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L'art est-il une reproduction de la nature ou une invention ?

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            L'intérêt de la conception de Platon réside également en ce qu'elle nous montre qu'il y a une série de décalage : entre l'idée et le sensible puis entre le sensible et l'art. Cela nous amène à considérer qu'il n'y a jamais d'imitation qu'imparfaite, et cette imperfection n'est pas un défaut mais le lieu même de la singularité du peintre, de son style. L'artiste n'est pas un ouvrier devant produire de la nature une image fidèle, celle-ci est pour lui un modèle, mais est-elle une fin ? Autrement dit ne faut-il pas concéder qu'il s'agit davantage, pour l'artiste, de s'inspirer de la nature, plutôt que de la reproduire ?   II-L'art s'appauvrit s'il ne vise qu'à imiter la nature.               Si l'art ne consiste qu'à redoubler la nature, de manière figée, on ne voit pas quel est l'intérêt de l'art. Hegel s'exprime en ce sens dans son Esthétique. L'art doit se défaire de ce but, médiocre, qui consisterait à reproduire ce qui existe déjà. La nécessité de l'art doit être fondée sur autre chose. Hegel se moque des artistes se félicitant de la ressemblance de leurs tableaux avec la nature, ceux-ci dégradent l'art en un simple procédé d'imitation.

« Comment comprendre l'art ? Doit-on penser qu'il n'est qu'une copie de la nature, ou au contraire qu'il est le signe d'une pure création ? L'art est-il ce par quoi l'homme se lie à la nature, ne cessant pas de la répéter, ou est-ce ce par quoi il s'en sépare, par un travail de mise à distance et de transformation ? Nous verrons que le regard des philosophes a changé sur cette question, à laquelle il semble donc impossible de répondre en ignorant l'évolution historique du problème.

Cependant il faudra se délivrer d'un relativisme par trop conciliant. I-L'art : une reproduction de la nature ? Le peintre reproduit-il à proprement parler la nature ? Il semble qu'il ne la reproduise pas au sens où il ne la recrée pas telle qu'elle est, avec ses profondeurs, sa vie, ses odeurs, bref il ne la redouble pas véritablement.

Il faut davantage dire qu'il la copie, terme employé par Platon.

Ce dernier explique, au livre X de La République, que le peintre ne fait qu'imiter une apparence.

En effet, son modèle c'est l'objet sensible, lequel n'est déjà qu'une dégradation, une apparence de l'objet intelligible correspondant, l'Idée.

Le peintre peut exceller dans l'imitation, en ignorant tout du sens de l'objet qu'il reproduit.

L'art est un art de la suggestion, de la tromperie. Mais, une fois dégagé de l'idée platonicienne, métaphysique, d'une hiérarchie des ordre intelligibles et sensibles, on peut retenir la justesse de la conception d'un art conçu pour imiter et donc entièrement dépendant de ses modèles.

Il a fallu attendre le XXe siècle pour que l'artiste s'émancipe d'une visée figurative ou symbolique et coupe les ponts avec la nature, par le biais de l'art abstrait. Mais ce dernier ne serait tenir lieu de paradigme général pour l'histoire de l'art, il n'en est qu'une région. L'intérêt de la conception de Platon réside également en ce qu'elle nous montre qu'il y a une série de décalage : entre l'idée et le sensible puis entre le sensible et l'art.

Cela nous amène à considérer qu'il n'y a jamais d'imitation qu'imparfaite, et cette imperfection n'est pas un défaut mais le lieu même de la singularité du peintre, de son style.

L'artiste n'est pas un ouvrier devant produire de la nature une image fidèle, celle-ci est pour lui un modèle, mais est-elle une fin ? Autrement dit ne faut-il pas concéder qu'il s'agit davantage, pour l'artiste, de s'inspirer de la nature, plutôt que de la reproduire ? II- L'art s'appauvrit s'il ne vise qu'à imiter la nature. Si l'art ne consiste qu'à redoubler la nature, de manière figée, on ne voit pas quel est l'intérêt de l'art.

