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Le récit de vie doit-il nécessairement éveiller la sympathie pour le personnage central ?

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.). Or l'emploi du "je" et le flot continu de paroles de Ferdinand oblige le lecteur à rentrer dans son univers et à adopter son point de vue : il est alors lié au personnage par une relation d'attirance et de répulsion, de dégoût, de pitié et de fascination. _dans l'autobiographie, la revendication de l'honnêteté est ambiguë chez Rousseau : par sa volonté perpétuelle de se défendre et de s'innocenter, l'auteur dévoile son narcissisme paranoïaque et éveille chez le lecteur un mouvement de recul critique. A l'inverse, Michel Leiris, dans L'âge d'homme, en plus de dévoiler certaines habitudes gênantes (se gratter "la région anale") avoue son narcissisme et son égoïsme. Il prévient aussi le lecteur de sa malhonnêteté vis-à-vis du réel, en tant qu'écrivain : "je porte dans mes doigts le fard dont je couvre ma vie. Tissu d'événements sans importance, je te colore grâce à la magie de mon point de vue [...] en tous points je suis semblable au petit-bourgeois qui se donne l'illusion d'être Sardanapale en allant au bordel".   Le lecteur éprouve alors à nouveau ce sentiment de répulsion et de fascination.   III La neutralité du regard critique   _neutralité du narrateur : elle est revendiquée par un auteur comme Flaubert : dans tous ses récits de vie (La vie de Saint Julien L'hospitalier, Un coeur simple, L'éducation sentimentale, Mme Bovary) il s'abstient de toute remarque sur le caractère de ses héros, sur le bien-fondé de leurs actions. L'ironie vis-à-vis du sentimentalisme de Mme Bovary est sous-jacente : le lecteur n'est alors plus conduit à s'identifier à elle, mais plutôt à adopter le point de vue critique de l'auteur sur elle.

« 3 mots-clés : "récit de vie", "sympathie" et "personnage" qui sont chacun porteurs d'ambiguïtés : On ne peut qualifier un texte de "récit de vie" qu'à partir du moment où il rapporte la plus grande partie de la vie d'un personnage : ainsi Mme Bovary ou une oeuvre plus courte comme Un coeur simple de Flaubert vont jusqu'à la mort du personnage.

Mais L'éducation sentimentale est aussi un récit de vie.

Ce terme semble englober aussi l'autobiographie, qui ne comprend évidemment pas le récit de la mort du personnage principal.

Le terme de "personnage" est ambigu dans cette acception : l'autobiographe se met lui-même en scène, il se fait donc personnage dans la mesure où il veut éveiller la sympathie ou l'antipathie du lecteur.

La sympathie est aussi un terme à étudier : étymologiquement ce mot veut dire :"ressentir avec", "souffrir avec" : or le lecteur peut apprécier le personnage sans ressentir ses affects, mais il ne peut ressentir ses affects sans l'apprécier d'abord.

Eveiller la sympathie signifie donc : déclencher chez le lecteur un processus d'identification. I Un héros nécessairement sympathique _les héros de Stendhal sont généralement propres à attirer le lecteur : Julien Sorel dans Le rouge et le noir et Fabrice del Dongo dans La Chartreuse de Parme sont tous deux jeunes, énergiques, beaux; ils éveillent l'amour de deux femmes (Mme de Rênal et Mathilde; Clélia et la duchesse) et ont un destin romanesque.

Le lecteur se sent naturellement attiré vers de tels personnages. _d'autre part, rendre le héros sympathique permet de déclencher chez le lecteur un processus d'identification, qui fait qu'il se sent plus proche du personnage et poursuit sa lecture, parce que le destin du personnage l'intéresse comme le sien propre. _dans le cas de l'autobiographie, l'auteur poursuit un but ambigu, analysé par Philipe Lejeune dans Le pacte autobiographique : ainsi dans l'incipit des Confessions, Rousseau affirme d'une part qu'il se peindra avec une grande sincérité; et d'autre part il se met en scène comme victime innocentée et glorieuse face au tribunal de Dieu.

