Devoir de Philosophie

La condition du poète est-elle, selon vous, celle d'un exilé dans le monde ?

Extrait du document

L'ailleurs poétique n'est dont pas un ailleurs spatial, mais une réinterprétation analogique des mouvement à l'oeuvre dans le réel.   II La poésie, un moyen de s'étranger à soi-même.   _A partir de ces deux définitions, orphique et rimbaldienne, il est possible de comprendre le mouvement poétique comme ce que Gilles Deleuze nomme un principe de « déterritorialisation ». Le poème est un phénomène par lequel le sujet se fait étranger à lui-même. Il n'est pas besoin d'un « ailleurs poétique » pour réaliser un tel mouvement : c'est la position où je suis qui définit mon mouvement hors d'elle, donc mon exil est sans objectif ni repos : quand bien même j'atteindrais à une réalité de pure poésie (tentation de Mallarmé dans son poème Hérodiade), l'élan poétique m'interdirait de m'y arrêter. C'est le sens de la chute du Bateau Ivre ; après avoir vu ce que nul ne pouvait voir, le poète n'a d'autre désir que celui de quitter cet espace éthéré pour retrouver le lieu d'origine perdu : « Moi qui tremblais sentant geindre à cinquante lieu ./ Le rut des béhémots et les mælstroms épais / fileurs éternels des immobilités bleues / Je regrette l'Europe aux anciens parapets ». _En ce sens, l'exil n'est pas ce que la critique littéraire appelle parfois, et de façon abusive, une « malédiction ». Il s'agit au contraire d'une attitude volontaire qui consiste à échapper à sa propre identité, devenue insupportable à la conscience du poète. Cette conception de la poésie relève d'une pensée moderne : jusqu'à Hugo, la tâche du poète est indistincte de la conduite du monde.

Liens utiles