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Les ennemis de Boileau : Cotin, Boursault, Pradon, etc., lui ont violemment reproché d'avoir choisi le plus misérable des métiers, celui de satirique. Boileau s'est justifié dans la satire IX, A son esprit, où il démontre qu'il a toujours épargné les personnes, la vie privée; mais que c'est son droit et même son devoir, puisque c'est son tempérament, de dénoncer les méchants écrivains. Que pensez-vous de cette justification ?

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« Les ennemis de Boileau : Cotin, Boursault, Pradon, etc., lui ont violemment reproché d'avoir choisi le plus misérable des métiers, celui de satirique. Boileau s'est justifié dans la satire IX, A son esprit, où il démontre qu'il a toujours épargné les personnes, la vie privée; mais que c'est son droit et même son devoir, puisque c'est son tempérament, de dénoncer les méchants écrivains. Que pensez-vous de cette justification? Le sujet peut être conçu soit comme un « sujet général » : quels sont les droits de la critique littéraire? soit comme une étude limitée ,i Boileau : la justification convient-elle à Boileau? Nous nous en tiendrons ,i la discussion limitée, qui, dans tous les cas, devrait précéder la discussion générale ou y intervenir. Dissertation polémique où la meilleure méthode sera d'envisager successivement ce qui est favorable à Boileau et ce qui peut lui être défavorable. Attaques personnelles, touchant à la vie privée : Boileau n'a effectivement dit aucun mal, à cet égard, de Chapelain, de Cotin, de Quinault, de Pradon, à qui d'ailleurs on ne pouvait rien reprocher sans calomnie; ni de Scudéry ou de Boursault dont les ridicules et les défauts personnels étaient notoires, connus de tous. Mais il a fait allusion à la vie de bohème, souvent miséreuse, de Saint-Amant; il nous a montré Colletet «crotté jusqu'à l'échiné — allant chercher son pain de cuisine en cuisine »; Colletet était fort pauvre, mais n'avait pas été un parasite; sa misère était peu discrète, mais il était d'autant plus indiscret d'en parler que Boileau avait fréquenté la maison de Colletet. Il a fait ironiquement rimer Faret avec cabaret; ironie calomnieuse, car Faret n'avait rien d'un ivrogne. Il a traité le pâtissier Mignot d'empoisonneur; calomnie gratuite et qui n'a rien à voir avec la littérature. Attaques contre les œuvres littéraires. Cette critique littéraire, pour être justifiée, doit, en principe : 1° être désintéressée, ne pas servir des intérêts et rancunes personnels; 2° avoir un certain degré de justesse, ne pas mépriser des œuvres de valeur, louer des médiocres; 3° avoir une certaine tenue, éviter les excès de langage. On peut dire que, dans l'ensemble, la critique de Boileau a bien ces caractères. S'il raille Chapelain, Cotin, Scudéry, Quinault, Pradon, c'est sincèrement, parce qu'il juge leurs œuvres médiocres et leur influence néfaste. Presque toujours il a fait un discernement extraordinairement sûr entre les écrivains de génie et les écrivains médiocres. Presque toujours ses jugements ont été ratifiés par la postérité. Il admire, comme nous, Corneille, Molière, Racine. On ne lit plus ceux qu'il condamnait : Chapelain, Cotin, Scudéry, Quinault, Pradon. Les termes dans lesquels il raille les écrivains qu'il n'aime pas sont certes vifs, sarcastiques ; sa critique n'est jamais courtoise, enveloppée de précautions aimables; mais il ne tombe jamais dans la critique brutale. Il y a pourtant quelques réserves à faire : il a eu une admiration que nous trouvons exagérée pour Voiture et pour Racan (« Racan pourrait chanter à défaut d'un Homère »). Il n'a rien dit de La Fontaine; et quelques raisons qu'on donne, cet oubli est étrange. Surtout sa critique n'est pas toujours rigoureusement désintéressée. Dans les éditions successives de ses œuvres, certains noms de poètes dont il se moque, d'ailleurs en passant, sont changés (par exemple ceux de Mauroy ou de Boursault), et l'on peut prouver que le changement est dû à des raisons personnelles. Il a avoué qu'il avait cité tel nom, tel ouvrage, sur le titre, sans l'avoir lu. Il sera intéressant de tenter une explication ou justification. Assurément Boileau est un homme, avec des défauts d'homme. Il n'est pas d'humeur aimable et conciliante; il a des préventions et des rancunes ; il prend plaisir à se moquer pour se moquer, à être craint. Mais son excuse et son mérite, c'est que, même avec ses excès, sa satire est non seulement infiniment plus clairvoyante, mais infiniment plus mesurée, plus discrète que celle de la plupart de ses contemporains. L'injure, la calomnie personnelle, souvent haineuses, sont le ton habituel de Scudéry, de Cotin, de Boursault, de Visé, etc. »

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