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Pierre de Ronsard

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Presque oublié pendant deux siècles, réhabilité fort timidement par Sainte-Beuve, et devenu, comme le dit avec mépris Gobineau, "pour ainsi dire l'Homère des Romantiques", Ronsard est aujourd'hui communément regardé comme notre plus grand poète avec Hugo. Il se taille la part du lion dans les manuels et les anthologies : mais, trop lu peut-être à l'école, il l'est trop peu des amateurs de poésie. Son oeuvre est une puissante forêt où l'on ne s'aventure que par chemins rebattus, cueillant parfois sur leurs bords quelques fleurettes : en dehors d'eux, elle demeure impénétrable, par son étouffante exubérance que notre goût ne s'attarde guère à débrouiller. Peu d'admirations me paraissent plus conventionnelles que celle dont Ronsard est l'objet. Sa vie même est fixée par la convention, des Amours de Cassandre aux Sonnets pour Hélène, en passant par Marie, Genèvre et Isabeau. Dans l'escalier du château de la Possonnière en Vendômois, où il naît le 11 septembre 1524, se lit la devise Voluptati et gratiis, qu'aucun biographe ne manque de mettre en exergue de la vie de Ronsard. Nous a-t-on ressassé la légende de ce Ronsard épicurien, sempiternellement amoureux, et dont les billets doux constitueraient le plus clair ­ et le plus intéressant ­ de son oeuvre ? Ce Ronsard imaginaire, qui nous faisait rêver adolescents, a vieilli avec nos rêves : nous goûtons moins sa mignardise appliquée, et pourquoi ne pas le dire ? sa fadeur. Le vrai Ronsard, c'est Gide qui lui rend hommage, après Brunetière. "On a trop vu l'amour alimenter sa poésie ; sa majeure source d'inspiration, c'est l'ivresse ; une ivresse mythologique, philosophique, chrétienne même parfois (mais d'un christianisme qui s'allie étrangement au paganisme), à laquelle il doit cette sorte de transport lyrique, cette éruption verbale surabondante, intempérée, qui devait écarter de lui les lecteurs à tête froide des siècles suivants et qui ne sera retrouvée, égalée, dépassée, que beaucoup plus tard, par Hugo" (André Gide, Préface de l'Anthologie de la Poésie Française, Gallimard).

« Pierre de Ronsard Presque oublié pendant deux siècles, réhabilité fort timidement par Sainte-Beuve, et devenu, comme le dit avec mépris Gobineau, "pour ainsi dire l'Homère des Romantiques", Ronsard est aujourd'hui communément regardé comme notre plus grand poète avec Hugo.

Il se taille la part du lion dans les manuels et les anthologies : mais, trop lu peutêtre à l'école, il l'est trop peu des amateurs de poésie.

Son oeuvre est une puissante forêt où l'on ne s'aventure que par chemins rebattus, cueillant parfois sur leurs bords quelques fleurettes : en dehors d'eux, elle demeure impénétrable, par son étouffante exubérance que notre goût ne s'attarde guère à débrouiller. Peu d'admirations me paraissent plus conventionnelles que celle dont Ronsard est l'objet.

Sa vie même est fixée par la convention, des Amours de Cassandre aux Sonnets pour Hélène, en passant par Marie, Genèvre et Isabeau.

Dans l'escalier du château de la Possonnière en Vendômois, où il naît le 11 septembre 1524, se lit la devise Voluptati et gratiis, qu'aucun biographe ne manque de mettre en exergue de la vie de Ronsard.

Nous a-t-on ressassé la légende de ce Ronsard épicurien, sempiternellement amoureux, et dont les billets doux constitueraient le plus clair et le plus intéressant de son oeuvre ? Ce Ronsard imaginaire, qui nous faisait rêver adolescents, a vieilli avec nos rêves : nous goûtons moins sa mignardise appliquée, et pourquoi ne pas le dire ? sa fadeur.

Le vrai Ronsard, c'est Gide qui lui rend hommage, après Brunetière.

