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Jean Giono, Regain.

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Jean Giono, Regain. Quand le courrier de Banon passe à Vachères, c'est toujours dans les midi. On a beau partir plus tard de Manosque les jours où les pratiques font passer l'heure, quand on arrive à Vachères, c'est toujours midi. Réglé comme une horloge. C'est embêtant, au fond, d'être là au même moment tous les jours. Michel, qui conduit la patache, a essayé une fois de s'arrêter à la croisée du Revest-des-Brousses, et de "tailler une bavette" avec la Fanette Chabassut, celle qui tient le caboulot des Deux-Singes, puis de repartir tout plan pinet. Rien n'y fait. Il voulait voir ; eh bien, il a vu ! Sitôt après le détour d'Hôpital, voilà le clocher bleu qui monte au-dessus des bois comme une fleur et, au bout d'un petit moment, voilà sa campane qui sonne l'angélus avec la voix d'une clochasse de bouc. "Eh, c'est encore midi, dit Michel, et puis, penché sur la boîte de la patache : "Vous entendez, là-dedans ? C'est encore midi ; il n'y a rien à faire." Alors, que voulez-vous, on tire les paniers de dessous la banquette et on mange. On tape à la vitre : "Michel, tu en veux de cette bonne andouillette ? – Et de cet œuf ? – Et de ce fromage ? – Ne te gêne pas." Il ne faut pas faire du tort à personne. Michel ouvre le portillon et prend tout ce qu'on lui donne. "Attendez, attendez, j'ai les mains pleines." Il met tout ça à côté de lui, sur le siège. "Passez-moi un peu de pain aussi. Et puis, s'il y en a un qui a une bouteille !..." Après Vachères, ça monte.

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