Comment définir les philosophies des lumières ?
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«
Ce siècle est celui des Lumières naturelles de la raison guidant les hommes, apportant à ces derniers l'autonomie.
Mais, dira-t-on, comment distinguer la raison classique — celle du XVIIe siècle — et la raison du XVIIIe siècle ? La
raison des Lumières se donne comme raison critique, rejetant la raison métaphysique et s'appuyant sur l'expérience :
ainsi s'accomplit le mouvement amorcé par Locke.
D'autres idées fondamentales s'élaborent en ce siècle : nature,
mais aussi histoire, etc.
Alors triomphe l'idée d'homme.
Si Berkeley (1685-1753) met encore Dieu au centre de sa
doctrine immatérialiste, cet écho assourdi de la raison métaphysique est totalement écrasé sous la domination de la
raison empirique.
Cette dernière s'impose au XVIIIe siècle, dans un foisonnement d'idées et de doctrines, qui ne
reconnaissent plus que l'expérience, la nature et la nature humaine comme fondements.
Hume (1711-1776) ruine
ainsi la métaphysique dans le Traité de la nature humaine (1739).
Vico (1668-1744) édifie la science de l'histoire.
Citons la Science nouvelle (1725).
Montesquieu (1689-1755), avec De l'esprit des lois (1748), est un pilier de la
pensée politique moderne.
Nous n'oublierons pas l'Encyclopédie (1751-1766), cet étonnant outil de la diffusion des
savoirs, oeuvre monumentale lancée par Diderot (1713-1784) et d'Alembert.
Condillac (1714-1780) édifie l'esprit
humain à partir de la sensation.
Sans négliger quelques brillants matérialistes : Helvétius (1723-1789), dont
l'ouvrage majeur, De l'esprit (1758), fit scandale, La Mettrie (17091751) et le baron d'Holbach (1723-1789).
Quant
au courageux Condorcet (1743-1794) qui, inculpé sous la Terreur, s'empoisonne en prison, il dresse le tableau des
progrès de l'esprit humain.
Face à ce déferlement de la raison empirique, Rousseau (17121778) s'avère comme le
marginal des Lumières.
Enfin vint Kant (1724-1804), qui achève les Lumières (Aufklärung) et les dépasse.
En privilégiant l'esprit de libre examen, auquel tout doit se soumettre, en combattant pour le bonheur des hommes
ici-bas, les Lumières ont exercé une influence déterminante sur la constitution de notre société moderne.
Introduction : un siècle complexe ?
Le xviiie siècle ? Un siècle facile ? Simple à comprendre, séduisant et charmeur, sur fond de Boucher et de « divin
Mozart » ? Un siècle de libertinage insouciant ? Cette peinture rose bonbon et vert pomme est fréquente.
Et si ce siècle pensait à la mort et à la destinée humaine avec bien plus de gravité que ne le veut une mythologie
facile ? Comment ramener à la « facilité » le temps qui enfante non seulement les fêtes galantes mais les principes
des sociétés modernes ? La liberté se crée et explose.
Les sombres accords de Don Giovanni se mêlent à la Petite
musique de nuit.
Les débats sont polémiques, contradictoires.
Prenons conscience des zones sombres de ce siècle
au lieu de les ranger au magasin des accessoires.
Le siècle des Lumières n'est pas seulement celui du plaisir, mais
aussi celui de l'inquiétude.
Cependant, ce siècle est aussi celui du développement.
Les guerres européennes sont moins nombreuses et moins
destructrices qu'au siècle précédent, l'état sanitaire de la population s'améliore (la population française passe de 22
à`28 millions d'habitants), sciences et techniques progressent, les moyens de communication s'améliorent.
Dans ces
conditions, n'est-il pas naturel de voir apparaître au premier plan les idées de bonheur et de progrès ?
1.
L'idée de Lumières
Le XVIIIe siècle est celui des « Lumières », un phénomène qui parcourt toute l'Europe.
Que sont ces Lumières ? En
décembre 1784, Kant nous propose une définition (devenue célèbre) des Lumières :
« Qu'est-ce que les Lumières ? La sortie de l'homme de sa Minorité, dont il est lui-même responsable.
Minorité,
c'est-à-dire incapacité de se servir de son entendement sans la direction d'autrui [...] Sapere aude ! Aie le courage
de te servir de ton propre entendement.
Voilà la devise des lumières » (Kant, Qu'est-ce que les Lumières?, in
Philosophie de l'histoire, Aubier,
p.
83).
Ainsi, Kant indique sans ambiguïté qu'il s'agit d'apporter aux hommes autonomie et majorité, et ce grâce aux lumières
naturelles de la raison, seules susceptibles de guider les hommes vers le progrès.
Les Lumières ? Le courage, et
même l'héroïsme de la raison et du vouloir.
2.
Nature
Aux côtés de la raison, raison s'appuyant sur les faits concrets et l'expérience, la Nature est une idée centrale du
XVIIIe siècle.
Descartes privilégiait une nature comprise mécaniquement, réduite à de l'étendue et du mouvement.
Tout au début du XVIIIe siècle, la vision mécaniste de la nature subsiste, ainsi qu'en témoigne encore l' article «
Nature » de l'Encyclopédie mais, progressivement, Descartes se trouvera repoussé.
N' a-t-il pas desséché la « belle
nature » ? Ne l'a-t-il pas « réduite » et « désensibilisée » ? Comment peut-on se satisfaire de cette nature sans
drame et sans vie ? Tout un mouvement de réintégration de la nature se produit alors au temps des Lumières.
Que nous dit l'étymologie du terme « nature » ? Le mot latin natura vient du verbe latin nascor, naître : il signifie
d'abord l'action de faire naître et la croissance.
L'étymologie grecque est voisine, puisque le mot grec phusis
(nature) signifie le pouvoir de croissance immanent aux choses.
Comment, dans ces conditions, supprimer cette idée
d'une croissance spontanée du réel ? Comment, donc, repousser cette idée commune dans l'Antiquité, que la nature
désigne un immense vivant ? Nous touchons ici à des racines affectives de l'idée de nature, ce vivant, cette Mère,
ce lieu de magie et de communion.
Ainsi la deuxième moitié du XVIIIe siècle retrouve-t-elle une notion très forte de
la nature.
La compréhension mécanique (Descartes, Galilée) cesse donc d'être entièrement privilégiée.
Nature est un doux
guide, que nul ne saurait gommer entièrement.
Cette notion est si puissante qu'elle suggère celle 'de religion naturelle, où l'existence de Dieu s'inscrit dans la nature
et la raison, et non dans les institutions religieuses.
Ainsi se manifeste une force divine universelle, commune à tous.
»
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