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François Rabelais

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Rabelais un auteur facile. Et sans mystères, moins pour un lecteur instruit aux bonnes lettres, nourri de latin et plus encore de grec, féru de mythologie et d'histoires anciennes : bref, parfait humaniste à la façon dont on l'était en France, entre 1860 et 1880. Verve entraînante et intarissable ; langue dont la richesse n'a pas fini d'émerveiller nos philologues ; style d'un rythme, d'une ampleur, d'une harmonie surprenants pour le temps. Et quant au reste : goût français du bon vin pinaud qui se boit avec des châtaignes et des noix ; goût non moins français d'une gaudriole sans perversité, alternant avec la prud'homie sentencieuse d'une sagesse rustique, amour terrien de la paix, sens de l'ordre, respect d'un pouvoir fort, mais seulement s'il est juste (relisez les pages admirables du Tiers Livre sur la façon de gagner les peuples nouvellement conquis). Pour philosophie enfin, un platonisme largement étoffé couvrant de son manteau des états d'esprit assez simples, exempts de fanatisme et de partisanerie. Bref, exactement ce qu'il faut pour plaire aux humanistes dont nous parlions à l'instant : gens de cabinet, mais intrépides navigateurs en pensée, sobres et continents en fait, mais grands buveurs et paillards en paroles ; toujours prêts à soupçonner le pire pour qu'on ne les taxe pas de naïveté ; se défendant enfin de mettre leur pensée en forme, mais prolongeant volontiers celle des autres au-delà de ses limites voulues : voilà Rabelais ­ et vous voyez bien qu'il est facile et sans mystères"... A le prendre tout fait, peut-être. Mais pourquoi, mais comment s'est-il fait ? A un bout, l'oeuvre. A l'autre bout, l'auteur : Rabelais, François, docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, né dans le Chinonais en 1483, à moins que ce ne soit en 1490, ou en 1494. Fils d'un père supposé. Les vieux disaient d'un aubergiste ; une telle paternité leur semblait logique. Nous disons, aujourd'hui, d'un avocat. Va pour l'avocat. Ce sont là de nos trouvailles, dont nous sommes tout fiers. Pendant plusieurs décades, nos érudits s'y sont mis. Mais finalement, de toutes leurs conquêtes, se dégage-t-il un Rabelais sans énigmes ? Point.

« François Rabelais Rabelais un auteur facile.

Et sans mystères, moins pour un lecteur instruit aux bonnes lettres, nourri de latin et plus encore de grec, féru de mythologie et d'histoires anciennes : bref, parfait humaniste à la façon dont on l'était en France, entre 1860 et 1880.

Verve entraînante et intarissable ; langue dont la richesse n'a pas fini d'émerveiller nos philologues ; style d'un rythme, d'une ampleur, d'une harmonie surprenants pour le temps.

Et quant au reste : goût français du bon vin pinaud qui se boit avec des châtaignes et des noix ; goût non moins français d'une gaudriole sans perversité, alternant avec la prud'homie sentencieuse d'une sagesse rustique, amour terrien de la paix, sens de l'ordre, respect d'un pouvoir fort, mais seulement s'il est juste (relisez les pages admirables du Tiers Livre sur la façon de gagner les peuples nouvellement conquis).

Pour philosophie enfin, un platonisme largement étoffé couvrant de son manteau des états d'esprit assez simples, exempts de fanatisme et de partisanerie.

Bref, exactement ce qu'il faut pour plaire aux humanistes dont nous parlions à l'instant : gens de cabinet, mais intrépides navigateurs en pensée, sobres et continents en fait, mais grands buveurs et paillards en paroles ; toujours prêts à soupçonner le pire pour qu'on ne les taxe pas de naïveté ; se défendant enfin de mettre leur pensée en forme, mais prolongeant volontiers celle des autres au-delà de ses limites voulues : voilà Rabelais et vous voyez bien qu'il est facile et sans mystères"... A le prendre tout fait, peut-être.

Mais pourquoi, mais comment s'est-il fait ? A un bout, l'oeuvre.

A l'autre bout, l'auteur : Rabelais, François, docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, né dans le Chinonais en 1483, à moins que ce ne soit en 1490, ou en 1494.

Fils d'un père supposé.

Les vieux disaient d'un aubergiste ; une telle paternité leur semblait logique.

Nous disons, aujourd'hui, d'un avocat.

Va pour l'avocat.

Ce sont là de nos trouvailles, dont nous sommes tout fiers.

Pendant plusieurs décades, nos érudits s'y sont mis.

Mais finalement, de toutes leurs conquêtes, se dégage-t-il un Rabelais sans énigmes ? Point. Chose gênante, nous ne connaissons même pas ses traits.

