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UNE ÉLÉGIE D'ANDRÉ CHÉNIER

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UNE ÉLÉGIE D'ANDRÉ CHÉNIER Douce mélancolie, aimable mensongère, Des antres, des forêts déesse tutélaire Qui vient, d'une insensible et charmante langueur, Saisir l'ami des champs et pénétrer son coeur, Quand, sorti vers le soir des grottes reculées, Il s'égare à pas lents au penchant des vallées, Et voit des derniers feux le ciel se colorer Et sur les monts lointains un beau jour expirer. Dans sa volupté sage, et pensive, et muette, Il s'assied, sur son sein laisse tomber sa tête. Il regarde à ses pieds dans le liquide azur Du fleuve qui s'étend comme lui calme et pur, Se peindre les coteaux, les toits et les feuillages, Et la pourpre en festons couronnant les nuages. Il revoit près de lui, tout à coup animés, Ces fantômes si beaux, à nos pleurs tant aimés, Dont la troupe immortelle habite sa mémoire, Julie... (l'héroïne de Jean-Jacques Rousseau), Clarisse... (l'héroïne de Richardson), etc. Elégies, xvii.

« UNE ÉLÉGIE D'ANDRÉ CHÉNIER Douce mélancolie, aimable mensongère, Des antres, des forêts déesse tutélaire Qui vient, d'une insensible et charmante langueur, Saisir l'ami des champs et pénétrer son cœur, Quand, sorti vers le soir des grottes reculées, Il s'égare à pas lents au penchant des vallées, Et voit des derniers feux le ciel se colorer Et sur les monts lointains un beau jour expirer. Dans sa volupté sage, et pensive, et muette, Il s'assied, sur son sein laisse tomber sa tête. Il regarde à ses pieds dans le liquide azur Du fleuve qui s'étend comme lui calme et pur, Se peindre les coteaux, les toits et les feuillages, Et la pourpre en festons couronnant les nuages. Il revoit près de lui, tout à coup animés, Ces fantômes si beaux, à nos pleurs tant aimés, Dont la troupe immortelle habite sa mémoire, Julie... (l'héroïne de Jean-Jacques Rousseau), Clarisse... (l'héroïne de Richardson), etc. Elégies, xvii. Pour la clarté de la composition, il semble préférable d'isoler les remarques sur le style et d'en parler en premier lieu. On donnera une importance particulière à l'analyse du sentiment, car c'est là que réside le principal intérêt du morceau, et on réservera une partie spéciale à la définition de la mélancolie romantique. Introduction : Ce tableau fait partie d'une élégie où, après Rousseau et en conformité avec les goûts de son temps, Chénier chante le bonheur de la vie champêtre. Un des charmes qu'il y trouve c'est celui d'une certaine mélancolie qu'on y peut goûter et qui est décrite ici. I. Remarques portant sur le style : v. 1. « Mensongère » signifie menteuse : ce mot est rarement appliqué aux personnes, comme c'est le cas ici, car la mélancolie est personnifiée. v. 2. «Des antres, des forêts, déesse tutélaire » vers élégamment obscur : il semble signifier que la mélancolie réside dans les antres et les forêts et qu'elle y protège les rêveries de l'ami des champs. v. 5. « Des grottes reculées... » : ces grottes sont des abris sous roche, où, dans l'après-midi, l'ami des champs s'était retiré. Avec tout son temps, Chénier a, dans ses Elégies, le goût du mot noble et fade. On fera des remarques analogues sur les mots et les tours suivants : « Des derniers feux » (v. 7), « Un beau jour expirer» (v. 8), « Du fleuve qui s'étend comme lui calme et pur » (v. 12), « Ces fantômes si beaux, à nos pleurs tant aimés » (v. 16). II. Après les cinq premiers vers, on voit surgir peu à peu, les lignes d'un tableau qui se caractérise: 1. au point de vue du dessin, par la pente d'une vallée où l'ami des champs est assis : dans la vallée coule un fleuve paisible où se reflètent, etc. Il y a un second plan : lequel ? 2. au point de vue du coloris, par la note azurée du fleuve... feux du couchant... festons de pourpre... ; 3. au point de vue général par une impression de calme et de pureté. III. Le sentiment qui se dégage du morceau est une mélancolie où se mêlent : 1. un état voluptueux et inerte: «insensible et charmante langueur» semblable à celle que goûtait J.-J. Rousseau sur les bords de l'île Saint-Pierre ; 2. et une rêverie littéraire où le poète évoque les figures qui l'ont charmé et attendri dans la Nouvelle Héloïse (Julie) et dans Clarisse Harlowe (Clarisse), ces deux romans étant, alors très goûtés. 3. Au contraire, la mélancolie romantique, née dans l'âme même, est inspirée principalement par la pensée de la fuite irréparable des jours ou par celle de notre solitude morale ; et d'autre part elle s'accompagne tantôt d'un sentiment de lassitude, tantôt d'une aspiration, violente ou paisible, à une autre vie. Conclusion: On a vu ailleurs que si Chénier annonçait le romantisme, c'était seulement par son sentiment artistique et par des innovations hardies dans la versification. Par la pensée et les façons de sentir, il est bien du XVIIIe siècle. C'est ce que fait nettement ressortir, en ce qui concerne la mélancolie, l'analyse du présent morceau. »

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