"On a trop vu l'amour alimenter sa poésie ; sa majeure source d'inspiration, c'est l'ivresse ; une ivresse mythologique, philosophique, chrétienne même parfois (mais d'un christianisme qui s'allie étrangement au paganisme), à laquelle il doit cette sorte de transport lyrique, cette éruption verbale surabondante, intempérée, qui devait écarter de lui les lecteurs à tête froide des siècles suivants et qui ne sera retrouvée, égalée, dépassée, que beaucoup plus tard, par Hugo" (André Gide, Préface de l'Anthologie de la Poésie Française, Gallimard). Un grand sourd, comme Beethoven ; un souffrant dont la douleur fut la seule amante durable, et qui, peut-être, ne célébra si fort la vie que faute de la pouvoir vivre (le lyrisme dyonisiaque est souvent le fait d'un tempérament frustré...).

Cette tonsure qui lui fut imposée à seize ans, et qui, sous réserve qu'il ne se marierait jamais, lui donnait droit aux bénéfices ecclésiastiques, est dans son cas plus qu'une formalité : un symbole des renoncements à quoi l'obligent sa surdité, et, plus tard, les divers maux qui l'accablent.

Il n'est pas jusqu'à ses passions successives pour des pucelles de quinze ans qui ne nous rendent suspecte, non pas son ardeur de tête mais la réalité sensuelle de ses plaisirs.

Certes, il peut écrire : Vous ne devez pourtant, et fussiez-vous Princesse, Jamais vous repentir d'avoir aimé Ronsard, nous n'en sommes point assurés pour autant de l'authenticité de ses bonnes fortunes.

Lui qui, dans un moment d'irrévérence à l'endroit de son idole, écrivait de Pétrarque : Ou bien il jouissait de sa Laurette, ou bien Il était un grand fat d'aimer sans avoir rien, semble s'être fort souvent contenté de cette dernière façon de pétrarquiser.

Hormis Genèvre, la bourgeoise parisienne qui fut sa maîtresse alors qu'il avait trente-huit ans, les nombreuses bien aimées qu'il se choisit lui sont toutes des prétextes, et nous entendons bien dans les divers sens qu'il implique ce vers si juste et si révélateur ...J'aime mieux absent qu'étant près de mon bien. Lui qui, dès la trentième année, se plaint d'avoir "le chef grison et chauve", se doit sentir assez ridicule, vingt ans plus tard, de jouer les Arnolphe auprès d'Hélène de Surgères.

A cet âge-là répéter le conseil fameux : "Cueillez votre jeunesse", ne va pas sans une amertume dont l'irritation se devine chez Ronsard.

Le Je suis, dis-je, Ronsard, et cela te suffise, est un peu trop agressif pour être entièrement convaincu.

Et que Ronsard, tout au fond de lui, ait gardé de ses relations quasi-platoniques avec les femmes un mépris assez peu galant de celles-ci, telle lettre qu'il écrivit au sujet d'Hélène à son ami Scévole de Sainte-Marthe nous en fournit la preuve en termes fort durs : "Monsieur mon ancien ami, c'est (disait Aristophane) un faix insupportable de servir un maître qui radote.

Parodizant là-dessus, c'est un grand malheur de servir une maîtresse qui n'a jugement ni raison en notre poésie...

Je vous supplie, monsieur, ne vouloir croire (...) mademoiselle de Surgères et n'ajouter ni diminuer rien de mes sonnets, s'il vous plaît ! Si elle ne les trouve bons, qu'elle les laisse, je n'ai la tête rompue d'autre chose.

On dit que le Roy vient à Blois et à Tours, et pour cela je m'enfuis à Paris et y serai en bref, car je hais la Cour comme la mort.

Si elle veut faire quelque dessin de marbre sur la fontaine, elle le pourra faire, mais ce sont délibérations de femmes, qui ne durent qu'un jour, qui de la nature sont si avares qu'elles ne voudraient pas dépendre un écu pour un haut fait. Faites-lui voir cette lettre si vous le trouvez bon..." Je hais la Cour comme la mort : c'est peut-être d'y avoir trop séjourné.

A l'âge de douze ans, Ronsard n'est-il pas l'un des pages du dauphin ? En mai 1537, quand Jacques V d'Ecosse regagne son royaume en compagnie de la. »

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