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Odilon-Jean PÉRIER (1901-1928) (Recueil : La vertu par le chant) - Manque d'illusions

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Odilon-Jean PÉRIER (1901-1928) (Recueil : La vertu par le chant) - Manque d'illusions I Muse, rappelle-toi l'enfant aux genoux maigres que nous vîmes, gonflés de rancune et d'amour, prendre nonchalamment le chemin du retour sous mille arbres blessés de ses rires allègres ; sans trop y réfléchir aux gloires de ce corps le souvenir ajoute une Raison sereine - et pourtant nous l'avions reconnue fort humaine aussitôt qu'elle eût fait les gestes du remords... Qu'en dire (si déjà nous retrouvons ces choses d'un coeur bien plus égal qu'il n'apparaît souvent) sinon que des bonheurs formés logiquement nous attendent, sans doute, où tu me les proposes ? II Contre ma chambre nue une ville résonne d'harmonieux travaux, de sauvages loisirs. Elle veut m'arracher à mon meilleur plaisir. - J'écoute s'efforcer ce monstre monotone. J'écoute, dans le ciel plus épais qu'un rideau, un oiseau discordant crier qu'on se réveille, le jour industrieux monter comme une treille, et sonner le feuillage où frappe un fleuve d'eau. Muse, le coeur me fend au milieu de leur vie : je crois à la beauté des travaux patients. Si nous demeurons doux chez les hommes bruyants, c'est de toi qu'ils riront, ma sainte Poésie. - Ah ! quittons cette chambre et suis-moi, déguisée. Si le deuil est ici la parure des dieux ils te reconnaîtront à tes splendides yeux. - Et si leur existence est toujours aussi gaie, ton corps éblouissant comme un poignard, ton corps par la danse terrible et le poème sombre, quant tu dépouilleras les voiles et les ombres leur montrera ta vie au milieu de leur mort.

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