Hegel s'exprime en ce sens dans son Esthétique.

L'art doit se défaire de ce but, médiocre, qui consisterait à reproduire ce qui existe déjà.

La nécessité de l'art doit être fondée sur autre chose.

Hegel se moque des artistes se félicitant de la ressemblance de leurs tableaux avec la nature, ceux-ci dégradent l'art en un simple procédé d'imitation.

La nature se suffit à elle-même, l'art doit dépasser l'imitation et être investi d'une fonction plus spirituelle.

L'art doit dire autre chose que ce que nous dit déjà la nature. Il doit être un point de vue singulier sur celle-ci, ne pas viser à la reproduire exhaustivement, mais au contraire en souligner les contrastes, les aspects les plus frappants.

L'artiste ne nous donne pas à voir ce que nous voyons déjà, il nous montre la nature autrement.

Pensons aux nymphéas de Monet ou à Cézanne parlant de sa « petite perception », cette faculté qu'il avait d'adopter un autre regard sur la nature lorsqu'il peignait.

Par sa sensibilité, son style, le peintre nous présente la nature sous un certain prisme.

Etre artiste, c'est viser au-delà d'une reproduction exhaustive, c'est se frayer un chemin parmi les singularités du monde. L'art ne s'enrichit que lorsqu'il dépasse une fonction représentative ; il doit être le vecteur d'un rapport inédit au monde.

Dans son livre La peinture cubiste, Paulhan montre que les cubistes ont intégré le toucher à la peinture ; le tableau cubiste, avec Picasso et Braque, invite le spectateur à des expériences kinesthésiques qui mêle la vue au toucher.

Cela par le procédé des collages de matériaux qui suggèrent diverses textures.

L'art ne consiste pas à reproduire la nature, mais à la lire d'une manière inédite. III- L'art est invention. L'art est donc bien plutôt invention que reproduction ; mais il faut se garder d'un contresens et déterminer plus rigoureusement ce qu'il faut entendre par invention.

Il semble que l'on puisse distinguer deux sens : l'invention comme création artistique et l'invention comme travail de l'ingénieur.

L'artiste n'est pas un ingénieur qui inventerait son œuvre selon un plan préétabli et calculé à l'avance.

L'invention artistique n'est pas la réalisation d'un plan. Dans L'Evolution créatrice, Bergson distingue le geste gratuit et aveugle de l'artiste, imprévisible et inimitable, du geste calculé et rationnel de l'artisan, dont l'activité est finalisée, tendue vers un but réfléchi et déterminé.

Si l'art est invention c'est donc en cela qu'il crée de la nouveauté, nous donnant à voir la nature sous un angle inédit.

La nature n'est finalement qu'un matériau de départ pour l'artiste, qu'il transforme et sublime, et dont il ne retient qu'une essence. Dans l'art, le sens, le but, ne se dessine que au fur et à mesure que l'œuvre est exécutée et ne précède pas celle-ci, Cézanne écrit « Il faut laisser se rapprocher les tons, les couleurs, les nuances, les lignes jusqu'à devenir objets, rochers, arbres sans qu'on y songe ».

L'invention est caractéristique de cet état où le sens ne se forme que pas à pas, l'artiste lui-même ne découvre la direction que prend son œuvre que petit à petit.

Loin d'être un travail mesuré et précis de reproduction, l'art est une façon pour l'artiste d'investir le monde, de l'inventer, de dépasser ce qui préexistait. Conclusion : Il faut donc se défaire du cliché selon lequel l'art n'incarnerait qu'une parole secondaire, consistant à reproduire la nature.

L'art est bien plutôt une parole singulière sur la nature, où la nature ne se dédouble pas mais est réinventée.

L'artiste ne copie pas la nature, mais invente des points de vues sur le monde ; son œuvre n'est pas réductrice, imitative, mais expressive et libre. Ce n'est qu'en tant qu'il se libère du but médiocre d'après lequel la nature doit être imitée, que l'artiste se rend capable d'invention et de porter l'art à sa plus haute fonction.. »

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