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Jules LAFORGUE (1860-1887) (Recueil : Premiers poèmes) - La chanson du petit hypertrophique

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Jules LAFORGUE (1860-1887) (Recueil : Premiers poèmes) - La chanson du petit hypertrophique C'est d'un' maladie d' coeur Qu'est mort', m'a dit l' docteur, Tir-lan-laire ! Ma pauv' mère ; Et que j'irai là-bas, Fair' dodo z'avec elle. J'entends mon cœur qui bat, C'est maman qui m'appelle ! On rit d' moi dans les rues, De mes min's incongrues La-i-tou ! D'enfant saoul ; Ah ! Dieu ! C'est qu'à chaqu' pas J'étouff', moi, je chancelle ! J'entends mon cœur qui bat, C'est maman qui m'appelle ! Aussi j' vais par les champs Sangloter aux couchants, La-ri-rette ! C'est bien bête. Mais le soleil, j' sais pas, M' semble un coeur qui ruisselle ! J'entends mon coeur qui bat, C'est maman qui m'appelle ! Ah! si la p'tit' Gen'viève Voulait d' mon coeur qui s' crève. Pi-lou-i ! Ah, oui ! J' suis jaune et triste, hélas ! Elle est ros', gaie et belle ! J'entends mon cœur qui bat, C'est maman qui m'appelle ! Non, tout l' monde est méchant, Hors le coeur des couchants, Tir-lan-laire ! Et ma mère, Et j' veux aller là-bas Fair' dodo z'avec elle... Mon coeur bat, bat, bat, bat... Dis, Maman, tu m'appelles ?

« Jules Laforgue est un poete complexe a etudier car il mele toujours a sa poesie de lauto-derision et veille a meler dans ses poemes leur propre critique.

Il faut donc demeler dąbord quels sont les procedes ironiques qu'il utilise et voir quelle est la cible de cette ironie; puis examiner si cette ironie permet de deboucher sur une veritable reflexion et si elle est creatrice. I. Le lyrisme tourne en derision - - - II. Ou renouvele et re-visite par la modernite - - - III. utilisation du genre mineur de la chanson populaire : repetition de "tri lanlaire", "pi-lou-i" qui evoquen les onomatopees des chansons.

Langage familier : "ah si la p'tite Gen'vieve", "faire dodo".

Desinvolture par rapport aux regles de la poesie : les rimes ne sont pas toujours riches ("laire/mere"). Cette utilisation d'un genre populaire tourne en derision les themes evoques, qui pourraient etre sujets a un developpement lyrique : la mort de la mere (et la mort en general), la mention des champs et des soleils couchants a la deuxieme strophe, qui sont deux elements propres a la poesie lyrique.

Le theme aussi de l'amour malheureux avec Genevieve.

Ironie cruelle vis a vis du theme du soleil couchant qui saigne, tres prise dans la poesie lyrique du XIXe (v.21 et 22) Prosaisme des sentiments evoques : tandis que les sentiments lyriques trouvent dans la contemplation de la nature un agrandissement et prennent une dimension cosmique, ici les sentiments sont reduits a leur acception la plus prosaique : la "maladie de Coeur" n'est qu'une maladie banale diagnostiquee par un praticien, la souffrance du poete est exprimee uniquement par les battements de son Coeur et par la phrase puerile : "non tout l'monde est mechant". esthetique moderniste, qui marque une rupture avec l'esprit decadent de la literature de la fin du XIXe siecle : tandis que les couleurs passees (comme le mauve) sont tres a la mode, Laforgue utilise des couleurs vives : rose, jaune.

Invention d'une nouvelle forme de melodie plus libre avec la repetition obsedante par exemple du mot "bat"', qui finit par s'ąpparenter a l'onomatopee du battement de Coeur. Reflexion sur des problematiques anciennes, d'un point de vue moderne : la mention du docteur offre une nouvelle image de la Fatalite et renouvelle la reflexion sur la mort.

Invention de nouveaux moyens poetiques pour exprimer le mal de vivre : anaphore du vers "cęst maman qui m'ąppelle", repete comme une litanie a chaque fin de strophe.

Rythme saccade avec alternance de vers octosyllabiques et trisyllabiques (strophe 4) qui traduit la douleur. Le prosaisme apparent rend plus poignantes certaines expressions : "mon Coeur qui creve".

Ce prosaisme alterne avec des expressions plus recherchees ("hors le Coeur des couchants") creant un effet de style surprenant et novateur. Le probleme de la figure de ląrtiste _ portrait de ląrtiste en clown : il est violemment denigre.

Ridiculise partout ou il passe (strophe 2), il chancelle comme un funambuliste sur son fil.

Figure du clown triste evoquee par lęxpression : "j'suis jaune et triste helas!". Ce portrait constitue une variation moderne de la figure de ląrtiste maudit, dessinee par Baudelaire dans l'un des premiers poemes des "Fleurs du mal". _ L'ironie dans la mention des passages typiquement lyriques peut etre prise comme la marque d'une reflexion sur l'actualite et la pertinence d'une poesie deja passee a lępoque ou ecrit Laforgue : le poete peut il encore exprimer la douleur, l'amour et la peur de la mort sans retomber dans des images convenues et des lieux communs? Laforgue attaque ferocement la poesie lyrique, convoquee ici sur un mode tres ironique qui fait apparaitre certains themes comme des lieux communs.

Parallelement a cela on voit se degager une forme de poesie nouvelle, qui n'hesite pas a melanger les genres poetiques, entre lamentation et chanson populaire; et qui mele egalement les tons, entre expression d'une veritable souffrance, et d'une ironie cruelle.

Cette poesie donne a l'artiste un role problematique puisqu'elle semble le denigrer, tout en lui donnant la parole et en faisant apparaitre une souffrance vraie.

L'artiste apparait comme un clown triste, salvateur par son ironie mais destine a souffrir.. »

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