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RABELAIS. chapitre 27 de Gargantua

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RABELAIS. chapitre 27 de Gargantua : "En l'abbaye il y avait alors un moine cloîtré nommé Frère Jean des Entommeures, jeune fier, pimpant, joyeux, pas manchot, hardi, courageux, décidé, haut, maigre, bien fendu de gueule, bien servi en nez, beau débiteur d'heures, pour tout dire, en un mot, un vrai moine s'il en fut jamais depuis que le monde moinant moina de moinerie ; au reste, clerc jusques aux dents en matière de bréviaire. Celui-ci, entendant le bruit que faisaient les ennemis à travers le clos de leur vigne, sortit pour voir ce qu'ils faisaient. En s'apercevant qu'ils vendangeaient leur clos sur lequel reposait leur boisson pour toute l'année, il s'en retourne au choeur de l'église où se trouvaient les autres moines, tout abasourdis comme fondeurs de cloches, et voyant qu'ils chantaient : "Ini-nim-pe-ne-ne-ne-ne-ne-ne-tum-ne-num-num-ini-i-mi-i-mi-co-o-ne-no-o-o-ne-no-ne-no-no-no-rum-ne-num-num... - C'est, dit-il, bien chanté ! Vertu Dieu, que ne chantez-vous : Adieu paniers, vendanges sont faites ? "Je me donne au diable s'ils ne sont pas dans notre clos à souper si bien ceps et raisins que, par le corps Dieu, il n'y aura de quatre années rien à grapiller dedans. Ventre saint Jacques, que boirons-nous pendant ce temps-là, nous autre pauvres diables ? Seigneur Dieu, donnez-nous notre vin quotidien !" Alors le prieur claustral dit : "Que bien faire cet ivrogne ici ? Qu'on me le mène au cachot. Troubler ainsi le service divin ! -Oui, mais le service du vin, dit le moine, faisons en sorte qu'il ne soit pas troublé : car vous-même, Monsieur le Prieur, aimez à en boire, et du meilleur. C'est ce que fait tout homme de bien. Jamais un homme noble ne hait le bon vin : c'est un précepte monacal. Quant à ces répons que vous chantez ici, pardieu, ils ne sont point de saison. "Pourquoi nos heures sont-elles courtes en prériode de moisson et de vendanges, et longues pendant l'Avent et tout l'hiver ? Feu Frère Macé Pelosse, de bonne mémoire, vrai zélateur de notre ordre (ou je me donne au diable), m'a dit, je m'en souviens, que c'était afin qu'en cette saison nous fassions bien rentrer la vendange pour faire le vin, et puissions le humer en hiver. "Ecoutez, Messieurs, vous autres qui aimez le vin. Par le corps Dieu, suivez-moi ! Et bon sang, que saint Antoine m'envoie la brûlure si ceux qui n'auront pas secouru la vigne tâtent du piot ! Ventre Dieu, les biens de l'Eglise ! Ah! non, non, diable ! Saint Thomas l'Anglais a bien voulu mourir pour eux. Si je mourais à cette tâche, ne serais-je pas saint pareillement ? Pourtant je n'y mourrai pas ; ce sont les autres que je vais expédier."

