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Eugène IONESCO, Macbett (1972).

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Eugène IONESCO, Macbett (1972). MACBETT : — L'État, c'est lui1. BANCO : — De mon domaine, qu'il n'a pas augmenté, il me prend dix mille volailles par an, avec leurs oeufs. MACBETT : — C'est inacceptable. BANCO : — J'ai combattu pour lui, vous le savez, à la tête de mon armée personnelle. Il veut l'intégrer dans son armée. Mes propres hommes, qu'il pourrait lancer contre moi-même. MACBETT : — Aussi contre moi-même. BANCO : — Jamais vu ça. MACBETT : — Jamais, depuis que mes ancêtres... BANCO : — Que mes ancêtres aussi. MACBETT : — Avec tous ceux qui fouillent et qui farfouillent autour de lui. BANCO : — Qui s'engraissent avec la sueur de notre front. MACBETT : — Avec la graisse de nos volailles. BANCO : — De nos brebis. MACBETT : — De nos cochons. BANCO : — Le cochon MACBETT : — De notre pain. BANCO : — Avec le sang que nous avons versé pour lui... MACBETT : — Les périls dans lesquels il nous engage... BANCO : — Dix mille volailles, dix mille chevaux, dix mille jeunes gens... Qu'est-ce qu'il en fait ? Il ne peut pas tout manger. Le reste pourrit. MACBETT : — Et mille jeunes filles. BANCO : — Nous savons bien ce qu'il en fait. MACBETT : — Il nous doit tout. BANCO : — Bien plus encore. MACBETT : — Sans compter le reste. BANCO : — Mon honneur... MACBETT : — Ma gloire... BANCO : — Mes droits ancestraux... MACBETT : — Mon bien... BANCO : — Le droit d'accroître nos richesses. MACBETT : — L'autonomie. BANCO : — Seul maître de mon espace. MACBETT : — Il faut l'en expulser. BANCO : — Il faut l'expulser de partout. A bas Duncan ! MACBETT : — A bas Duncan ! BANCO : — Il faut l'abattre. MACBETT : — J'allais vous le proposer... Nous nous partagerons la principauté. Chacun aura sa part, je prendrai le trône. Je serai votre souverain. Vous serez mon vizir2. BANCO : — Le premier après vous. MACBETT : — Le troisième. Car ce que l'on va faire n'est pas facile. Nous serons aidés. Il y a une troisième personne dans le complot : c'est Lady Duncan. BANCO : — Ça alors.., ça alors... D'accord ! Heureusement. MACBETT : — Elle est indispensable. Entre par le fond Lady Duncan. BANCO : — Madame !... Quelle surprise! MACBETT, à Banco : — C'est ma fiancée. BANCO : — La future Lady Macbett ? ça alors... (A l'un et l'autre.) Toutes mes félicitations. Il baise la main de Lady Duncan. LADY DUNCAN : — A la vie, à la mort ! Ils sortent tous les trois un poignard, ils lèvent les bras, croisent les poignards. ENSEMBLE : — Jurons de tuer le tyran MACBETT : — L'usurpateur BANCO : — A bas le dictateur ! LADY DUNCAN : — Le despote. MACBETT : — Ce n'est qu'un mécréant. BANCO : — Un ogre LADY DUNCAN : — Un âne. MACBETT : — Une oie. BANCO : — Un pou. LADY DUNCAN : — Jurons de l'exterminer. LES TROIS, ensemble : — Nous jurons de l'exterminer. 1. Iui : le roi Duncan. 2. vizir: ministre d'un souverain oriental.

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