteur : Que nous veut ce mauvais chanteur ? Nous avons des airs bien plus crânes. Il chantait toujours. Et les bois Frissonnants écoutaient la voix Pleine d'hymnes et de louanges. Alors, d'autres êtres ailés Traversèrent les cieux voilés D'azur. Ceux-là, c'étaient des Anges. Ces beaux voyageurs, sans pleurer, Regardaient le Cygne expirer Parmi sa pourpre funéraire, Et, vers l'oiseau du flot obscur Tournant leur prunelle d'azur, Ils lui disaient : Bonsoir, mon frère.

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