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On considère souvent les personnage des contes de Voltaire comme des marionnettes. Quel sens donnez-vous à ce mot ? Appréciez cette affirmation en vous appuyant sur vos lectures personnelles et surtout sur les contes voltairien que vous avez lu (Zadig, Micromégas , l'ingénue) et en particulier de Candide ?

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C'est dans Zadig ou la destinée que cette problématique est le plus explicitement abordée : l'ange Jehzrel apparaît au héros, pour l'éclairer sur le sens du malheur : il en affirme la suprême nécessité : le monde ne pourrait être meilleur, pour la très simple raison qu'il est ainsi. Le réel étant infini et infiniment divers, il doit exister des planètes plus heureuses, et d'autres plus misérables, mais il n'appartient pas à l'homme d'en finir avec le malheur. Cette tautologie, centrale dans Zadig, apparaît ainsi comme une entrée en matière à Candide puisqu'il donne un contenu proprement philosophique au discours de Pangloss   II Une marionnette pour l'auteur   _ Les personnages de Voltaire ne se rapprochent pas seulement de la marionnette par leur impuissance face aux décrets de la Providence, mais également dans leur conduite, et même dans le définition de leurs désirs. En effet, l'écriture voltairienne ne s'embarrasse pas de psychologie : le personnage de conte, chez Voltaire, n'est pas un être en soi. Il n'a pas a proprement parler d'intériorité, et n'existe que pour illustrer ou exprimer la pensée de l'auteur, le contenu philosophique de conte. De fait, l'énumération démesurée et presque grotesque des malheurs qui frappent Candide et Cunégonde, « violée puis éventrée », devraient tout au moins occasionner la folie de ces derniers, ou leur causer un chagrin qui se traduirait par des pleurs, des plaintes... Rien de tout cela sous la plume de Voltaire, qui se contente d'énumérer leurs mésaventures sans se préoccuper de leur effet sur la subjectivité du personnage principal (tandis que les scènes de malheur telles que le tremblement de terre de Lisbonne font l'objet de descriptions précises). _ La Toute Puissance du déterminisme ne frappe pas seulement les personnages  dans les faits extérieurs qui les conditionnent, mais également dans leur individualité la plus profonde. De ce point de vue, ils ne connaissent pas d'autres pulsions que celles strictement définies par les nécessités de l'intrigue. Le personnage n'est jamais que le résultat des évènements qui ont menés à sa formation, et servent chez Voltaire à manifester son affirmation de philosophe, qui veut que l'univers évolue selon un mécanisme précis, semblable à une horloge.

« I Le personnage du conte, une marionnette pour le destin _ Les évènements mènent le personnage, qui pour sa part peine à créer un évènement, et plus encore agir dans le réel de manière à satisfaire un désir quelconque. On peut citer l'exemple du tournoi que Zadig remporte, mais dont la victoire lui échappe par une ruse de son concurrent, quoique cette scène ne soit qu'une déclinaison de l'ironie voltairienne appliqué à la structure de ses récits. Quoi qu'il en soit, les protagonistes, en dépit de fréquentes considérations sur l'enchaînement des causes et des effets, ne parviennent jamais à dominer les événements réels, dans lesquels ils sont perpétuellement ballottés. Le terme de « marionnette » est dans une première lecture connoté péjorativement, puisqu'il se rattache à une réflexion sur l'impuissance humaine. _ La forme du conte apparaît donc chez Voltaire comme une mise en scène fondamentalement négative de l'intrigue, où la légèreté du ton ne fait que masquer celle des entreprises humaines. L'Ingénu apparaît ici comme un cas limite, dans la mesure où le conte présente bien son personnage sous un jour héroïque. Pourtant, la vaillance et l'habileté du jeune huron perdent toute leur valeur à la mort de madame de Saint-Yves. Voltaire prouve ainsi la vanité de toute force individuelle, qui s'avère finalement impuissante à empêcher le processus le plus évidemment inéluctable qui est la mort de l'être aimé. De ce point de vue, la compréhension voltairienne de l'impuissance