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Paul VERLAINE (1844-1896) (Recueil : Jadis et naguère) - Sonnet boiteux

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Paul VERLAINE (1844-1896) (Recueil : Jadis et naguère) - Sonnet boiteux Ah ! vraiment c'est triste, ah ! vraiment ça finit trop mal, Il n'est pas permis d'être à ce point infortuné. Ah ! vraiment c'est trop la mort du naïf animal Qui voit tout son sang couler sous son regard fané. Londres fume et crie. O quelle ville de la Bible ! Le gaz flambe et nage et les enseignes sont vermeilles. Et les maisons dans leur ratatinement terrible Epouvantent comme un sénat de petites vieilles. Tout l'affreux passé saute, piaule, miaule et glapit Dans le brouillard rose et jaune et sale des Sohos Avec des "indeeds" et des "all rights" et des "haôs". Non vraiment c'est trop un martyre sans espérance, Non vraiment cela finit trop mal, vraiment c'est triste O le feu du ciel sur cette ville de la Bible !

« Commentaire du poème de Paul Verlaine : « Sonnet Boiteux » Introduction : Le « Sonnet boiteux » est publié par Paul Verlaine dans le recueil Jadis et Naguère qui date de 1881. Mais le sonnet date vraisemblablement de l'époque de solitude de Verlaine à Londres, après que Rimbaud ait rejoint la France (fin 1872-début 1873) à l'automne. Le titre du poème, le « Sonnet Boiteux » donne un indice sur la forme te le contenu du poème. Il s’agit bien d’un sonnet, mais il est boiteux puisque Verlaine entrave certaine des règles de cette forme fixe. Boiter indique un défaut d’harmonie et d’équilibre qui se retrouve thématiquement et formellement dans ce poème cultivant la dissonance. Projet de lecture : En quoi ce sonnet est-il « boiteux » ? I) La rupture de l’harmonie poétique 1) Le détournement du sonnet Verlaine utilise dans ce poème la forme fixe du sonnet, forme traditionnellement utilisée pour traduire l’harmonie poétique. Le sonnet est un poème de quatorze vers composé de deux quatrains et de deux tercets et soumis à des règles fixes pour la disposition des rimes. La structure des quatre rimes la plus habituelle chez les français est la rime marotique au XVIème ABBA ABBA CCD EED puis a lieu un changement dans l'ordre du dernier tercet avec les rimes françaises des XVIè-XIXème ABBA ABBA CCD EDE. Verlaine détourne cette forme du sonnet en la rendant boiteuse. Composé de deux quatrains et de deux tercets, comme le sonnet traditionnel, ce poème s'en écarte dans la structure des rimes des quatrains qui généralement sont des rimes embrassées, et qui ici sont des rimes croisées (mal/infortuné/animal/fané). Le vers traditionnel du sonnet est l’alexandrin ; or, ici Verlaine choisit de préférence le vers impair, plus musical selon lui, et allonge le vers à 13 syllabes en laissant tout de même subsister une trace de la tradition à travers la présence de quelques alexandrins (v. 5-8 et 14). 2) La dissonance de la plainte poétique La rupture de l’harmonie poétique est aussi véhiculée par la forme dissonante que prend la plainte poétique de Verlaine dans ce « sonnet boiteux ». On sait, par la correspondance de Verlaine, qu’au moment où il écrit ces vers (décembre 1872) Verlaine est malade : il véhicule son supplice dans ce poème à travers des sonorités plaintives dissonantes qui jalonnent le texte. à Etudier la répétition en forme d'écho plaintif du son « a » qui se répète dans le premier quatrain. « Ça finit trop mal », « pas permis d'être à ce point », « la mort du naïf animal », « son regard fané ». + étudier les assonances en –an dans le dernier tercet traduisant le râle du poète souffrant : Non vraiment c'est trop un martyre sans espérance, Non vraiment cela finit trop mal, vraiment c'est triste 3) La poésie de la laideur La rupture de l’harmonie poétique réside aussi dans le culte de la laideur réalisé dans ce poème. Verlaine, dans le sillage de Baudelaire prône ici une poésie de la modernité, une poésie de la ville dans ce qu’elle a de plus laid. La description de Londres dans les deux strophes centrales la présente comme une ville sale où règne le vice. Londres est la ville de la dissonance : elle est la ville du cri : « crie..piaule..miaule..glapit » (noter ici la gradation vers l’animalité). Londres est la ville de la « fadeur » ( nous empruntons ce terme à Jean-Pierre Richard dans le chapitre consacré à Verlaine de son ouvrage Poésie et Profondeur), de la demi-teinte, du flou, caractéristiques de la poésie verlainienne : « fume…le gaz flambe…brouillard rose et jaune » II) Le détournement des références bibliques 1) Le châtiment de Londres Londres et en particulier son quartier de plaisirs et de débauche, « Soho » (Quartier du vieux Londres entre le British Muséum et Piccadilly ; très animé la nuit, c'est un quartier frivole) subit dans ce poème le châtiment réservé jadis par Dieu aux villes bibliques pécheresses de l'ancienne Palestine, Sodome et Gomorrhe, célèbres pour les mœurs dissolues de leurs habitants et qui furent détruites, purifiées par le feu : « Londres fume et crie. Ô quelle ville de la Bible ! » à étudier les images de feu présentes dans le poème et figurant ce châtiment : « fume…flambe…vermeilles…le feu du ciel » ; on note aussi la présence d’images de destruction : « ratatinement…épouvante ». La ville de Londres semble devoir expier ses fautes, ce que suggère le premier vers du premier tercet : « Tout l'affreux passé saute, piaule, miaule et glapit » ; l’expiation des pêchés, figurée à travers un vocabulaire animal aux sonorités violentes apparaît comme à la limite du blasphème. 2) La figuration du poète martyr Dans le dernier tercet, Verlaine détourne encore une image biblique en se présentant comme un « martyr ». Ce »

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