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Nérée BEAUCHEMIN (1850-1931) (Recueil : Patrie intime) - La maison solitaire

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Nérée BEAUCHEMIN (1850-1931) (Recueil : Patrie intime) - La maison solitaire Seule, en un coin de terre où plane la tristesse Et le mélancolique et vague ennui des soirs, La vieille maison blanche, aux grands contrevents noirs, Pleure-t-elle ses gens, son hôte, son hôtesse ? Avec sa porte close et ses carreaux en deuil Qui ne semblent, au loin, qu'un vaporeux décalque, La maison blanche et noire a l'air d'un catafalque Érigé sur le vide et la nuit d'un cercueil. À la croix des pignons tachés d'ocre et de suie, Comme un crêpe fané, la mousse vole au vent, Et l'on dirait, parfois, qu'il tombe de l'auvent Une neige de cendre et des larmes de pluie. Trois générations ont peiné dans ce lieu : Trois générations de laboureurs de terre Ont vécu longuement le rêve solitaire, Qui commence à l'autel et finit devant Dieu. Tout semble mort... Soudain, la vitre qui brasille S'ouvre, et, tel qu'au matin, brille un coquelicot, Une face vermeille apparaît, et l'écho Éparpille un fredon d'enfant qui s'égosille. Rouge d'orgueil, le fier petit gars d'habitant, Que le ber ancestral a couvé dans la paille, Du jeu d'un gosier d'or, éblouit la marmaille Et fait taire le merle et le coq éclatant. Et la vieille maison, tant de fois attristée Par le glas et l'adieu des funèbres convois, Reprend jeunesse et vie au seul son de la voix Qui conjure l'ennui, dont son âme est hantée. Le vieil âge n'est plus. Voici le jeune temps : L'aurore entre malgré la fenêtre morose ; La chambre se plafonne et se meuble de rose ; La maison recommence à vivre ses vingt ans. Et le chef du travail, dehors à coeur d'année, Bénit l'horizon clair et le soleil levant, Le nuage et l'oiseau, la rosée et le vent, Qui lui promettent tous une belle journée.

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