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Honorat de Bueil, seigneur de RACAN (1589-1670) - Vous qui riez de mes douleurs

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Honorat de Bueil, seigneur de RACAN (1589-1670) - Vous qui riez de mes douleurs Ode Vous qui riez de mes douleurs, Beaux yeux qui voulez que mes pleurs Ne finissent qu'avec ma vie, Voyez l'excez de mon tourment Depuis que cet esloignement M'a vostre presence ravie. Pour combler mon adversité De tout ce que la pauvreté A de rude, et d'insupportable, Je suis dans un logis desert, OÙ par tout le plancher y sert De lit, de bufet et de table. Nostre hoste avec ses serviteurs Nous croyant des reformateurs S'enfuit au travers de la crote, Emportant ployé sous ses bras Son pot, son chaudron, et ses dras Et ses enfans dans une hote. Ainsi plus niais qu'un oison, Je me vois dans une maison Sans y voir ny valet ny maistre, Et ce spectacle de malheurs, Pour faire la nique aux voleurs, N'a plus ny porte ny fenestre. D'autant que l'orage est si fort, Qu'on voit les navires du port Sauter comme un chat que l'on berne, Pour sauver la lampe du vent, Mon valet a fait en resvant D'un couvre-chef une lanterne. Après maint tour et maint retour, Nostre hoste s'en revient tout cour En assez mauvais equipage, Le poil crasseux et mal peigné Et le front aussi renfrongné Qu'un Escuyer qui tanse un page, Quand ce vieillard desja cassé, D'un compliment du temps passé, A nous bienveigner s'esvertuë, Il me semble que son nez tors Se ploye, et s'alonge, à ressors, Comme le col d'une tortuë. Force vieux Soldats affamez, Mal habillez et mal armez Sont ici couchez sur du chaume, Qui racontent les grands exploits Qu'ils ont fait depuis peu de mois Avecque Monsieur de Bapaume. Ainsi nous nous entretenons Sur le cul comme des guenons, Pour soulager nostre misere : Chacun y parle en liberté, L'un de la prise de Paté, L'autre du siege de Fougere. Nostre hoste qui n'a rien gardé, Voyant notre souper fondé Sur d'assez foibles esperances, Sans autrement se tourmenter, Est resolu de nous traitter D'excuses et de reverences. Et moy que le sort a reduit A passer une longue nuict Au milieu de cette canaille, Regardant le Ciel de travers J'escris mon infortune en vers, D'un tison contre une muraille.

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