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Jean RACINE (1639-1699) (Recueil : Cantiques spirituels) - A la louange de la Charité

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Jean RACINE (1639-1699) (Recueil : Cantiques spirituels) - A la louange de la Charité Les Méchants m'ont vanté leurs mensonges frivoles : Mais je n'aime que les paroles De l'éternelle Vérité. Plein du feu divin qui m'inspire, Je consacre aujourd'hui ma Lyre A la céleste Charité. En vain je parlerais le langage des Anges. En vain, mon Dieu, de tes louanges Je remplirais tout l'Univers : Sans amour, ma gloire n'égale Que la gloire de la cymbale, Qui d'un vain bruit frappe les airs. Que sert à mon esprit de percer les abîmes Des mystères les plus sublimes, Et de lire dans l'avenir ? Sans amour, ma science est vaine, Comme le songe, dont à peine Il reste un léger souvenir. Que me sert que ma Foi transporte les montagnes ? Que dans les arides campagnes Les torrents naissent sous mes pas ; Ou que ranimant la poussière Elle rende aux Morts la lumière, Si l'amour ne l'anime pas ? Oui, mon Dieu, quand mes mains de tout mon héritage Aux pauvres feraient le partage ; Quand même pour le nom Chrétien, Bravant les croix les plus infames Je livrerais mon corps aux flammes, Si je n'aime, je ne suis rien. Que je vois de Vertus qui brillent sur ta trace, Charité, fille de la Grâce ! Avec toi marche la Douceur, Que suit avec un air affable La Patience inséparable De la Paix son aimable soeur. Tel que l'Astre du jour écarte les ténèbres De la Nuit compagnes funèbres, Telle tu chasses d'un coup d'oeil L'Envie aux humains si fatale, Et toute la troupe infernale Des Vices enfants de l'Orgueil. Libre d'ambition, simple, et sans artifice, Autant que tu hais l'Injustice, Autant la Vérité te plait. Que peut la Colère farouche Sur un coeur, que jamais ne touche Le soin de son propre intérêt ? Aux faiblesses d'autrui loin d'être inexorable, Toujours d'un voile favorable Tu t'efforces de les couvrir. Quel triomphe manque à ta gloire ? L'amour sait tout vaincre, tout croire, Tout espérer, et tout souffrir. Un jour Dieu cessera d'inspirer des oracles. Le don des langues, les miracles, La science aura son déclin. L'amour, la charité divine Eternelle en son origine Ne connaîtra jamais de fin. Nos clartés ici bas ne sont qu'énigmes sombres, Mais Dieu sans voiles et sans ombres Nous éclairera dans les cieux. Et ce Soleil inaccessible, Comme à ses yeux je suis visible, Se rendra visible à mes yeux. L'amour sur tous les Dons l'emporte avec justice, De notre céleste édifice La Foi vive est le fondement, La sainte Espérance l'élève, L'ardente Charité l'achève, Et l'assure éternellement, Quand pourrai-je t'offrir, ô Charité suprême, Au sein de la lumière même Le Cantique de mes soupirs ; Et toujours brûlant pour ta gloire, Toujours puiser, et toujours boire Dans la source des vrais plaisirs !

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