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Albert Camus, L'Etranger, 1942.

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Albert Camus, L'Etranger, 1942. [Meursault, le narrateur, se laisse entraîner dans une histoire de vengeance qui le conduit à tuer un homme. Il est aussitôt mis en prison.] Quand je suis entré en prison, on m'a pris ma ceinture, mes cordons de souliers, ma cravate et tout ce que je portais dans mes poches, mes cigarettes en particulier. Une fois en cellule, j'ai demandé qu'on me les rende. Mais on m'a dit que c'était défendu. Les premiers jours ont été très durs. C'est peut-être cela qui m'a le plus abattu. Je suçais des morceaux de bois que j'arrachais de fa planche de mon lit. Je promenais toute la journée une nausée perpétuelle. Je ne comprenais pas pourquoi on me privait de cela qui ne faisait de mal à personne. Plus tard, j'ai compris que cela faisait partie aussi de la punition. Mais à ce moment-là, je m'étais habitué à ne plus fumer et cette punition n'en était plus une pour moi. A part ces ennuis, je n'étais pas trop malheureux. Toute la question, encore une fois, était de tuer le temps. J'ai fini par ne plus m'ennuyer du tout à partir de l'instant où j'ai appris à me souvenir. Je me mettais quelquefois à penser à ma chambre et, en imagination, je partais d'un coin pour y revenir en dénombrant mentalement tout ce qui se trouvait sur mon chemin. Au début, c'était vite fait. Mais chaque fois que je recommençais, c'était un peu plus long. Car je me souvenais de chaque meuble, et, pour chacun d'entre eux, de chaque objet qui s'y trouvait et, pour chaque objet, de tous les détails et pour les détails eux-mêmes, une incrustation, une fêlure ou un bord ébréché, de leur couleur ou de leur grain. En même temps, j'essayais de ne pas perdre le fil de mon inventaire, de faire une énumération complète. Si bien qu'au bout de quelques semaines, je pouvais passer des heures, rien qu'à dénombrer ce qui se trouvait dans ma chambre. Ainsi, plus je réfléchissais et plus de choses méconnues et oubliées je sortais de ma mémoire. J'ai compris alors qu'un homme qui n'aurait vécu qu'un seul jour pourrait sans peine vivre cent ans dans une prison. Il aurait assez de souvenirs pour ne pas s'ennuyer. Dans un sens, c'était un avantage.

« Albert Camus, L’Étranger, « Quand je suis entré en prison ». Quand je suis entré en prison, on m'a pris ma ceinture, mes cordons de souliers, ma cravate et tout ce que je portais dans mes poches, mes cigarettes en particulier.

Une fois en cellule, j'ai demandé qu'on me les rende.

Mais on m'a dit que c'était défendu.

Les premiers jours ont été très durs.

C'est peut-être cela qui m'a le plus abattu.

Je suçais des morceaux de bois que j'arrachais de fa planche de mon lit.

Je promenais toute la journée une nausée perpétuelle.

Je ne comprenais pas pourquoi on me privait de cela qui ne faisait de mal à personne.

Plus tard, j'ai compris que cela faisait partie aussi de la punition.

Mais à ce moment-là, je m'étais habitué à ne plus fumer et cette punition n'en était plus une pour moi. A part ces ennuis, je n'étais pas trop malheureux.

Toute la question, encore une fois, était de tuer le temps.

J'ai fini par ne plus m'ennuyer du tout à partir de l'instant où j'ai appris à me souvenir.

Je me mettais quelquefois à penser à ma chambre et, en imagination, je partais d'un coin pour y revenir en dénombrant mentalement tout ce qui se trouvait sur mon chemin.

Au début, c'était vite fait.

Mais chaque fois que je recommençais, c'était un peu plus long.

Car je me souvenais de chaque meuble, et, pour chacun d'entre eux, de chaque objet qui s'y trouvait et, pour chaque objet, de tous les détails et pour les détails eux-mêmes, une incrustation, une fêlure ou un bord ébréché, de leur couleur ou de leur grain.

En même temps, j'essayais de ne pas perdre le fil de mon inventaire, de faire une énumération complète.

Si bien qu'au bout de quelques semaines, je pouvais passer des heures, rien qu'à dénombrer ce qui se trouvait dans ma chambre.

Ainsi, plus je réfléchissais et plus de choses méconnues et oubliées je sortais de ma mémoire.

J'ai compris alors qu'un homme qui n'aurait vécu qu'un seul jour pourrait sans peine vivre cent ans dans une prison.

Il aurait assez de souvenirs pour ne pas s'ennuyer.

Dans un sens, c'était un avantage. Albert Camus : écrivain, dramaturge et philosophe né le 7 novembre 1913 en Algérie et mort le 4 janvier 1960 dans l'Yonne.

Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1957. L’Étranger : - Roman paru en 1942 et appartenant au « cycle de l'absurde », trilogie composée d’un roman (L’Étranger), d’un essai (Le Mythe de Sisyphe) et d’une pièce de théâtre (Caligula) décrivant les fondements de la philosophie camusienne : l’absurde. NB : Camus a écrit « Si tu veux être philosophe, écris des romans ». - Roman qui a pour personnage principal (qui ne peut pas vraiment recevoir le qualificatif de « héros ») Meursault, un être mystérieux, qui ne se conforme pas aux canons de la morale sociale, semblant étranger au monde et à lui-même. Le narrateur, Meursault, se laisse entraîner dans une histoire de vengeance qui le conduit à tuer un homme.

Il est aussitôt mis en prison. Dans cet extrait, le narrateur évoque sa vie de prisonnier. I- La vie monotone d’un prisonnier A- Personnage dépossédé • « On » qui s’oppose à « Je », Meursault. - « on » > pronom personnel sujet indéfini.

Renvoie à l’autorité supérieure… Cf.

« on m'a pris » : Ne donne pas l’identité précisé de la personne qui l’a ôté > personne qui répondait à un règlement. Cf.

« on m'a dit que c'était défendu ». • Dès l’entrée en prison, Meursault s’est vu dépossédé de tout ce qu’il avait. Cf.

« on m'a pris ma ceinture, mes cordons de souliers, ma cravate et tout ce que je portais dans mes poches, mes cigarettes en particulier » : - Énumération de termes précédés d’un article défini > on lui a pris ce qui lui appartenait : ses accessoires de vêtements ; « tout ce que je portais dans mes poches ». - « mes cigarettes en particulier » > mise en relief de ce terme => tabac qui doit lui manquer principalement. ∆) N’a rien pour s’occuper, pas même une cigarette…. »

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