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Le texte théâtral est-il suffisant en lui-même pour monter un spectacle ?

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Il y a toujours une part de la représentation qui échappe au texte théâtral en lui-même et donc au dramaturge. Ex : Malgré l'abondance et la précision extrêmes des indications scéniques dans le théâtre de Genet, certaines de ces pièces ont été mises en scène sans respecter la volonté du dramaturge, telle qu'il la formule explicitement dans son texte. Cf. certaines mises en scènes très réalistes, voire naturalistes de la pièce Haute Surveillance de Genet qui n'ont pas respecté et vont même à l'encontre de l'indication liminaire du dramaturge précisant que la pièce devait être jouée « comme dans un rêve » : en 1972, une mise en scène londonienne insiste sur le sexe et la violence présents dans la pièce, et,  en 1978, à Paris, Claude Mathieu en fait une représentation naturaliste.   III)               La représentation du texte théâtral est donc conditionnée par la réécriture qu'en fait le metteur en scène. - Le point de départ du metteur en scène est certes toujours le texte dramatique mais sa lecture du texte prend en compte l'univers concret du théâtre, non seulement avec ses composantes matérielles, mais aussi avec ses déterminations socio-culturelles, y compris, le public éventuel.  Le texte théâtral ne peut prévoir seul ses conditions de représentation ; celle-ci est donc entièrement le fait du metteur en scène qui adapte le texte théâtral aux conditions matérielles ( voire pécuniaires) et historico-sociales. Ex : Mises en scènes actualisantes de pièces classiques : cf. la mise en scène des Précieuses ridicules de Molière par Dan Jemmet ; dès le début on est plongé dans un univers rétro et mondain. Les décors, les costumes, la musique, et les postures rock'n roll des personnages nous rappellent une faneuse série américaine qui a fait un carton dans les années 70 : Happy days .

« Analyse du sujet et problématisation C e sujet pose la question du lien entre le texte théâtral et sa représentation sur une scène, devant un public de spectateurs. L'expression « texte théâtral » désigne le théâtre en tant que livre, en tant que texte écrit par un auteur, un dramaturge.

Le texte théâtral n'est que le support ( un support essentiel bien sûr), le point de départ de la pièce de théâtre qui n'est pleinement réalisée que dans sa représentation. Le verbe « représenter » fait référence à la mise en scène théâtrale, à la transposition du texte théâtral en objet scénique ( transposition des mots, des répliques en objets, en gestes…) Problématique : La représentation théâtrale est-elle uniquement le fait de la transposition du texte théâtral en objet scénique ou d'une mise en scène dépassant la lettre du texte ? I) Certes, le texte théâtral contient en lui-même les moyens de sa représentation - Les indications scéniques sont les éléments les plus probants de la volonté du dramaturge d'inclure la perspective de sa représentation dans son texte même.

Les didascalies détaillant les gestes, l'intonation, les mimiques des personnages ou encore les indications de décors sont des outils essentiels à la représentation, définissant le cadre et le ton de la pièce et invitant le lecteur du texte théâtral à se rendre compte, dès sa lecture de la représentation potentielle de la pièce.

Les dramaturges du XXe siècle font un usage très important de ces indications scéniques, saturant parfois leur texte de didascalies et de remarques de mise en scène ou de scénographie : ce phénomène s'explique par l'attention de plus en plus importante à la représentation théâtrale. Ex : L'importance des indications scéniques invitant à voir de façon précise la mise en scène du texte théâtral dans le théâtre de l'absurde, par exemple dans les pièce de Ionesco ou de Beckett qui ne semblent rien laisser au hasard quant à la représentation de leurs textes.

( cf.

les longs développements liminaires précisant minutieusement le décor de leurs pièces et l'abondance des didascalies) - Les répliques elles-mêmes peuvent aussi donner des i n d i c e s - c e r t e s plus subtils, mais néanmoins présents - de mise en scène.

C ertaines répliques ont en effet une valeur performative et impliquent nécessairement un geste du personnage ou la présence d'un objet pour que la représentation soit cohérente.

Il s'agit donc d'être attentif à ces répliques afin d'en tirer des outils de représentation. - Parfois, certains auteurs prennent le soin d'ajouter au texte théâtral une préface venant préciser quelques détails de mise en scène pour leur pièce. C es préfaces peuvent être considérées comme faisant partie du texte théâtral puisqu'elles font partie du même livre et se présentent en réalité comme une réécriture sur un mode scénique et représentationnel de la pièce de théâtre. Ex : Les préfaces que Genet ajoute à s e s pièces et notamment aux Bonnes à travers le texte « C omment jouer les Bonnes » qui se présente explicitement comme une prescription concernant la représentation de sa pièce.

Genet envisage même la possibilité que cette pièce soit représentée à l'étranger et formule les indications qui s'imposent : « Si la pièce est jouée en Espagne, en Scandinavie, en Russie, la chambre doit varier.

