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Charles d' ORLEANS (1394-1465) (Recueil : Ballades) - En regardant vers le païs de France

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Charles d' ORLEANS (1394-1465) (Recueil : Ballades) - En regardant vers le païs de France En regardant vers le païs de France, Un jour m'avint, a Dovre sur la mer, Qu'il me souvint de la doulce plaisance Que souloye oudit pays trouver ; Si commençay de cueur a souspirer, Combien certes que grant bien me faisoit De voir France que mon cueur amer doit. Je m'avisay que c'estoit non savance De telz souspirs dedens mon cueur garder, Veu que je voy que la voye commence De bonne paix, qui tous biens peut donner ; Pour ce, tournay en confort mon penser. ais non pourtant mon cueur ne se lassoit De voir France que mon cueur amer doit. Alors chargay en la nef d'Esperance Tous mes souhaitz, en leur priant d'aler Oultre la mer, sans faire demourance, Et a France de me recommander. Or nous doint Dieu bonne paix sans tarder ! Adonc auray loisir, mais qu'ainsi soit, De voir France que mon cueur amer doit. ENVOI Paix est tresor qu'on ne peut trop loer. Je hé guerre, point ne la doy prisier ; Destourbé m'a longtemps, soit tort ou droit, De voir France que mon cueur amer doit.

« Sujet: Charles d’ORL EANS (1394-1465) (Recueil : Ballades) « E n regard an t vers le p aïs d e Fran ce » E n reg ardan t vers le p aïs d e Fran ce U n jou r m'avin t, a Dovre su r la mer, Qu 'il me sou vin t de la d oulce p laisan ce Qu e sou loye ou d it p ays trou ver Si commençay d e cu eu r a sou spirer Comb ien certes qu e g rant b ien me faisoit De voir France q u e mon cu eu r amer d oit. Je m'avisay q u e c'estoit non savan ce De telz sousp irs ded en s mon cueu r g ard er, Veu q u e je voy q ue la voye commen ce De bon n e paix, q ui tou s bien s peu t d on n er ; Pour ce, tourn ay en con fort mon p en ser. Ais n on p ou rtan t mon cueu r ne se lassoit De voir France q u e mon cu eu r amer d oit Alors ch argay en la n ef d 'E sp eran ce Tous mes sou h aitz, en leur p riant d 'aller Ou ltre la mer, sans faire demou ran ce, E t a Fran ce d e me recomman d er. Or nou s d oin t Dieu b on ne p aix san s tard er ! A d on c au ray loisir, mais qu 'ain si soit, De voir France q u e mon cu eu r amer d oit. E NVOI Paix est tresor q u 'on n e peu t trop loer. Je hé g u erre, p oint n e la d oy p risier ; Destou r b é m'a long temps, soit tort ou d roit, De voir France q u e mon cu eu r amer d oit. Dans cette ballade, Charles d’Orléans exprime dans un style élégiaque son regret du pays qui est le sien, pays dont il a été éloigné durant 25 ans en raison de sa captivité en Angleterre.

Ce faisant, il s’inscrit dans une tradition littéraire qui commence dans l’antiquité, puisque des poètes romains tels que Tibulle et Catulle s’étaient illustres en leur temps dans ce style poétique caractérisé par la tonalite plaintive.

C’est donc le sentiment du regret et de la perte que nous pouvons trouver exprime dans ce texte avec le plus de clarté : écrit en 1433 (soit dix huit ans après le début de sa captivité) ce texte témoigne des sentiments divers de son auteur à voir la mer qui le sépare de sa patrie.

Par conséquent, nous verrons que nous pouvons identifier dans une large mesure le « je poétique » (a savoir le sujet qui s’exprime dans ce texte) avec le « je empirique » de l’auteur, a savoir Charles d’Orléans lui-même.

