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Phèdre, Acte I scène 3 (Racine)

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Phèdre fait de nombreuses tentatives pour échapper à cet amour. D’abord des « voeux assidus » : elle fait appel à sa croyance, à la religion, pour contrer le mal qui l’accable. Elle multiplie les actions qui pourraient être salvatrices : « bâtis un temple », « l’orne », s’entoure de « victimes », brûle de « l’encens ». Cette accumulation d’initiatives pour sortir de son état est appuyée par la valeur des pluriels « victimes », « autels », « voeux », ainsi que par l’imparfait qui traduit la répétition de ces gestes. Malgré ses efforts, Phèdre ne parvient pas à oublier son beau-fils. Elle tente des actions désespérées, la vigueur de son combat s’est essoufflée, on trouve ainsi le passé simple qui fait de ces actions des sursauts, sursauts de désespoir d’une Phèdre consumé par un amour trop lourd pour elle. Prier les dieux, haïr ou faire exiler Hyppolite : rien n’y fait, Phèdre l’aime d’un amour fou, irraisonné et irraisonnable. Cette démesure est présentée dans ses agissements par des hyperboles qui soulignent la fatalité de cette amour : « cris éternels », « partout », « à toute heure ».

« Nombreux sont les écrivains qui, avant Racine, ont abordé la légende de l'amour interdit entre le jeune Hyppolite et sa belle-mère, Phèdre.

Sénèque, Garnier, ou même Euridipe avant eux, plaçaient alors Hyppolite au premier plan de la tragédie.

L'originalité de la pièce de Racine réside donc dans le fait qu'il mette Phèdre au devant de la scène comme en témoigne le titre de l'oeuvre.

La tragédie met l'accent sur une figure féminine torturée par un amour impossible parce qu'immoral.

En effet, Phèdre s'éprend d'Hyppolite, fils de Thésée, son mari.

Cet amour incestueux la submerge tant qu'elle se laisse doucement mourir.

Dans cette scène, Oenone, sa nourrice, tente de connaître le mal qui la ronge, la tue.

C'est sous cette pression quasi « maternelle » que Phèdre fait l'aveu de son amour, cet amour indicible qu'elle cache depuis si longtemps.

Mais dans quelles mesures l'expression de l'amour interdit que Phèdre voue à Hyppolite fait elle de ce passage une tirade véritablement tragique à l'image de ce que doit être une tragédie exemplaire? Pour y répondre, nous étudierons les manifestations de la passion interdite de Phèdre puis l'inexorabilité de cet amour et enfin nous expliquerons la qualité exemplaire de cette tirade dans la tragédie. Phèdre est prisonnière d'un amour qu'elle estime contre-nature et qui la détruit.

L'aveu qu'elle en fait dans ce passage à sa confidente Oenone est empreint de tous les paradoxes propres à l'amour passionnel qui témoignent du désordre amoureux. La manifestation est d'abord physiologique.

Phèdre est victime physiquement de son amour et les signes sont évidents dès le premier vers : « je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ».

Ce tétramètre renferme une succession de couleurs oxymoriques, le rouge et le blanc, accentuées par une allitération en « i » qui mettent en relief l'intensité de l'amour et la puissance, le pouvoir, du regard.

Le trouble est si profond que Phèdre passe d'un état à son contraire de manière quasi instantanée, instantanéité que traduisent les trois passés simples successifs du vers. L'intensité de l'amour et donc du trouble est encore présente dans la perte des sens : « mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ».

La double négation renforce l'idée de l'incapacité de Phèdre à se contrôler, le désir est trop fort pour elle.

D'ailleurs, le sujet de « voyaient » est bien le groupe nominal « mes yeux » et non pas Phèdre ellemême.

Il y a donc une dépossession de sa propre personne, elle ne décide plus de rien, elle est comme aliénée. Les manifestations ambivalentes, paradoxales du vers 273 sont reprises et appuyées : « je sentis tout mon corps et transir et brûler » (vers 276).

Les métaphores qui consistent à associer l'amour au feu et la peur à la glace prennent ici leur sens premier ; outre les images qu'elles évoquent, elles traduisent ici toutes la vivacité des sentiments incontrôlables et les sensations antithétiques qu'ils dégagent.

Le dérèglement physique est si fort que l'amour est comparé à une « incurable » maladie (vers 283), on parle de « remèdes impuissants».

Le trouble atteint le domaine médical, il ne faut pas oublier que Phèdre est entre la vie et la mort quand elle fait cet aveu.

Telle la gangrène, l'amour s'est insinué en elle et la tue a petit feu.

C'est un amour oppressant, on remarque d'ailleurs le soulagement de Phèdre lors de l'exil d'Hyppolite : en son absence « je respirais » confie Phèdre à Oenone.

La présence du jeune homme l'empêchait donc de respirer, son amour pour lui l'oppressait. Mais les troubles de Phèdre sont aussi moraux.

« je rougis » (vers 273) traduit bien l'intensité de l'amour, mais c'est aussi un synonyme de honte.

C'est en effet un amour honteux qui a saisis Phèdre, un amour interdit car incestueux.

Le sentiment de honte se traduit par la perte son moi, perte surtout de sa raison : « mon âme éperdue ».

Phèdre est trop bouleversée, trop amoureuse pour réussir à se raisonner.

De plus, cet amour est ascendant, « un trouble s'éleva ».

L'amour de Phèdre pour le fils de Thésée continue de croître malgré tout, mais l'utilisation du passé simple montre également que la naissance de cet amour fut instantanée, ce fut un coup de foudre.

Tout se passe comme si une foudre divine s'était abattue sur Phèdre, elle n'en serait alors pas responsable. C'est peut être également pour cela que Phèdre est si désemparée : « je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée ».

Cette antithèse entre « cherchais » et « égarée » met encore en relief l'aliénation mentale de Phèdre, son trouble est immense et elle n'arrive pas à en sortir. Outre les troubles quasi maladifs de Phèdre que sont les incidences de son amour sur son physique et sur son « âme », les manifestations de l'amour passent aussi par l'élévation d'Hyppolite sur un piédestal.

Hyppolite est l'objet d'un paradoxe découlant du profond désordre amoureux de Phèdre : il est à la fois « ennemi » et « idole ». Phèdre en est amoureuse et l'idolâtre , pourtant, le peu de raison qui lui reste le hait et le considère comme un ennemi.

L'amour semble tout de même s'imposer et Hyppolite est mêlé, dans les paroles de Phèdre, au champ lexical de la religion : « adorais », « J'offrais tout à ce dieu ».

Hyppolite est déifié, il est tout puissant aux yeux de celle qui l'aime.

Pourtant cette déification entraîne une étrange association : la passion contre-nature de Phèdre passerait presque pour un amour religieux ! Phèdre avoue son amour et décrit tous les manifestations qui en découlent.

Elle est torturée, affaiblie, pourtant Phèdre tente de se battre contre un amour impossible.. »

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