Ces deux mouvements ont pour but d'éveiller la sympathie chez le lecteur, en prouvant la bonne foi et l'innocence de l'auteur. II Mettre en scène un héros antipathique : un jeu avec le lecteur _c'est ce qui se passe dans le cas du antihéros : ainsi dans Voyage au bout de la nuit, de Céline, le héros, Ferdinand, mène une vie peu enviable : il connaît la guerre de 1914, l'atmosphère déprimante des colonies, la solitude en Amérique, le monde sinistre des banlieues pauvres de Paris.

Il est peureux, pessimiste, égoïste (et bavard!...).

Or l'emploi du "je" et le flot continu de paroles de Ferdinand oblige le lecteur à rentrer dans son univers et à adopter son point de vue : il est alors lié au personnage par une relation d'attirance et de répulsion, de dégoût, de pitié et de fascination. _dans l'autobiographie, la revendication de l'honnêteté est ambiguë chez Rousseau : par sa volonté perpétuelle de se défendre et de s'innocenter, l'auteur dévoile son narcissisme paranoïaque et éveille chez le lecteur un mouvement de recul critique.

A l'inverse, Michel Leiris, dans L'âge d'homme, en plus de dévoiler certaines habitudes gênantes (se gratter "la région anale") avoue son narcissisme et son égoïsme.

Il prévient aussi le lecteur de sa malhonnêteté vis-à-vis du réel, en tant qu'écrivain : "je porte dans mes doigts le fard dont je couvre ma vie.

Tissu d'événements sans importance, je te colore grâce à la magie de mon point de vue [...] en tous points je suis semblable au petitbourgeois qui se donne l'illusion d'être Sardanapale en allant au bordel".

Le lecteur éprouve alors à nouveau ce sentiment de répulsion et de fascination. III La neutralité du regard critique _neutralité du narrateur : elle est revendiquée par un auteur comme Flaubert : dans tous ses récits de vie (La vie de Saint Julien L'hospitalier, Un coeur simple, L'éducation sentimentale, Mme Bovary) il s'abstient de toute remarque sur le caractère de ses héros, sur le bien-fondé de leurs actions.

L'ironie vis-à-vis du sentimentalisme de Mme Bovary est sous-jacente : le lecteur n'est alors plus conduit à s'identifier à elle, mais plutôt à adopter le point de vue critique de l'auteur sur elle. _neutralité du critique: Philipe Lejeune introduit dans le cadre de la réflexion sur l'autobiographie l'idée d'un "pacte fantasmatique" : l'auteur, dans ses oeuvres fictionnelles, se dévoile autant voire plus que dans son éventuelle autobiographie : il dévoile en effet ses obsessions, ses phobies (ainsi Zola, tout en paraissant dénoncer la situation intenable de la classe ouvrière à travers le personnage de Gervaise dans L'assommoir, révèle en même temps le sentiment complexe de répulsion et de curiosité qui anime la classe bourgeoise).

Ce n'est alors plus le caractère du héros qui compte, mais ce qu'il dévoile du caractère de l'auteur. L'idée de sympathie semble devoir déboucher sur l'idée d'identification : que ce soit par le biais d'un héros sympathique, ou d'un héros antipathique mais fascinant, le processus d'identification conduit le lecteur à s'intéresser au destin du personnage comme si c'était le sien propre. Cependant il semble que la relation que noue l'auteur avec le lecteur par le biais du personnage dépasse les notions de "sympathie" et d' "antipathie" : un personnage profondément antipathique peut attirer le lecteur pour des raisons troubles; et un personnage apparemment sympathique, par sa naïveté et son idéalisme (Emma Bovary) peut n'être destiné qu'à déclencher le regard ironique du lecteur.. »

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