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Est-il nécessaire de plaire au lecteur pour mieux faire passer ce qu'on a à lui dire ?

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Ulysse de Joyce : Dans ce roman de Joyce, seul le titre indique expressément que l'on a affaire à une réécriture de l'Odyssée d'Homère : le plaisir du lecteur peut donc être la recherche les parallèles pouvant être établis entre Stephen Dedalus, Dublinois juif au début du XXe siècle et Ulysse.     II)                  Les écueils du plaisir littéraire   - Une littérature divertissante et séductrice prend le risque de la futilité. C'est le cas du genre de l'apologue et, en particulier, des Fables de La Fontaine. L'apologue est considéré comme un genre de l'enfance, simpliste, ayant pour seul message, une prescription morale didactique et élémentaire. Ex : Les Fables de La Fontaine peuvent souffrir de leur destination première  soit à un public enfantin, soit à un auditoire mondain (pour son divertissement dans les salons) qui renvoie d'elles une image de futilité. Cette image futile fait d'ailleurs partie, chez La Fontaine (et chez de nombreux auteurs d'apologues) de toute une stratégie de contournement de la censure. Mais si les censeurs ne prennent pas véritablement au sérieux les Fables, on peut supposer qu'il en sera de même pour certains lecteurs.   - Ainsi, une littérature s'attachant à charmer le lecteur prend le risque de l'éviction de son message ou du malentendu. Plaire au lecteur peut parfois conduire à faire mal passer, ou à ne pas faire passer du tout ce qu'on a à lui dire. C'est l'écueil auquel peut conduire parfois la littérature considérée pour la jeunesse.

« Analyse du sujet et problématisation Le sujet pose le problème de la réception d'un texte et du pouvoir d'un auteur sur son lecteur. Le verbe « plaire » implique l'idée d'une littérature séductrice, qui charme le lecteur en le divertissant par son sujet ou par sa forme. L'expression « faire passer ce qu'on a à lui dire » évoque un message ou une idée que l'auteur voudrait transmettre à son lecteur, le verbe « faire passer » pouvant suggérer que cette idée soit quelque peu délicate, par sa nouveauté, sa dureté, sa subversion, etc… L'adjectif « nécessaire » semble supposer le caractère indispensable de la séduction en littérature pour atteindre le lecteur.

Il invite donc à dépasser ce premier constat en montrant qu'il n'est finalement que contingent. Problématique : La littérature ne peut-elle transmettre des idées que par la séduction ? Quels sont finalement les moyens de véhiculer un message en littérature ? I) Certes, la transmission d'un message en littérature passe souvent par le plaisir du lecteur Le plaisir du lecteur apparaît comme un des ressorts de la persuasion littéraire.

Si le lecteur n'est pas séduit par un texte, il n'ira pas forcément au bout de ce texte et n'en découvrira pas le message.

Quels sont les ressorts du plaisir du lecteur et en quoi permet-il de faire passer le message de l'auteur ? - Le plaisir du lecteur est souvent procuré par une fiction divertissante.

La fiction suscite le plaisir du lecteur en le captivant par l'intrigue, en le dépaysant et en provoquant son amusement.

Le lecteur est plongé dans l'intrigue et désire en connaître le dénouement : il ira donc jusqu'au bout du texte.

(Cf.

Candide de Voltaire : le héros va-t-il parvenir à retrouver Cunégonde et à l'épouser ?) C'est une assurance pour l'auteur que son message sera transmis intégralement, contrairement à d'autres formes d'expression plus rébarbatives et austères qui pourraient décourager le lecteur.

L'écrivain peut provoquer aussi par la fiction l'amusement du lecteur en usant d'humour et d'ironie. Ex : · Dans Candide de Voltaire, le patronyme ridicule du baron de Thunder-ten-tronckh fait rire le lecteur, et permet également à Voltaire de faire une virulente satire de la noblesse. · Dans les comédies de Molière, le rire permet souvent de faire adhérer le spectateur à la satire de la noblesse · Autre ex : Marivaux, L'Ile aux esclaves : le lecteur se prend au jeu de rôle mis en scène sur l'île et ce faisant, il entend avec sûrement plus de sympathie la critique des inégalités faite par Marivaux. - Le plaisir du lecteur passe aussi souvent par un processus d'identification qui plonge totalement le lecteur dans l'intrigue.

Ce plaisir de l'identification convie le lecteur à faire un voyage imaginaire à travers sa lecture.

La fonction de la littérature est donc ici de charmer le lecteur, de le faire voyager dans un monde imaginaire le temps de la lecture, un monde dont il peut être le héros en s'identifiant au protagoniste.

Ce processus permet à l'auteur de s'assurer d'une part que son lecteur ira jusqu'au bout de l'œuvre, et d'autre part, qu'il adhèrera aux idées du personnage auquel il a pu s'identifier.

L'identification (ou illusion référentielle) est garante du suspense littéraire. Ex : Dans un célèbre passage de « Combray », dans Du côté de chez Swann, Proust souligne la force émotionnelle de cette illusion référentielle, l'empreinte qu'elle laisse et la connaissance à laquelle elle donne accès : « Et une fois que le romancier nous a mis dans cet état, où comme dans tous les états purement intérieurs toute émotion est décuplée, où son livre va nous troubler à la façon d'un rêve mais d'un rêve plus clair que ceux que nous avons en dormant et dont le souvenir durera davantage, alors voici qu'il déchaîne en nous tous les bonheurs et tous les malheurs possibles dont nous mettrions dans la vie des années à connaître quelques-uns et dont les plus intenses ne nous seraient jamais révélés parce que la lenteur avec laquelle ils se produisent en nous en ôte la perception.

» - Le plaisir du lecteur peut être davantage « esthétique » (c'est ici le plaisir du lecteur « littéraire », initié) : c'est un plaisir complexe, mêlant le plaisir propre à l'activité de lecteur et le plaisir du texte.

Ce dernier est à la fois plaisir de la découverte et plaisir de la reconnaissance : il naît de la tension entre le dépaysement lié à l'inconnu du texte et le sentiment de familiarité que confère la reconnaissance de codes, le partage de références.

Il revêt des formes différentes et intervient à tous les niveaux, du simple plaisir des mots au plaisir subtil lié à l'élaboration d'une signification dans ses formes savantes, lettrées. Ex : Les réécritures créent souvent ce type de plaisir entre découverte et reconnaissance de codes.

Cf. Ulysse de Joyce : Dans ce roman de Joyce, seul le titre indique expressément que l'on a affaire à une réécriture de l'Odyssée d'Homère : le plaisir du lecteur peut donc être la recherche les parallèles pouvant être établis entre Stephen Dedalus, Dublinois juif au début du XXe siècle et Ulysse. II) Les écueils du plaisir littéraire. »

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