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LA PLÉIADE

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En 1519, un écrivain bien oublié aujourd'hui, Claude de Seyssel, réclame une «littérature française» et s'élève contre l'abus des langues anciennes. Sous l'influence de l'humanisme, du culte de l'Antiquité, un danger menace en effet les lettres françaises : la place excessive, le monopole peut-on dire, du latin. De fait, les poètes, dans leur immense majorité, composent à l'envi épigrammes, élégies ou odes. Le seul XVIe siècle comptera à lui seul, près de sept cents poètes latins !... Une réaction se manifeste heureusement en faveur d'une littérature purement française, à condition qu'elle soit enrichie, vivifiée, par le contact des auteurs anciens. En poésie, sans oublier un Maurice Scève, le meilleur interprète en est alors Clément Marot (1496-1544). Ce poète de cour, primesautier, frondeur, non conformiste, connaîtra bien des déboires : la prison pour avoir «mangé du lard en carême», le bannissement et même l'exil définitif pour avoir subi la tentation de la Réforme. Usant du français, Clément Marot pratique les genres traditionnels : rondeau, ballade, mais ne rejette pas l'influence de l'humanisme. Il laissera une poésie de circonstance, certes, mais satirique, en réaction contre les idées reçues, les contraintes morales, débordante, en fin de compte, de joie et de gaieté .

« LA PLÉIADE En 1519, un écrivain bien oublié aujourd'hui, Claude de Seyssel, réclame une «littérature française» et s'élève contre l'abus des langues anciennes.

Sous l'influence de l'humanisme, du culte de l'Antiquité, un danger menace en effet les lettres françaises : la place excessive, le monopole peut-on dire, du latin. De fait, les poètes, dans leur immense majorité, composent à l'envi épigrammes, élégies ou odes.

Le seul XVIe siècle comptera à lui seul, près de sept cents poètes latins !... Une réaction se manifeste heureusement en faveur d'une littérature purement française, à condition qu'elle soit enrichie, vivifiée, par le contact des auteurs anciens.

En poésie, sans oublier un Maurice Scève, le meilleur interprète en est alors Clément Marot (1496-1544).

C e poète de cour, primesautier, frondeur, non conformiste, connaîtra bien des déboires : la prison pour avoir «mangé du lard en carême», le bannissement et même l'exil définitif pour avoir subi la tentation de la Réforme.

Usant du français, Clément Marot pratique les genres traditionnels : rondeau, ballade, mais ne rejette pas l'influence de l'humanisme.

Il laissera une poésie de circonstance, certes, mais satirique, en réaction contre les idées reçues, les contraintes morales, débordante, en fin de compte, de joie et de gaieté . Avec Ronsard (1524-1585) et Antoine de Baïf, élèves de Dorat, le succès de la poésie française s' affirme définitivement.

Le groupe, qui s'intitule de luimême la Brigade, puis la Pléiade (1556), compte, outre Ronsard, Joachim du Bellay, Pontus de Tyard, Baïf, Jodelle, Peletier, remplacé, à sa mort, par Dorat, Remi Belleau, puis Grévin et Garnier.

Il s'appuie sur un nouveau manifeste rédigé par du Bellay, Défense et illustration de la langue française, qui n'est autre qu'une condamnation sans appel des poètes latins : «Que peuvent faire ces reblanchisseurs de murailles qui, jour et nuit, se rompent la tête à imiter...

que dis-je imiter ! mais transcrire un V irgile et un Cicéron ?» Pour que le français devienne une véritable langue, il faut l'enrichir de mots grecs ou latins, abandonner toutes les vieilles poésies françaises, rondeaux, ballades, et en revenir aux genres antiques, élégies, odes et épopées.

Mais la Pléiade ne tarde pas à se fatiguer des «pillages des trésors de l'Antiquité».

A partir de 1553, l'inspiration devient personnelle, surtout chez du Bellay (1522-1560) et Ronsard.

Dans les Inventions, les Antiquités de Rome, les Regrets, le premier laisse percer l'amertume, la mélancolie, tandis que la passion s'insinue chez le second depuis la Continuation des amours jusqu'aux Sonnets pour Hélène.

La célébration de l'amour, du regret, de la nature, de l'idée, annonce la véritable naissance de la poésie française. Histoire de la Pléiade. L'école littéraire à laquelle fut donné tardivement le nom de Pléiade s'est formée peu à peu autour d'un remarquable animateur, le poète PIERRE DE RONSARD. Ce poète semble avoir pris conscience de sa vocation en 1543• S'étant rendu au Mans cette année-là, pour recevoir la tonsure, il y rencontre l'humaniste Jacques Peletier, son aîné de sept ans, qui lui fait partager ses vues sur la rénovation de la poésie.

Peu après, par un autre hasard non moins heureux, il se trouve amené à suivre les leçons que l'helléniste Dorat, précepteur du jeune Antoine de Baïf, donne à son élève.

Puis, Baïf ayant perdu son père, et Dorat ayant accepté de diriger un établissement scolaire de la montagne Sainte-Geneviève, le collège de Coqueret, Baïf et Ronsard, auxquels s'est joint du Bellay viennent y retrouver leur maître (1547).

Le collège de Coqueret groupe une trentaine de jeunes gens enthousiastes des anciens, ardents au travail.

