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Baudelaire « A celle qui est trop gaie », LES FLEURS DU MAL, paru en 1857.

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Baudelaire « A celle qui est trop gaie », LES FLEURS DU MAL, paru en 1857. Ta tête, ton geste, ton air Sont beaux comme un beau paysage ; Le rire joue en ton visage Comme un vent frais dans un ciel clair. Le passant chagrin que tu frôles Est ébloui par la santé Qui jaillit comme une clarté De tes bras et de tes épaules. Les retentissantes couleurs Dont tu parsèmes tes toilettes Jettent dans l'esprit des poètes L'image d'un ballet de fleurs. Ces robes folles sont l'emblème De ton esprit bariolé ; Folle dont je suis affolé, Je te hais autant que je t'aime ! Quelquefois dans un beau jardin Où je traînais mon atonie, J'ai senti, comme une ironie, Le soleil déchirer mon sein ; Et le printemps et la verdure Ont tant humilié mon coeur, Que j'ai puni sur une fleur L'insolence de la Nature. Ainsi je voudrais, une nuit, Quand l'heure des voluptés sonne, Vers les trésors de ta personne, Comme un lâche, ramper sans bruit, Pour châtier ta chair joyeuse, Pour meurtrir ton sein pardonné, Et faire à ton flanc étonné Une blessure large et creuse, Et, vertigineuse douceur ! A travers ces lèvres nouvelles, Plus éclatantes et plus belles, T'infuser mon venin, ma soeur !

« Ce poème fait partie des pièces censurées des Fleurs du Mal ,qui ont valu a Baudelaire son procès . Le poète joue en effet dans ces pièces avec le non-dit, les insinuations, et les codes sociaux en vigueur a l'époque, qui définissent ce qui est bienséant. Il peut être intéressant de regarder dans ce poème comment s'articulent, d'une part, l'acceptation des codes de la bienséance et des codes de la poésie classique ; et d´autre part, le jeu subversif du poète avec ces codes, jeu qui lui a valu la censure. I) la tradition de la poésie amoureuse... -forme classique : succession régulière de quatrains d'octosyllabes a rimes embrassées ; pointe finale qui rappelle celle d'un sonnet ; rythme régulier, pas de césures ni d'enjambements. - tradition de l'éloge de la femme aimée : comparaisons entre la femme et la nature ; multiplication de qualificatifs positifs ( beau, frais, clair) ; utilisation du motif classique des fleurs pour suggérer le charme féminin -le vers 16 reprend la figure du paradoxe, traditionnelle dans la poésie amoureuse (voir les sonnets de Louise Labé, « Je vis je meurs ») : l'amour est mêle de haine, il éveille pour celui qui l'éprouve a la fois plaisir (§2) et douleur (« Folle dont je suis affole ») -figure du poète de l'amour courtois (« l'esprit des poètes ») ébloui par la femme II) ... rendue subversive et démoniaque -la femme est à la fois glorifiée et réifiée, rabaissée : le poète la tutoie, il quitte le domaine élève des sentiments pour rentrer dans le concret et le prosaïque (sein, flanc, lèvres) en faisant allusion a l'acte amoureux, dans lequel il domine : il la châtie, la meurtrit, la blesse, l'empoisonne . La dureté est rendue dans des allitérations en CH ou F par exemple a la §8. -ironie par rapport a la tradition de l'éloge amoureux : pluriel dénigrant des « poètes » louangeurs ; le poète utilise des expressions imagées figurant la douleur amoureuse (la blessure au flanc, au sein) mais il les reprend littéralement, pour leur donner un sens plus provocant . De plus, l'acte amoureux est mêlé a l'idée d'inceste (« ma soeur ») rendu plus frappant par la collocation venin/soeur. -le poète prend l'image du démon : il est tente par l'idée de détruire la Nature (oeuvre de Dieu) dont la beauté l'insupporte ; il a la figure auto-dénigrante du « lâche « mais aussi le pouvoir quasi divin de châtier. Le mot « venin » pour designer le sperme suggère le serpent, symbole du Diable. III) la définition d´une nouvelle esthétique -une nouvelle esthétique qui fait primer les rapprochements inattendus (rire et vent frais, idee que le rire « joue ») dans une perspective qui semble presque préfigurer le surréalisme. Le poète glorifie aussi l'artificiel : les fleurs ne servent pas de point de comparaison pour le teint de la femme (ce qui est assez classique) mais pour ses robes, ses parures. -une nouvelle définition de la beauté : ce qui est classiquement admis comme beau, et dont il parle au début du poème, laisse ensuite la place a une beauté plus intense « plus belles », mais anti-conventionnelle et crue (elle s'applique au sexe féminin) . Parallèlement la beauté des paysages, des robes bariolées est définie dans le titre comme un excès, presque une faute méritant le châtiment : « trop gaie » Le poète joue habilement et avec ironie avec un cadre classique qui est celui de l'éloge a la femme aimée : il reprend des motifs connus mais les détourne rapidement de manière subversive, et affirme ainsi sa modernité en définissant une esthétique qui inspirera les mouvements ultérieurs comme le surréalisme. »

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