Un de ses camarades, un pauvre diable de poète latinisant, Nicolas Bourbon, a eu cette chance imméritée de voir un jour, en Angleterre, Hans Holbein lui-même s'asseoir devant lui et "tirer son portrait", d'abord au crayon, puis au pinceau.

Deux chefs-d'oeuvre, qui nous livrent tout de cette face bouffie.

Rabelais ? Personne ne s'est trouvé, à notre connaissance, ni à Lyon, ni à Rome, ni à Paris, personne qui, sans être Holbein, sût révéler des êtres humains à eux-mêmes et aux autres personne qui nous ait légué un Rabelais pris sur le vif.

Ainsi tout est-il fantaisie pour nous dans un domaine de stricte exactitude et s'il nous plaît de doter Me Alcofribas d'un nez semblable à une flûte d'alambic, "tout diapré, pullulant, purpuré, à pompettes, tout émaillé et boutonné" sachons que ce sera uniquement pour complaire à Abel Lefranc, qui tient pour un Rabelais à nez cyranéen.

Au fond, il n'en sait guère plus que nous sur le chapitre de cet appendice.

Et c'est gênant.

Parler d'un inconnu, gageure. Mais, dans sa biographie, que de trous ? Enfance, jeunesse, entrée au couvent : rien, nous ne savons rien.

C'est brusquement en 1521 que nous saisissons sa piste.

Il est cordelier au couvent de Fontenay-le-Comte, en Poitou.

Il étudie le grec avec une ferveur sacrée et il adresse à Guillaume Budé, prince des hellénistes, une lettre qui n'a vraiment rien à voir avec sa légende, 1521.

Or, né en 1483, Rabelais aurait alors trente-huit ans ; né en 1490, trente et un et né seulement en 1494, vingt-sept.

Ne rien savoir d'utile sur les vingt-sept, sinon les trente-huit premières années de la vie d'un écrivain c'est peu ! L'énigme en particulier reste entière, de son entrée en religion. Vocation libre ou contrainte d'ordre familial ? On l'avait, au baptême, nommé François et certes, tous les François ne deviennent pas franciscains, mais quelques-uns le sont, que leur nom semble vouer par avance au Poverello ? Si peu que nous sachions de Luther, ce contemporain de Rabelais, nous possédons sur son entrée et sa vie au couvent des données qui nous seraient bien utiles pour comprendre l'esprit du créateur de Pantagruel. Quelques lueurs cependant.

Peu après 1521, frère François quitte son ordre, mais non les ordres.

On le fait bénédictin au couvent de Maillezais, en Vendée et il entre dans la familiarité de l'évoque du lieu.

On croit tenir son Rabelais : jeune religieux d'esprit vif, grand liseur de beaux textes antiques et voué à une sorte de secrétariat qui le conduira, plus tard, à un bénéfice ? Point.

Ce Rabelais s'évanouit, et c'est seulement en 1530, à Montpellier, que nous le retrouvons, inscrit cette fois à la Faculté de Médecine.

Au printemps de 1532, il est à Lyon ; il y publie chez Gryphe de savants opuscules, se fait nommer au concours médecin de l'Hôtel-Dieu, et un beau jour d'automne, chez Claude Nourry dit le Prince, éditeur populaire d'almanachs et de romans de chevalerie il publie le Pantagruel. Ainsi, voilà un homme qui, d'un coup, crée quelque chose comme le roman d'observation.

Un homme qui, d'un seul coup également, crée la prose française moderne, et manie avec une surprenante maîtrise l'un des plus admirables instruments d'expression dont ait jamais disposé un écrivain français.

D'où sort cela ? Pas des cordeliers, bien sûr : dans leurs plates-bandes se récoltaient peut-être des choux et de pauvres salades à demi sauvages ; assurément on n'y cultivait ni la prose française, ni l'art du conteur.

Et je veux bien qu'un cordelier, voué à fréquenter les simples et les bonnes gens, ait pu se rendre attentif, tout grécisant et latinisant qu'il fût, aux besoins de ceux qui "ne savaient pas décliner Rosa, la rose" : cette remarque ne nous en dit pas long sur la genèse du génie rabelaisienAlors ? Le don, j'entends bien ; le génie naturel ; l'opium qui fait dormir...

Mieux vaudrait encore, parlant de ce siècle, évoquer l'aura, le souffle qu'un homme bien doué, en ces années d'exaltation, devait sentir passer sans cesse sur son visage... Ne continuons pas à dérouler le film plein de trous, de fuites et de réapparitions que représente la vie mouvante de. »

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