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S'interrogeant sur les moyens dont dispose un écrivain pour faire réfléchir ses lecteurs, Tzvetan Todorov remarque : « Une thèse nous traverse, une histoire nous habite ». Vous expliquerez, puis vous discuterez cette affirmation.

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C'est un bon moyen, pour un auteur, de diffuser ses idées et défendre sa thèse tout en évitant la censure. Du XIV au XVIIIe siècle, l'expression n'étant pas libre et il est difficile de critiquer le pouvoir et les institutions sans s'exposer à des risques importants. Le récit et la fiction permettent de contourner plus facilement la censure, car au premier abord le texte paraît inoffensif, et ne devient subversif qu'après interprétation. Ex : ·               les Lettres Persanes de Montesquieu où l'écrivain peut parler librement des problèmes français liés à l'Edit de Nantes, en faisant allusion à des évènements qui ont eu lieu en Perse. Il évite ainsi la censure par la monarchie tout en exprimant son désaccord avec les mesures prises contre les protestants. ·               Les Fables de La Fontaine proposant un récit simple, voire enfantin, une morale anodine et étant, en outre, dédiées au Dauphin, peuvent énoncer leurs idées et critiques subversives sans tomber sous le joug de la censure.   2)      Un appel à l'esprit critique du lecteur   Le recours au récit et à la fiction pour inviter à réfléchir sur un problème fait appel à l'esprit critique du lecteur qui doit décoder le message fictionnel. En effet, celui-ci doit s'impliquer activement dans sa lecture pour dégager le message de l'auteur. Il participe ainsi à la construction du sens du texte, puisqu'il doit en tirer lui-même la conclusion et la morale.  Le lecteur doit procéder par comparaison avec sa situation.

« Analyse du sujet et problématisation : Ce sujet considère la littérature comme un moyen de réflexion.

Comment inviter le lecteur à la réflexion : c'est la question à laquelle Todorov répond dans cette citation : « une thèse nous traverse, une histoire nous habite.

» Par « thèse », Todorov entend ici une littérature faisant part d'une réflexion et d'une argumentation explicites et théoriques.

Selon lui la thèse ne fait que traverser le lecteur ; c'est à dire qu'elle passe à travers lui, sans imprimer en lui une réflexion durable. Au contraire, l'histoire, c'est-à-dire, le récit, la fiction littéraire, est, selon Todorov, ce qui « habite » le lecteur, ce qui permet de captiver son attention et d'imprimer en lui une réflexion durable. Problématique : Le recours au récit, à la fiction est-il le meilleur moyen, pour un écrivain de faire réfléchir ses lecteurs ? I) Le recours au récit et à la fiction : un moyen de « captatio benevolentiae » Le récit et la fiction sont de bons moyens pour s'attirer la sympathie du lecteur et d'intéresser plus facilement un public plus large. 1) Une fonction divertissante La fiction et le récit suscitent le plaisir du lecteur en le captivant par l'intrigue, en le dépaysant et en provoquant son amusement.

Le lecteur est plongé dans l'intrigue et désire en connaître le dénouement : il ira donc jusqu'au bout du texte.

(Cf.

Candide de Voltaire : le héros va-t-il parvenir à retrouver Cunégonde et à l'épouser ?) C'est une assurance pour l'auteur que son message sera transmis intégralement, contrairement à d'autres formes d'expression plus rébarbatives et austères qui pourraient décourager le lecteur.

L'écrivain peut provoquer aussi par l'histoire l'amusement du lecteur en usant d'humour et d'ironie. Ex : · Dans Candide de Voltaire, le patronyme ridicule du baron de Thunder-ten-tronckh fait rire le lecteur, et permet également à Voltaire de faire une virulente satire de la noblesse. · Dans les comédies de Molière, le rire permet souvent de faire adhérer le spectateur à la satire de la noblesse · Autre ex : Marivaux, L'Ile aux esclaves : le lecteur se prend au jeu de rôle mis en scène sur l'île et ce faisant, il entend avec sûrement plus de sympathie la critique des inégalités faite par Marivaux. 2) Une simplicité concrète L'histoire permet une meilleure compréhension des idées que veut transmettre l'auteur.

La structure même des récits est souvent simple, ce qui retient plus facilement l'attention et rend la lecture plus aisée, moins rhétorique que celle d'un discours ou d'un essai.

Expliciter, en outre, des arguments abstraits par des exemples concrets leur donne une valeur de preuve aux yeux du lecteur. Ex : L'exemple du roman à thèse Hugolien « Le Dernier Jour d'un condamné » : Hugo s'y oppose avec véhémence à la peine de mort.

Le récit du condamné n'est pas une fin en soi, mais juste un prétexte pour montrer la barbarie de l'injustice humaine.

Le texte habille l'idée et lui donne la forme narrative plus acceptable chez le lecteur plus que tout autre forme car utilisant les ressorts de l'émotion pour le persuader. Notons que la fiction à thèse implique une lecture active du lecteur, qui doit découvrir des idées abstraites derrière une histoire imaginaire.

Le lecteur est envisagé comme un acteur du texte à part entière. 3) Une complicité avec le lecteur Le récit crée une complicité de l'auteur ou de ses personnages avec le lecteur à travers un processus d'identification possible.

En outre, les allusions et sous-entendus souvent présents dans un récit à portée argumentative, établissent une sorte de complicité entre l'auteur et son lecteur.

L'écrivain peut également se moquer de ses adversaires Ex : L'Histoire des oracles de Fontenelle, où l'auteur démontre sa thèse par l'absurde, mettant en scène des savants aux noms ridicules et marquant le lecteur par une chute ironique. II) Le récit et la fiction : les moyens d'une argumentation détournée L'histoire, transmettant, dans une œuvre, une argumentation souvent détournée, apparaît comme un bon moyen de faire réfléchir les lecteurs.

Elle prétend au même fin qu'une thèse. 1) Le masque du récit et de la fiction. »

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