Nous verrons dans quelle mesure ce texte se nourrit considérablement de l’expérience réelle de Charles d’Orléans, au point que nous pourrions presque le considérer comme une page arrachée a un journal intime : comme une véritable méditation sur la vie menée par l’auteur et ses sentiments complexes a l’égard de sa patrie perdue. Cependant, nous ne pouvons faire de la tonalite élégiaque la tonalite dominante sinon unique de ce texte : en effet, ce texte exprime également des sentiments d’espoir de l’auteur, l’espérance très claire que la paix viendra remplacer très vite la guerre dans laquelle se consumaient les forces de la France et de l’Angleterre a cette époque troublée.

Dans une certaine mesure, nous pouvons lire ce texte comme un plaidoyer pour la paix, l’expression d’autant plus vigoureuse de l’espoir que la France et la l’Angleterre vont cesser les hostilités que de cette situation dépend la libération de l’auteur du texte… La question au centre de notre étude du texte sera donc de déterminer dans quelle mesure Charles d’Orléans appelle dans un texte à la tonalite élégiaque et pleine d’espérance ala fois à un changement politique majeure dans l’Europe de son temps : le retour de la paix. I. Une ballade poétique à la tonalite élégiaque a.

Une ballade poétique Nous commencerons par étudier ce texte en fonction de son identité générique.

Il s’agit d’une ballade, c'est-à-dire d’une œuvre poétique composée de trois strophes (en l’occurrence, trois strophes de septains) et terminée par un envoi compose de quatre vers.

Une autre caractéristique de la ballade, respectée par l’œuvre de Charles d’Orléans, est la présence a chaque fin de strophe d’un même vers appelé également refrain : « De voir Fran ce qu e mon cu eu r amer doit ». Ce vers a un e importan ce tou te p articulière, pu isq ue d u fait d e sa rép étition il insiste sur u n e id ée cen trale dan s le texte, la ren d p resente a ce poin t qu ’elle devien t l’id ee cen trale d an s le texte.

E n fin , n ous p ou von s étud ier le sch éma métriqu e d u p oème d e Charles d ’Orléans q u i corresp on d a la stru ctu re su ivan te dan s les trois premières strop h es : ABAABBCC et a cette stru ctu re d an s la dern ière : AABB b.

La tonalite élégiaque du poème : l’expression du regret de la patrie perdue Dans une certaine mesure, nous pouvons dire que ce texte s’inscrit dans toute une tradition littéraire qui remonte à l’antiquité et qui compte parmi d’autres textes les élégies de Tibulle, celles de Catulle, et l’Odyssée d’Homère.

En effet, nous pouvons rapprocher ce dernier texte de l’œuvre de Charles d’Orléans que nous avons à étudier aujourd’hui car Ulysse au même titre que le « je » poétique qui s’exprime dans cette ballade est séparé de sa patrie, condamné à vivre loin des siens et de la terre qu’il aime.

Ainsi nous pouvons dire que la tonalite dominante de ce texte est élégiaque, dans la mesure où ce poème exprime la douleur de la séparation avec un pays dont l’auteur répète qu’il y est profondément attache.

L’effet de refrain provoque par la répétition du vers conclusif : « De voir France q u e mon cu eu r amer d oit » est à ce titre u n pu issan t moyen p oétiqu e p our in sister su r la d ouleu r d e la sép aration , l’attachement d u sujet p oétiq u e à la France et l’esp oir qu e cette sép aration pren d ra fin . II. Un poème qui se fait l’écho de l’expérience auctoriale a.

Charles d’Orléans, prisonnier en Angleterre Nous verrons dans cette deuxième partie de quelle manière le texte de Charles d’Orléans s’inscrit dans sa propre expérience.

En effet, pour étudier ce texte, sans doute faut-il savoir que Charles d’Orléans l’a écrit alors qu’il était prisonnier des anglais.

En 1415, alors que la France était en guerre contre l’Angleterre, Charles d’Orléans a été fait prisonnier par les Anglais à la suite de la bataille d’Azincourt. Sa libération était conditionnée au paiement d'une rançon conséquente que nul de ses proches n’a pu payer.

L’auteur est donc resté 25 ans en Angleterre, années pendant lesquelles il a développé son œuvre. b.