Dorat leur explique les Latins et les Grecs, avec une prédilection pour les poètes alexandrins, et rejoignant l'enseignement de Jacques Peletier, il développe en eux le désir d'exploiter littérairement toutes ces richesses.

RONSARD et quelques-uns de ses amis décident d'entreprendre cette grande oeuvre.

Ils donnent à leur association le nom modeste de Brigade. La publication, en 1548, de l'Art poétique de Thomas Sebillet amène les jeunes gens de la Brigade à réagir.

Ils redoutent que Sebillet, partisan comme eux d'une rénovation littéraire n'usurpe le rôle qu'ils rêvent de jouer.

D'autre part, ils lui reprochent de faire trop de cas des anciens genres poétiques.

Ils précisent donc en toute hâte leur position dans un manifeste dont ils confient la rédaction à Du BELLA Y.

C'est le plus combatif et le plus spirituel de la troupe.

Il publie son oeuvre sous un titre retentissant : Défense et illustration de la langue française.

Ce manifeste donne lieu à de très vives critiques, auxquelles ripostent du Bellay, puis Ronsard.

Se sentant menacé dans son prestige, Mellin de Saint-Gelais, le plus en vue des poètes marotiques, essaie de ridiculiser Ronsard devant la cour.

Cette perfidie tourne à sa confusion grâce à Michel de l'Hospital, qui prend publiquement la défense de Ronsard. La Brigade ne tarde pas à faire des adeptes : l'écrivain lyonnais Pontus de Tyard, le poète marotique Guillaume Des Autels, puis tout un groupe issu du collège de Boncourt et formé à l'humanisme par Marc-Antoine Muret.

Ce groupe, qui comprend REMY BELLEA U, JODELLE, JEAN DE LA PÉRUSE, porte un intérêt très vif à la rénovation du théâtre. Ronsard, devenu par son prestige poétique chef de la nouvelle école, choisit, pour les associer plus étroitement à son oeuvre, six de ses compagnons : du Bellay, Baïf, Pontus de Tyard, Des Autels, Jodelle, La Péruse.

Parmi ces élus, des vides se produisent.

Pour les combler, Ronsard fait appel successivement à Jacques Peletier, Remy Belleau, Dorat.

Certains de ses compagnons, restés en retrait, n'en sont pas moins d'estimables poètes : par exemple le jeune Amadis Jamyn qui fut son élève et son secrétaire, ou encore Olivier de Magny, qui se trouvait à Rome en même temps que du Bellay et qui mourut, comme lui, prématurément.

Ronsard ne paraît pas avoir songé avant 1556 à l'appellation de Pléiade, qui désigne proprement une constellation de sept r astres et qui avait déjà été adoptée dans l'antiquité par un groupe de poètes alexandrins. La doctrine de la Pléiade. Elle s'exprime dans divers manifestes : la Défense et illustration de Joachim du Bellay; le préface de l' Olive du même auteur; la préface des Odes de Ronsard; l'Art poétique de Jacques Peletier.

Voici quels en sont les principes essentiels : 1.

La langue française peut égaler en dignité le latin et le grec.

Elle peut produire des chefs-d'oeuvre, mais à condition d'être « illustrée », c'est-à-dire enrichie.

Du Bellay, principal théoricien de cet enrichissement, suggère que l'on fasse des emprunts au latin, au grec, au vieux français, aux dialectes provinciaux, à la langue des métiers, que l'on forge des termes nouveaux par dérivation ou par composition, que l'on multiplie les « métaphores, allégories, comparaisons, similitudes ». 2.

L'imitation doit être pratiquée systématiquement.

Le terme même de pillage n'effraie pas du Bellay.

On empruntera donc aux anciens, aux néo-latins, aux Italiens leurs idées, leurs sentiments, leurs procédés de développement, leurs usages littéraires.

Mais la traduction pure et simple est proscrite, du moins en poésie.

D'autre part, les vieux auteurs français ne sauraient faire l'objet d'aucune imitation. 3.

Les genres traditionnels, rondeau, ballade, virelai, chant-royal, farce, moralité, ne méritent pas d'être conservés.

Il faut leur substituer les genres cultivés par les anciens, ode, élégie, épigramme, églogue, tragédie, comédie? ainsi que le sonnet, « docte et plaisante invention italienne ». 4.

Le poète n'est pas simplement celui qui sait écrire en vers.

Il a besoin de recevoir l'inspiration, laquelle est un présent de la divinité se manifestant sous la forme d'une sorte de folie sacrée.

Pontus de Tyard en parle comme Platon : « La fureur poétique procède des Muses.

» Mais malgré son caractère de gratuité, il faut s'en rendre digne.

On ne la mérite qu'à force de travail et d'étude. Très rigoureuse dans la Défense, qui est une oeuvre de combat, la doctrine de la Pléiade, s'assouplira bientôt.

Ronsard glissera de la poésie érudite vers une poésie plus facile et même vers la poésie de cour, se rapprochant ainsi des marotiques, naguère objet de ses dédains.

Quant à du Bellay, il se permettra d'écrire plusieurs recueils de vers latins, Elegiae, Epigrammata, Amures, Tumuli, groupés sous le titre global de Poemata, qui est d'ailleurs un mot grec.. »

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