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Jean LAHOR (1840-1909) (Recueil : L'illusion) - Le mystère

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Jean LAHOR (1840-1909) (Recueil : L'illusion) - Le mystère Ô nuit, ô belle nuit, pâle comme sa chair : Je rêve au passé mort, je rêve au passé clair... Je revois ta chair pâle, et rêve aux heures mortes, Où notre joie, où notre extase étaient si fortes ! Le rossignol des nuits d'alors ne chante plus : Je songe à tes grands yeux qui m'étaient apparus. Et je songe à ta voix angéliquement tendre, Que jamais, oh ! jamais je ne dois plus entendre, Aux baisers de ta voix si mortellement doux, Aux délices des soirs passés à tes genoux !... Et je pense à la mort, et je pense à la tombe, Qui fut scellée un jour sur ma pâle colombe ; Et je cherche où s'en vont ceux qui s'en sont allés, Ces regards, ces soupirs, ces parfums envolés. Je réclame ton âme invisible à l'espace : Ton âme est-elle errante en ce souffle qui passe ? Et je porte à ma bouche et je baise une fleur, Où je sens ton haleine et revois ta pâleur. Ton âme revit-elle en ce frisson d'étoile ?... Morts, pourquoi le mystère horrible qui vous voile ? Ô nos morts bien aimés, où disparaissez-vous ? Serions-nous vos tombeaux ? N'êtes-vous plus qu'en nous ? Serais-tu tout entière, hélas ! ensevelie Dans ce coeur d'un amant qui, vieillissant, t'oublie ? - Nuit chaude, ô nuit aimante, et pleine de soupirs, Je songe à ce néant de tous nos grands désirs !

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