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Pierre DUPONT (1821-1870) (Recueil : Chants et chansons) - Les boeufs

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Pierre DUPONT (1821-1870) (Recueil : Chants et chansons) - Les boeufs LES BOEUFS J'ai deux grands boeufs dans mon étable, Deux grands boeufs blancs marqués de roux ; La charrue est en bois d'érable, L'aiguillon en branche de houx. C'est par leur soin qu'on voit la plaine Verte l'hiver, jaune l'été ; Ils gagnent dans une semaine Plus d'argent qu'ils n'en ont coûté. S'il me fallait les vendre, J'aimerais mieux me pendre ; J'aime Jeanne ma femme, eh bien ! j'aimerais mieux La voir mourir, que voir mourir mes boeufs. Les voyez-vous, les belles bêtes, Creuser profond et tracer droit, Bravant la pluie et les tempêtes Qu'il fasse chaud, qu'il fasse froid. Lorsque je fais halte pour boire, Un brouillard sort de leurs naseaux, Et je vois sur leur corne noire Se poser les petits oiseaux. S'il me fallait les vendre, J'aimerais mieux me pendre ; J'aime Jeanne ma femme, eh bien ! j'aimerais mieux La voir mourir, que voir mourir mes boeufs. Ils sont forts comme un pressoir d'huile, Ils sont doux comme des moutons ; Tous les ans, on vient de la ville Les marchander dans nos cantons, Pour les mener aux Tuileries, Au mardi gras devant le roi, Et puis les vendre aux boucheries ; Je ne veux pas, ils sont à moi. S'il me fallait les vendre, J'aimerais mieux me pendre ; J'aime Jeanne ma femme, eh bien ! j'aimerais mieux La voir mourir, que voir mourir mes boeufs. Quand notre fille sera grande, Si le fils de notre régent En mariage la demande, Je lui promets tout mon argent ; Mais si pour dot il veut qu'on donne Les grands boeufs blancs marqués de roux ; Ma fille, laissons la couronne Et ramenons les boeufs chez nous. S'il me fallait les vendre, J'aimerais mieux me pendre ; J'aime Jeanne ma femme, eh bien ! j'aimerais mieux La voir mourir, que voir mourir mes boeufs.

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