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Joris-Karl HUYSMANS (1848-1907) (Recueil : Le drageoir aux épices) - Le hareng saur

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Joris-Karl HUYSMANS (1848-1907) (Recueil : Le drageoir aux épices) - Le hareng saur Ta robe, ô hareng, c'est la palette des soleils couchants, la patine du vieux cuivre, le ton d'or bruni des cuirs de Cordoue, les teintes de santal et de safran des feuillages d'automne ! Ta tête, ô hareng, flamboie comme un casque d'or, et l'on dirait de tes yeux des clous noirs plantés dans des cercles de cuivre ! Toutes les nuances tristes et mornes, toutes les nuances rayonnantes et gaies amortissent et illuminent tour à tour ta robe d'écailles. A côté des bitumes, des terres de Judée et de Cassel, des ombres brûlées et des verts de Scheele, des bruns Van Dyck et des bronzes florentins, des teintes de rouille et de feuille morte, resplendissent, de tout leur éclat, les ors verdis, les ambres jaunes, les orpins, les ocres de rhu, les chromes, les oranges de mars ! Ô miroitant et terne enfumé, quand je contemple ta cotte de mailles, je pense aux tableaux de Rembrandt, je revois ses têtes superbes, ses chairs ensoleillées, ses scintil- lements de bijoux sur le velours noir ; je revois ses jets de lumière dans la nuit, ses traînées de poudre d'or dans l'ombre, ses éclosions de soleils sous les noirs arceaux !

« Introduction : Notre texte est un poème en prose de Joris-Karl Huysmans.

Notre poème appartient au recueil Le drageoir aux épices qui est la première œuvre de l’auteur publiée en 1774.

Huysmans débute sa carrière dans les lettres en adhérant d’abord au groupe naturaliste.

Avec les autres disciples de Zola, il participe aux Soirées de Médan.

Il souhaite rendre compte de la réalité dans toute la brutalité des sensations.

Assez rapidement, il s’éloigne du groupe car il en demande davantage à l’écriture.

Non seulement il souhaite reproduire fidèlement la nature mais il est hanté par la nostalgie du sacré, il cherche à donner une vision sublimée du réel.

Cette soif d’élévation le poursuit à tel point qu’il trouvera refuge dans la religion chrétienne à la fin de sa vie.

Dans son roman À Rebours, Huysmans dit à propos à propos de la quête de sensation frénétique de Des Esseintes : « c’étaient au fond, des transports, des élans vers un idéal, vers un univers inconnu, vers une béatitude lointaine ».

Dans le « Hareng Saur », il semblerait que cette aspiration à l’infini transparaisse déjà par delà la célébration de la réalité dans ce qu’elle a de plus prosaïque. Projet de lecture : Dans quelle mesure pouvons-nous lire cet texte comme un poème malgré le caractère éminemment trivial du sujet traité : « le hareng saur » ? Il s’agira pour nous de montrer comment Huysmans se détache du naturalisme en sublimant la réalité par le recours à la poésie. I La poésie du prosaïsme 1) Une description précise et concrète Nous sommes en présence d’un texte descriptif.

Huysmans s’attache à donner à voir au lecteur une réalité précise, d’où le recours au présentatif « c’est » et l’utilisation du présent.

Il multiplie les détails concrets, il décrit les « écailles » du poisson, évoque sa « tête », les « yeux » et s’attache à décrire précisément le jeu des couleurs des écailles.

Ainsi Huysmans rend compte d’une réalité à la manière d’un écrivain réaliste.

Pourtant, il ne se contente pas de décrire, il célèbre le poisson en usant des procédés poétiques. 2) Une ode à un objet trivial Le poème est paradoxalement construit comme pourrait l’être un poème d’amour, une ode à une femme aimée.

Ainsi, nous ne pouvons nous empêcher de déceler dans ce poème une certaine forme d’ironie.

Quand on observe les embrayeurs d’énonciation, on peut se rendre compte que le poète s’adresse directement à l’objet de la description en usant du vocatif « ô hareng » et du pronom personnel « tu ».

Deux interprétations sont envisageables.

On peut penser que Huysmans s’amuse à singer les poète en reprenant les topos des poèmes d’amour pour mieux les subvertir ou considérer que l’invocation confère à l’objet une plus grande réalité : il semble alors s’animer.

Huysmans use d’un objet trivial pour nourrir sa poésie.

Il utilise le décalage entre la forme et l’objet pour donner à son poème plus de force et d’impact. Transition : Comment Huysmans place-t-il ses talents de poète au service de la représentation d’une réalité concrète ? Pourquoi peut-on dire que la prose poétique sert la poésie du prosaïsme ? II Une prose poétique Un poème se définit par son rythme, sa musicalité et la richesse des images qu’il déploie.

Dans quelle mesure Huysmans use-il de ces procédés poétiques pour célébrer le hareng saur ? 1) Un rythme Le rythme est conféré au texte par les répétitions et les effets de parallélisme.

Huysmans multiplie les jeux rythmiques dans ce texte qui rendent compte de l’enthousiasme du poète et de son aptitude à percevoir la beauté et la poésie des objets.

Nous pouvons tout d’abord relever le parallélisme de construction qui ouvre les deux premiers paragraphes redoublé par l’anaphore « ô hareng ».

Dans le premier paragraphe, on peut évoquer les similitudes de constructions des groupes nominaux qui contiennent tous un complément du nom introduit par la préposition « de » ou « des » ; dans le troisième paragraphe, on observe la répétition de « toutes les nuances » et dans le dernier celle de « revois ». Huysmans multiplie les jeux rythmiques.

Le lecteur est comme emporté de répétitions en répétions, soulevé par l’enthousiasme du poète qui s’émerveille de la beauté de la réalité dans ce qu’elle a de plus trivial. 2) Une mélodie Dans cette partie, il convient d’analyser tous les jeux d’homophonies, les assonances et les allitérations : -allitération en [p] : « palette », « patine », en [k], « couchants », « cuivre », « cuirs », « Cordoue » dans le premier paragraphe.

Ces échos sonores créent une musique qui donnent un sens au réel, qui le dévoilent tout en sublimant. - allitération en [b] dans le quatrième paragraphe « bitumes », « ombres », « brûlées », « bronze », « ambre » -assonance en [an] dans le dernier paragraphe : « miroitant », « contemple », pense » « Rembrandt »,. »

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