» II) Les limites du texte théâtral dans sa capacité à produire sa propre mise en scène - Les indications scéniques sont, dans de nombreuses pièces (avant le XXe siècle, en particulier), très limitées voire quasi-inexistantes ( une seule didascalie dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais !) ce qui réduit la possibilité qu'à le texte théâtral de produire en lui-même, intrinsèquement, sa propre mise en scène.

C ette quasi-absence d'indications scéniques peut poser problème quant à l'interprétation de certaines répliques et peut mener ainsi à des représentations très différentes voire presque opposées sinon d'une pièce, du moins d'une réplique ou d'une scène. Ex : Le petit nombre de didascalies dans les tragédies antiques implique un dépassement du simple texte théâtral pour aboutir à sa représentation. - Mêmes dans les cas où elles sont d'une précision extrêmes, les indications scéniques ne peuvent conditionner entièrement la représentation d'une pièce.

Le théâtre est un genre interactif et mouvant qui suppose la conjugaison de plusieurs personnes, donc de plusieurs sensibilités, qui interpréteront – pour les metteurs en scène, les scénographes, les décorateurs – ou joueront – pour les comédiens – le texte théâtral à travers leur subjectivité propre. C ette subjectivité ne coïncide pas forcément avec celle du dramaturge.

Il y a toujours une part de la représentation qui échappe au texte théâtral en luimême et donc au dramaturge. Ex : Malgré l'abondance et la précision extrêmes des indications scéniques dans le théâtre de Genet, certaines de ces pièces ont été mises en scène sans respecter la volonté du dramaturge, telle qu'il la formule explicitement dans son texte.

C f.

certaines mises en scènes très réalistes, voire naturalistes de la pièce Haute Surveillance de Genet qui n'ont pas respecté et vont même à l'encontre de l'indication liminaire du dramaturge précisant que la pièce devait être jouée « comme dans un rêve » : en 1972, une mise en scène londonienne insiste sur le sexe et la violence présents dans la pièce, et, en 1978, à Paris, C laude Mathieu en fait une représentation naturaliste. III) La représentation du texte théâtral est donc conditionnée par la réécriture qu'en fait le metteur en scène. - Le point de départ du metteur en scène est certes toujours le texte dramatique mais sa lecture du texte prend en compte l'univers concret du théâtre, non seulement avec ses composantes matérielles, mais aussi avec ses déterminations socio-culturelles, y compris, le public éventuel.

Le texte théâtral ne peut prévoir seul ses conditions de représentation ; celle-ci est donc entièrement le fait du metteur en scène qui adapte le texte théâtral aux conditions matérielles ( voire pécuniaires) et historico-sociales. Ex : M ises en scènes actualisantes de pièces classiques : cf.

la mise en scène des Précieuses ridicules de M olière par Dan Jemmet ; dès le début on est plongé dans un univers rétro et mondain.

Les décors, les costumes, la musique, et les postures rock'n roll des personnages nous rappellent une faneuse série américaine qui a fait un carton dans les années 70 : Happy days . - Le véritable inventeur de la représentation du texte théâtral s'avère donc bien le metteur en scène.

Il est le fabriquant d'un programme dont la caractéristique est de mettre en œuvre des pratiques artistiques que son auteur n'exécutera pas lui-même.

C 'est donc à lui qu'appartient le choix des exécutants du programme que sont les comédiens.

M ême s'il a la contrainte du texte théâtral, il est libre, en dernière instance de le représenter comme bon lui semble.

C haque metteur en scène transmet, dans la représentation, sa lecture personnelle de la pièce Ex : des choix de mises en scène opposés pour une même pièce : L'Opéra de quat'sous de Brecht : mises en scène d'Erich Engel et de Gaston Baty.

A travers deux cas limites – opératoires parce que grossissants – la mise en scène apparaît comme une pratique signifiante, qui opère des transformations plus ou moins profondes.

C es transformations sont maximales chez Baty qui fait entrer la pièce de Brecht dans un réseau d'intertextualité, la déplaçant dans des sens inattendus, et ce faisant, mettant à nu les virtualités de certains niveaux du texte, en particulier du culinaire démonté.

Elles sont plus minimales chez Engel où il s'agit de transformations spécifiquement théâtrales, à travers des signifiants non-linguistiques.

P ar un travail sur le texte, la mise en scène produit des écarts minimaux, mais elle met aussi à nu des virtualités du texte. Conclusion : Le texte théâtral s'avère donc doté de nombreux éléments indiquant sa vocation à être représenté et venant préciser sa mise en scène potentielle. C ependant la représentation dépasse le texte théâtral et celui-ci ne peut contenir en lui-même tous les moyens de sa mise en scène. Si le dramaturge est l'inventeur du texte théâtral, il appert que c'est le metteur en scène qui est l'inventeur de sa représentation.. »

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