L’identification partielle du « je » poétique et du « je » auctorial A la lumière de ces informations, nous pouvons dire qu’il est légitime d’identifier au moins partiellement le « je » poétique (a savoir la voix qui s’exprime dans ce texte, qui n’a pas d’autre existence que textuelle et se confond avec l’œuvre dans laquelle elle apparait) avec le « je » empirique (a savoir la personne empirique de l’auteur, dont l’expérience est similaire a celle dont il est fait mention dans le texte).

Charles d’Orléans exprime donc dans ce texte une pluralité d’émotions sur la nature desquelles nous allons revenir : la douleur de l’éloignement de la patrie qui est la sienne ; l’espérance que la paix succèdera aux temps de guerre et de troubles politiques excessivement graves connus par la France et l’Angleterre a cette époque. III. De l’expression d’un sentiment élégiaque a l’espérance de la paix a.

Du regret d’un temps idéalisé par la distance et le temps… Nous étudierons dans le dernier temps de ce travail l’expression par Charles d’Orléans d’un regret et d’un désir pour sa patrie perdue : « E n regard an t vers le p aïs d e Fran ce U n jou r m'avin t, a Dovre su r la mer, Qu 'il me sou vin t de la d oulce p laisan ce Qu e sou loye ou d it p ays trou ver Si commençay d e cu eu r a sou spirer » Barthes écrivait a propos de la poésie qu’elle se fondait sur un « désir toujours présent de la chose demeurée absente ».

Nous pouvons trouver dans ce texte la réalisation de cette formule décrivant l’essence de la poésie : Charles d’Orléans écrit un texte qui dit son désir insatiable d’une terre dont il est séparé et dont il ignore encore qu’il lui sera refusé d’y retourner pendant de nombreuses années lorsqu’il écrit ce texte en 1433.

Cependant, comme nous le verrons des à présent, ce texte n’exprime pas la seule douleur de la séparation mais aussi l’espoir d’une paix qui viendrait y mettre un terme… b.

… àl’espérance ardente du retour de la paix Lorsque dans ses « Ballades », Charles d'Orléans évoque la "bonne paix," il s'agit de celle qui aurait installé effectivement et pour toujours Henri VI d’Angleterre sur le trône de France.

Notre ballade intitulée "En regardant vers le païs de France" doit donc se lire en ce sens.

Nous ne pouvons donc interpréter le texte comme l’expression d’un sentiment francophile et patriotique, sentiments que nous imprimerions sur le texte en raison de notre expérience d’hommes modernes, plutôt que nous ne les découvririons effectivement exprimés dans cette ballade.

Sans doute avons-nous intérêt à lire cette œuvre dans une perspective transcendant son inscription dans un genre (celui de la ballade) exprimant un état d’esprit particulier (la douleur de la séparation dans un style élégiaque), une perspective faisant de ce texte une œuvre inscrite dans l’actualité de son temps, destinée a réclamer un changement politique concret : le retour a la paix et la fin définitive des hostilités dont l’auteur exprime toute la détestation qu’elles lui inspirent : « Je hé gu erre, p oint n e la doy p risier ; Destou r b é m'a longtemps, soit tort ou d roit, De voir France q u e mon cu eu r amer d oit ». Par conséquent, nous pouvons dire de ce texte qu’il est aussi une œuvre inscrite dans l’actualité de son temps et réclamant un changement politique rapide et concret. Conclusion Dans un premier temps, nous avons vu que le texte de Charles d’Orléans était une ballade poétique dont la tonalite dominante était l’élégie.

Nous avons ensuite fait un rapprochement entre la situation décrite par le texte et celle effectivement vécue par l’auteur de manière à conclure à un rapprochement partiel du « je poétique » et du « je empirique ».

Enfin, nous avons montré que non seulement le texte exprimait un sentiment de regret et de manque, mais s’inscrivait également dans l’actualité de son temps, prenant parti pour la paix et la prise de pouvoir en France du roi d’Angleterre Henri VI.. »

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