« Commentaire d’un extrait du chapitre 27 de Gargantua de Rabelais Introduction : Notre extrait est tiré du second roman de Rabelais Gargantua (1534), qui fait suite à Pantagruel. Rabelais est un écrivain humaniste de la première moitié du 16e siècle. Dans ses romans, il met en scène des géants pour mieux révéler, de manière détournée, les problèmes de la société dans laquelle il vit et pour mieux dénoncer ses ennemis. Le projet de Rabelais est double, il est à la fois romanesque et philosophique. En effet, il raconte les péripéties auxquelles sont confrontés ses héros en même temps qu’il expose sa vision de l’homme ainsi que ses idées novatrices et progressistes. Dans ce passage, le narrateur présente un personnage Frère Jean des Entommeures, qui s’apprête à déclarer la guerre à des hommes qui tentent de voler le vignoble de l’abbaye. Pour le récompenser de ses exploits guerriers, Gargantua lui permettra de faire construire sa propre abbaye, Thélème qu’il pourra organiser comme bon lui semblera. Projet de lecture : Dans le prologue de Pantagruel, Rabelais déclare qu’il faut chercher dans ses romans la « substantifique moelle » qui sa cache derrière le sens littéral du texte. Dans quelle mesure peut-on déceler plusieurs niveaux de lecture dans ce texte ? I Un texte narratif 1) La situation spatio-temporelle Dans un roman, l’auteur situe précisément la situation afin de permettre au lecteur de trouver des repères dans un univers romanesque particulier. Nous pouvons relever des indications de temps et de lieu qui nous permettent de situer précisément l’intrigue, notamment des compléments circonstanciels de lieux : « en l’abbaye », « à travers le clos de leur vigne », « au chœur de leur vigne ». Ces indications permettent au lecteur de se figurer un décor. D’autre part, nous devons être attentif au jeu des temps du passé : passé simple/ imparfait, propre au récit. Dès la première ligne, la structure présentative à l’imparfait « il y avait » permet de situer l’action dans un univers référentiel précis. Ensuite, Rabelais utilise le passé simple pour rendre compte de la progression du récit. 2) L’enchaînement des évènements : le passage du récit au dialogue Rabelais dans ce passage mêle le récit et le discours pour donner plus d’épaisseur à ses personnages. Après une première phrase très longue, le pronom « celui-ci », associé au complément circonstanciel de temps « entendant le bruit que faisaient les ennemis » marque une rupture qui introduit l’élément perturbateur : Frère Jean a entendu des hommes voler les produits de la vigne des moines. Ainsi, Rabelais raconte des actions, comme le révèle l’emploi du passé simple ainsi que l’emploi de connecteurs temporels tels que « alors ». Toutefois, Rabelais, comme le suggère la tradition romanesque laisse une grande part au dialogue, celui-ci étant directement inséré dans la trame du récit 3) Une pause descriptive : le portrait de Frère Jean des Entommeures Dans ce texte mêle portrait physique et psychologique avec beaucoup d’humour. En effet, notre passage s’ouvre sur la description du géant. Celle-ci est construite par accumulation d’éléments divers. Rabelais multiplie les caractérisants ce qui tend à souligner l’importance du personnage pour la suite de l’intrigue. Il commence par multiplier les adjectifs puis il emploie des groupes nominaux de plus en plus longs. Rabelais grâce à cette expression « un vrai moine s’il en fut jamais depuis que le monde moinant moina de moinerie » fait de ce personnage un modèle, un porte-parole de ses propres idées en matière de religion. Il montre que Frère Jean est un bien meilleur moine que ses semblables. C’est d’autant plus important que le dialogue, dans la suite du texte, prend un caractère polémique puisque Frère Jean incite les autres moines à partir en guerre contre les voleurs de vin. Ainsi, le dialogue explicatif devient un dialogue argumentatif car le moine cherche à convaincre les autres moines de la nécessité de la guerre. Il propose deux arguments. Selon le premier, aimer le bon vin est « un précepte monacal », selon le second, les vendanges sont l’une des activités essentielles des moines ». Ainsi, Rabelais dresse un portait double à la fois physique et moral. II Les ressorts du comique 1) L’humour au cœur de l’œuvre romanesque de Rabelais Dans toute l’œuvre de Rabelais, l’humour apparaît comme un élément fondamental. En effet, Rabelais veut divertir. Ses personnages doivent beaucoup aux personnages du folklore du Moyen Age, ainsi, ces géants sont avant tout des personnages comiques. Pour Rabelais, qui a quitté l’ordre des moines franciscains pour devenir médecin, le rire a une vertu thérapeutique, il aide à guérir les malades et il permet à ceux qui sont en bonne santé de le rester. Notre texte témoigne de cet engouement rabelaisien pour le comique sous toutes ses formes. Ainsi, il nous faut rappeler que l’univers romanesque de Rabelais est, indépendamment des différentes péripéties, un monde très drôle puis que les personnages sont des géants décalés dont les traits de caractère sont grossis pour mieux provoquer le rire. Notons par »

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