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Gustave FLAUBERT - L'éducation sentimentale

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Gustave FLAUBERT - L'éducation sentimentale [Le héros, Frédéric, lancé dans la société parisienne, se rend à une des réceptions que le banquier Dambreuse et sa femme donnent le soir, dans leur hôtel particulier.] [...] Frédéric s'avança dans le salon. La lumière était faible, malgré les lampes posées dans les coins ; car les trois fenêtres, grandes ouvertes, dressaient parallèlement trois larges carrés d'ombre noire. Des jardinières, sous les tableaux, 5 occupaient jusqu'à hauteur d'homme les intervalles de la muraille ; et une théière d'argent avec un samovarl se mirait au fond, dans une glace. Un murmure de voix discrètes s'élevait. On entendait des escarpins craquer sur le tapis. Il distingua des habits noirs, puis une table ronde éclairée par un grand abat-jour, sept ou huit femmes en toilettes d'été, et, un peu plus Foin, Mmc Dambreuse dans un fauteuil à bascule. Sa robe de taffetas lilas avait des manches à crevés2, d'où s'échappaient des bouillons de mousseline, le ton doux de l'étoffe se mariant à la nuance de ses cheveux ; et elle se tenait quelque peu renversée en arrière, avec le bout de son pied sur un coussin - tranquille comme une oeuvre d'art pleine de délicatesse, une fleur de haute culture.

« DIFFICULTÉS... CONSEILS... PROPOSITIONS... La difficulté tient, dans ce texte, à l'absence apparente de sujet : personne n'agit vraiment, même pas Frédéric, simple regard. C'est justement cette absence qu'il s'agit de souligner, de commenter, d'interpréter. On sera alors sensible aux émotions qui se dégagent des objets et des êtres et aux symboles qu'ils dissimulent. Une première démarche possible : comparez le premier et le second paragraphe de cette description. Remarquez vous une progression ? Suggestion : recherchez les associations possibles entre le nom « Dambreuse » (ses sonorités, les mots qu'il peut évoquer) et le décor décrit dans le texte. Une robe de taffetas est une robe confectionnée dans un précieux tissu de soie. À quel endroit du commentaire pourriez-vous introduire ce détail. Quel pouvoir évocateur a la soie ? Introduction L'histoire de Frédéric Moreau dans l'Éducation sentimentale de Gustave Flaubert est celle d'un échec. Échec à transformer sa vie en action. Encore moins en héroïsme. Reste le regard que le héros promène sur le monde, signe de son incapacité à s'en saisir. C'est au contraire lui qui paraît saisi, comme dans cette page essentiellement descriptive, par les objets d'un luxe raffiné dont s'entoure une des reines de la haute société parisienne, Mme Dambreuse. C'est que les objets, en l'absence de tout véritable événement, prennent le devant de la scène, repoussant dans l'ombre les humains. Ces objets ont alors valeur de symboles. Symboles des rêves de Frédéric et symboles des aspirations de l'écrivain à transformer la vie en art. On retiendra donc dans le texte trois aspects principaux : 1.Le point de vue de Frédéric. 2.Les caractères d'un décor somptueux. 3.La confusion entre les êtres et les objets. I. Le point de vue de Frédéric 1. Découverte • D'emblée le récit (l'aventure, l'action) se fige en description (regard) : « Frédéric s'avança dans le salon. // La lumière était faible... » (l. 1-2). Dès cet instant, Frédéric n'est plus qu'un regard à travers lequel le lecteur découvre le salon de Mme Dambreuse. (Passage du passé simple à l'imparfait.) • Découverte progressive : mouvement circulaire du regard d'abord vers les lampes, puis vers les fenêtres et les murailles ; regard arrêté par quelques objets, une glace, une table ronde ; mouvement de pénétration du regard dans l'espace : regard d'abord arrêté par l'ombre, puis attiré plus avant dans le salon par les lumières, vers la tache lilas de la robe de Mme Dambreuse. • Mouvement du regard que traduit le mouvement même de la phrase. Ex. : première phrase du second paragraphe. Expansion de la phrase simple par une accumulation de compléments d'objet du verbe « distinguer » : « puis... » « et, un peu plus loin.,. ». 2. Sensations • Frédéric vit dans la sensation. Un seul verbe de perception le signale (« Il distingua », l. 9) mais toute la description suggère indirectement (« On entendait », l. 7) les émotions du personnage. Tout est vu et ressenti et particulièrement : — les jeux de l'ombre et de la lumière. Réseau d'oppositions : « La lumière était faible, // malgré les lampes... » // « trois larges carrés d'ombre noire » (l. 2-3-4) ; « des habits noirs, // puis une table ronde éclairée » (l. 9) ; le jeu des couleurs et des matières : « ombre noire », « théière d'argent », « habits noirs », « taffetas lilas », « mousseline » (toile de coton claire) ; les bruits. Suggérés par les allitérations : les sifflantes pour le murmure des voix (samovar, glace, discrètes, s'élevait), les gutturales et les dentales pour les escarpins (« On entendait des escarpins craquer sur le tapis », l. 7-8). 3. Fascination • L'absence de notations concernant les réactions de Frédéric manifeste (« en creux ») sa fascination : Frédéric est comme hypnotisé par ce qu'il découvre dans ce haut lieu de la mondanité. Le regard ainsi s'arrête, pris au piège par les objets, leur reflet, l'ombre et la lumière, puis il est capté (et captivé) par la vision de. Mme Dambreuse. Si la description s'attarde sur elle, dans la dernière et longue phrase qui clôt le second paragraphe, c'est que Frédéric est pris sous le charme, dans une attitude contemplative qui lui est coutumière. • Mais, sous ce regard, la réalité devient presque irréelle et la perfection de Mme Dambreuse figée comme dans un tableau (« tranquille comme une œuvre d'art », l. 15). Elle est finalement l'aboutissement, la conclusion irréprochable du décor somptueux qui l'entoure. II. Un cadre somptueux On ne peut s'empêcher en lisant la description de l'hôtel Dambreuse de penser à ces deux vers de « L'invitation au voyage » de Baudelaire : »

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