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Arthur RIMBAUD (1854-1891) (Recueil : Illuminations) - Mouvement

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Arthur RIMBAUD (1854-1891) (Recueil : Illuminations) - Mouvement Le mouvement de lacet sur la berge des chutes du fleuve, Le gouffre à l'étambot, La célérité de la rampe, L'énorme passade du courant, Mènent par les lumières inouïes Et la nouveauté chimique Les voyageurs entourés des trombes du val Et du strom. Ce sont les conquérants du monde Cherchant la fortune chimique personnelle ; Le sport et le confort voyagent avec eux ; Ils emmènent l'éducation Des races, des classes et des bêtes, sur ce vaisseau. Repos et vertige A la lumière diluvienne, Aux terribles soirs d'étude. Car de la causerie parmi les appareils, le sang, les fleurs, le feu, les bijoux, Des comptes agités à ce bord fuyard, - On voit, roulant comme une digue au-delà de la route hydraulique motrice, Monstrueux, s'éclairant sans fin, - leur stock d'études ; Eux chassés dans l'extase harmonique, Et l'héroïsme de la découverte. Aux accidents atmosphériques les plus surprenants, Un couple de jeunesse s'isole sur l'arche, - Est-ce ancienne sauvagerie qu'on pardonne ? - Et chante et se poste.

« Les Illuminations, « Mouvement », Arthur Rimbaud Introduction : Rimbaud a dix-neuf ans lorsqu’il entreprend l’écriture de ses derniers poèmes qui constitueront les Illuminations. En 1875, à vingt ans, il choisit le silence. Dans ce recueil Rimbaud renouvelle en profondeur tous les codes de l’écriture poétique. Il met à mal les formes traditionnelles pour se livrer à un véritable travail sur le langage, il exploite les rapports entre la forme du poème et le fond, entre le signifiant et le signifié du langage pour proposer des œuvres qui résistent à l’interprétation et qui révèlent sans cesse de nouveaux sens. Projet de lecture : Nous nous demanderons dans quelle mesure ce poème illustre le désir de Rimbaud de créer une langue nouvelle pour une poésie moderne comme il l’explique lui-même dans une lettre à Paul Demeny : « Cette langue sera de l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant. […] Énormité devenant norme absorbée par tous, il serait vraiment un multiplicateur de progrès ! » En quoi notre poème illustre-t-il cette définition de la poésie ? Pourquoi peut-on dire que la modernité et le progrès sont inscrits en creux dans ce poème ? I Le poète se fait voyant Introduction partielle : « Le poète se fait voyant par un long immense et raisonné dérèglement de tous les sens » Rimbaud dans une lettre à Paul Demeny. 1) Le poète est celui qui donne à voir un univers différent, inconnu Quand on étudie l’énonciation, on peut distinguer deux niveaux. Au premier niveau, un narrateur prend la parole pour restituer sa vision et la commenter « On voit »… et « est-ce ancienne sauvagerie qu’on pardonne ». Ce on indéfini englobe le narrateur et le lecteur créant une forme de complicité entre les deux. Ainsi, un personnage restitue une expérience personnelle. A un autre plan d’énonciation, d’autres personnages apparaissent : « les conquérants du monde », repris par les pronoms « leur » et « eux » dans le dernier paragraphe puis enfin dans les trois derniers vers, on voit apparaître « un jeune couple ». Qui sont les conquérants du monde ? S’agit-il de ce couple ? Nous ignorons si plusieurs personnes sont à bord et si ce couple n’est qu’une partie du groupe ou s’ils sont les seuls humains à bord. La vision est imprécise, comme si le narrateur faisait le récit d’un rêve où les personnages aux contours flous se mêlent les uns aux autres. 2) Synesthésies Les synesthésies renvoient à des associations de sensations diverses. Baudelaire dans son poème Correspondances notamment a largement contribué au développement de ce concept poétique qui consiste à allier deux sensations différentes (« les parfums, les couleurs et les sons se répondent » Baudelaire). Dans notre poème, le narrateur décrit en sollicitant vivement tous les sens du lecteur et en instituant des parallèles en différentes sensations sonores, visuelles et tactiles. On peut analyser en particulier le premier paragraphe. Divers termes connotant le mouvement renvoie à une sensation physique tandis que les « lumières inouïes » sollicitent la vue et que le « storm » qui est un violent courant marin sollicite tous les sens en même temps. Rimbaud brosse un tableau très précis dans l’esprit du lecteur. Certaines de ses sensations sont difficilement interprétables, par exemple, que penser de la « nouveauté chimique » ? Nous sommes bel et bien plongés dans un univers inconnu dont ne pouvons connaître tous les aspects. C’est une mystérieuse alchimie qui s’opère entre les sensations aussi bien qu’entre le lecteur et le poète. Transition : Non seulement le poète ouvre l’a accès à un monde étrange mais il bouleverse les codes du langage. II La poésie en mouvement : le renouvellement de la forme poétique Introduction partielle : Ce poème se situe entre le vers et la prose. 1) Un rythme A première vue, ce poème semble s’apparenter à un genre hybride mettant à mal les règles poétiques traditionnelles puisque les règles de métrique et de versification ne sont pas respectées. Pourtant, la prose rimbaldienne propose une poésie qui se démarque par sa radicale nouveauté. Le poème est composé de trois strophes qui chacune comprennent des alexandrins blancs, c’est-à-dire des vers de douze pieds dissimulés dans la prose. Dans la première strophe : « les voyageurs entourés des tombes du val », dans la deuxième, « Cherchant la fortune chimique personnelle ; » et « Le sport et le comfort voyagent avec eux »et enfin dans la troisième : « Monstrueux, s’éclairant sans fin,-leur stock d’études », « un couple de jeunesse s’isole sur l’arche » et « -Est-ce ancienne sauvagerie qu’on pardonne ». Ainsi, ces alexandrins libres rythment d’une façon très particulière le poème lui imprégnant un mouvement dynamique. En effet, les alexandrins ne reviennent pas de »

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