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On a pu dire que le théâtre était parmi les genres littéraires, le plus conventionnel. Après avoir précisé quelles sont les conventions essentielles que le théâtre impose, vous chercherez les raisons pour lesquelles, selon vous, le spectateur se soumet volontiers à ces conventions et accepte sur scène les fantaisies les plus débridées qu'il refuserait dans la vie réelle ?

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C'est joli la vie, mais cela n'a pas de forme. L'art a pour objet de lui en donner une précisément et de faire, par tous les artifices possibles - plus vrai que le vrai. II)            Le plaisir et l'intérêt du spectateur Si le théâtre est fondé sur un ensemble de « conventions », il n'est pas pour autant toujours « conventionnel », proposant souvent des scènes osées et les justifiant et les excusant par la convention du « faux théâtral » : mais où est l'intérêt et le plaisir du spectateur de théâtre lorsqu'il assiste à des « fantaisies »  théâtrales qu'il condamnerait dans la vie réelle?   1)      Le divertissement   Le théâtre, détaché des contraintes de la réalité ne semble avoir d'autre fin que d'être un divertissement. L'univers est purement esthétique et le spectateur apprécie le caractère festif ou  tragique de l'oeuvre. Cf. la comédie-ballet de Molière, Le Malade imaginaire, qui se termine par un délire carnavalesque. La tragédie même n'enseigne parfois aucune morale contre la fatalité: le public y trouve le plaisir de la terreur et de la pitié. Quand le théâtre est sa propre fin, les spectateurs, en acceptant toutes les conventions, entrent dans un univers où ils peuvent s'émouvoir, pleurer et rire; dans un ailleurs poétique indépendant de tout jugement sur les moeurs.   2)      La découverte de ses propres interrogations existentielles et leur possible résolution   Le théâtre permet souvent à un dramaturge d'exprimer sur scène de façon incarnée ses rêves ou ses angoisses.

« Analyse du sujet et problématisation Ce sujet invite à une double réflexion : d'une part il implique que l'on définisse en quoi le théâtre est un genre « conventionnel » et d'autre part, il appelle à expliquer la soumission du spectateur à ces conventions et à leurs conséquences ( parfois le spectateur assiste à des scènes qu'il condamnerait dans la vie réelle). Le terme « conventionnel » est ici ambigu : il présente le théâtre comme un genre littéraire fondé sur des conventions mais cet adjectif a une connotation très marqué : il invite à penser le théâtre comme un genre académique, rentrant dans l'ordre, ce qui n'est pas forcément le cas comme l'indique la fin du sujet. Définissons préalablement l'expression « convention théâtrale » : On appelle convention théâtrale tout élément dramatique parfaitement irréaliste ou invraisemblable (que ce soit dans les décors, l'interprétation, les dialogues, la distribution, etc.) mais qui est cependant considéré par le public comme tout à fait normal. Cette convention est l'ensemble des présupposés idéologiques et esthétiques, explicites ou pas, qui permettent au public de recevoir correctement la pièce. C'est une entente entre les spectateurs et les artistes selon laquelle le spectacle correspond à des normes connues et acceptées. Jacques Copeau disait : « J'appelle convention au théâtre l'usage et la combinaison infinie de signes et de moyens très limités, qui donnent à l'esprit une liberté sans limite et laissent à l'imagination du poète toute sa fluidité. » Problématique : Le théâtre est-il un genre « conventionnel » et académique ? I) Les Conventions théâtrales 1) Le théâtre codifié dès son origine Le théâtre, dès son origine, a été théorisé et soumis à un ensemble de règles : Aristote dans La Poétique codifie le genre théâtral à partir des tragédies antiques. Il définit la tragédie comme « l'imitation d'une action sérieuse et complète, elle a une juste grandeur, son langage est agréable... les événements y sont joués par des personnages et non racontés dans un récit ; enfin, elle provoque la pitié et la crainte, par là, elle effectue une véritable purgation des ces deux sortes de sentiments. ». Le genre théâtral est donc fondé sur deux règles, dès l'Antiquité : la mimesis et la catharsis. 2) Les règles du théâtre classique Le théâtre classique est fondé sur un grand nombre de conventions et de règles.C'est principalement de l'opposition entre les partisans d'un théâtre réglementé et ceux d'une création en liberté, que se sont constituées des règles, des doctrines et des recommandations qui se sont peu à peu imposées à ce qu'on appelle le théâtre classique, et en particulier à la tragédie qui en était la forme la plus «élevée». Les «doctes» de l'époque (érudits, académiciens) se sont inspirés, pour cette codification, des oeuvres antiques (tragédie grecque, comédie latine) ou de traités théoriques comme la célèbre Poétique d'Aristote IV° siècle av. J.C.). à évoquer ici les trois types de conventions en vigueur dans le théâtre classique : · La règle des trois unités : unités de temps, de lieu et d'action. Cf. Boileau, Art Poétique : « Qu'en un lieu, en un jour, un seul fait accompli tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli.» · La vraisemblance : « l'esprit n'est point ému de ce qu'il ne croit pas » précise Boileau dans son Art poétique (chant III). · La bienséance : les bienséances, dans un souci de ne pas choquer les spectateurs, excluent en principe de la scène tout ce qui (violence, amour) irait contre la morale établie ; les bienséances linguistiques interdisent au langage lui même (dialogue, récit) de rapporter de manière trop « réaliste» ce qui n'est pas montré sur la scène. 3) Les conventions a-temporelles du théâtre Le genre théâtral est fondé sur un certain nombre de conventions partagés par les dramaturges, les metteurs en scènes et les comédiens, conventions nécessaires au bon déroulement de la représentation. Ces conventions sont : le langage qui est inventé par l'auteur ( il s'agit d'un langage littéraire, ne pouvant véritablement se confondre avec le langage de la vie réelle) le comédien joue : il feint l'émotion le décor et les objets sont symboliques Le spectateur lui-même feint de croire à ce qui est représenté sur scène Nous sommes dans le monde des apparences malgré la présence réelle des acteurs. Ceux-ci jouent à être, à sentir, à paraître dans un décor stylisé, fabriqué. Ils s'expriment comme l'ont écrit les auteurs dramatiques. Cf. Anouilh, "La Répétition ou l'amour puni": Le naturel, le vrai, celui du théâtre, est la chose la moins naturelle du monde […]. »

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