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Flaubert, l'Éducation sentimentale, deuxième partie, chapitre 6

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Flaubert, l'Éducation sentimentale, deuxième partie, chapitre 6 Ils passèrent l'après-midi à regarder, de leur fenêtre, le peuple dans la rue. Puis il l'emmena dîner aux Trois-Frères-Provençaux. Le repas fut long, délicat. Ils s'en revinrent à pied, faute de voiture. A la nouvelle d'un changement de ministère, Paris avait changé. Tout le monde était en joie ; des promeneurs circulaient, et des lampions à chaque étage faisaient une clarté comme en plein jour. Les soldats regagnaient lentement leurs casernes, harassés, l'air triste. On les saluait, en criant : " Vive la ligne ! " Ils continuaient sans répondre. Dans la garde nationale, au contraire, les officiers, rouges d'enthousiasme, brandissaient leur sabre en vociférant : " Vive la réforme ! " et ce mot-là, chaque fois, faisait rire les deux amants. Frédéric blaguait, était très gai. Par la rue Duphot, ils atteignirent les boulevards. Des lanternes vénitiennes, suspendues aux maisons, formaient des guirlandes de feux. Un fourmillement confus s'agitait en dessous ; au milieu de cette ombre, par endroits, brillaient des blancheurs de baïonnettes. Un grand brouhaha s'élevait. La foule était trop compacte, le retour direct impossible ; et ils entraient dans la rue Caumartin, quand, tout à coup, éclata derrière eux un bruit, pareil au craquement d'une immense pièce de soie que l'on déchire. C'était la fusillade du boulevard des Capucines. -- " Ah ! on casse quelques bourgeois " , dit Frédéric tranquillement, car il y a des situations où l'homme le moins cruel est si détaché des autres, qu'il verrait périr le genre humain sans un battement de coeur. La Maréchale, cramponnée à son bras, claquait des dents. Elle se déclara incapable de faire vingt pas de plus. Alors, par un raffinement de haine, pour mieux outrager en son âme Mme Arnoux, il l'emmena jusqu'à l'hôtel de la rue Tronchet, dans le logement préparé pour l'autre. Les fleurs n'étaient pas flétries. La guipure s'étalait sur le lit. Il tira de l'armoire les petites pantoufles. Rosanette trouva ces prévenances fort délicates. Vers une heure, elle fut réveillée par des roulements lointains ; et elle le vit qui sanglotait, la tête enfoncée dans l'oreiller. -- " Qu'as-tu donc, cher amour ? " -- " C'est excès de bonheur " , dit Frédéric. " . Il y avait trop longtemps que je te désirais ! "

« Commentaire d’un extrait de l’Education sentimentale de Flaubert ( Partie II, chap 6) Introduction : Flaubert publie l’Education Sentimentale en 1869.

Ce roman souvent qualifié de « roman d’apprentissage » présente, à travers les péripéties d'un jeune provincial en route pour Paris, son apprentissage du monde au sein d'une société en pleine effervescence.

Le contexte historique de la Révolution de 1848 est présent en arrière plan de l’œuvre. Dans notre extrait, l’histoire politique et l’histoire d’amour sont mêlées. Projet de lecture : En quoi, dans cet extrait réaliste, Flaubert propose-t-il une vision pessimiste de son époque ? I) Un récit réaliste 1) le réalisme historique Cet extrait fait référence à un contexte historique très précis : la soirée du 23 février 1948.

Durant l’après-midi, Louis-Philippe se rendant subitement compte de l'impopularité de son ministre se résout à le remplacer par le comte Molé, ce qui équivaut à accepter la réforme : .

« A la nouvelle d'un changement de ministère, Paris avait changé » écrit Flaubert. - évoquer la joie de la foule qui déambule sous des lampions : détail historiquement vrai - évocation des forces en présence ( cf.

les officiers de la Garde Nationale et les soldats) - référence à « la fusillade des boulevard des Capucines » : se croyant menacée, la garde ouvre le feu, laissant sur le pavé plus de 50 tués qui "justifient" le rebondissement et l'amplification du mouvement protestataire, alors que l'apaisement semblait en bonne voie. 2) Souci du détail a) les détails pittoresques Flaubert donne une multitude de détails pittoresques qui créent un effet de réel. Cf.

surtout les toponymes : - le nom du restaurant «Trois-Frères-Provençaux » - les noms des différentes rues parcourues a) une description minutieuse Flaubert décrit minutieusement les réactions du peuple et des différentes catégories sociales dans cet extrait : « des promeneurs circulaient » ; « Les soldats regagnaient lentement leurs casernes, harassés, l'air triste.

On les saluait, en criant : " Vive la ligne ! " Ils continuaient sans répondre.

Dans la garde nationale, au contraire, les officiers, rouges d'enthousiasme, brandissaient leur sabre en vociférant : " Vive la réforme ! » Une description minutieuse concerne aussi les lieux à travers la mention des lumières éclairant les rues et des immeubles : « des lampions à chaque étage faisaient une clarté comme en plein jour », « Des lanternes vénitiennes, suspendues aux maisons, formaient des guirlandes de feux.

Un fourmillement confus s'agitait en dessous ; au milieu de cette ombre, par endroits, brillaient des blancheurs de baïonnettes » à étudier ici l’organisation de la description, du haut ( l’œil étant attiré par la lumière) vers le bas, du général ( « fourmillement confus »), au point de détail (les baïonnettes qui brillent) à étudier aussi description de la chambre d’hôtel : « Les fleurs n'étaient pas flétries.

La guipure s'étalait sur le lit.

Il tira de l'armoire les petites pantoufles.

» à détails créant une atmosphère propice à l’épanouissement du désir sexuel et de l’érotisme. II) Effets de miroir et mimétisme prophétique 1) Parallélisme entre l’histoire d’amour et l’Histoire. »

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