est nourrie de ce qui en paraît d'ordinaire le plus éloigné : celle de la pensée religieuse de son époque, et en particulier celle de Bossuet (« Qu'est ce que mille ans quand un souffle les efface ?). _ Dès lors se dévoile l'enjeu théologique de la question posée : si l'Homme est une marionnette, qui donc est détenteur des fils ? En ce sens, se développe dans le conte voltairien une dialectique de la liberté et de la fatalité, indissociable d'un débat plus général autour de la pensée du divin. C'est dans Zadig ou la destinée que cette problématique est le plus explicitement abordée : l'ange Jehzrel apparaît au héros, pour l'éclairer sur le sens du malheur : il en affirme la suprême nécessité : le monde ne pourrait être meilleur, pour la très simple raison qu'il est ainsi. Le réel étant infini et infiniment divers, il doit exister des planètes plus heureuses, et d'autres plus misérables, mais il n'appartient pas à l'homme d'en finir avec le malheur. Cette tautologie, centrale dans Zadig, apparaît ainsi comme une entrée en matière à Candide puisqu'il donne un contenu proprement philosophique au discours de Pangloss II Une marionnette pour l'auteur _ Les personnages de Voltaire ne se rapprochent pas seulement de la marionnette par leur impuissance face aux décrets de la Providence, mais également dans leur conduite, et même dans le définition de leurs désirs. En effet, l'écriture voltairienne ne s'embarrasse pas de psychologie : le personnage de conte, chez Voltaire, n'est pas un être en soi. Il n'a pas a proprement parler d'intériorité, et n'existe que pour illustrer ou exprimer la pensée de l'auteur, le contenu philosophique de conte. De fait, l'énumération démesurée et presque grotesque des malheurs qui frappent Candide et Cunégonde, « violée puis éventrée », devraient tout au moins occasionner la folie de ces derniers, ou leur causer un chagrin qui se traduirait par des pleurs, des plaintes... Rien de tout cela sous la plume de Voltaire, qui se contente d'énumérer leurs mésaventures sans se préoccuper de leur effet sur la subjectivité du personnage principal (tandis que les scènes de malheur telles que le tremblement de terre de Lisbonne font l'objet de descriptions précises). _ La Toute Puissance du déterminisme ne frappe pas seulement les personnages dans les faits extérieurs qui les conditionnent, mais également dans leur individualité la plus profonde. De ce point de vue, ils ne connaissent pas d'autres pulsions que celles strictement définies par les nécessités de l'intrigue. Le personnage n'est jamais que le résultat des évènements qui ont menés à sa formation, et servent chez Voltaire à manifester son affirmation de philosophe, qui veut que l'univers évolue selon un mécanisme précis, semblable à une horloge. La belle symétrie qui réglemente les planètes dans Micromégas, et en vertu de laquelle chaque monde exploré répond au précédent et anticipe le suivant. En ce sens, non seulement les personnages, mais encore l'univers voltairiens empruntent à la marionnette leur principe de composition chorégraphique, qui veut que chaque mouvement, chaque évènement soit voués à prendre place au sein de la thèse maîtresse, tout à fait comme le geste de la marionnette ne sert qu'à exprimer l'intention du marionnettiste, en ce qu'il est débarrassé des minuscules imperfections, des inévitables scories qui parasitent le geste du danseur vivant. III L'acte libre de la marionnette _ Dès lors, un sujet sur les sens possible du mot « marionnette » exige que soit précisément examiné le contenu des thèses défendues dans ces divers conte, et éventuellement d'en conclure à une positivité du statut de marionnettes des personnages. Une observation majeure qui devrait alors être faite, est que la réduction du personnage voltairien à quelques processus déterminés compense une profonde subtilité, voire une profonde incertitude quant à la signification de ces processus. De ce point de vue, le conte voltairien est perpétuellement à la recherche de sa propre morale, qui le fuit jusqu'au point final. _ Ce phénomène connaît un mouvement d'oscillation chez Zadig : le héros conclut successivement de ses aventures qu'on peut, et qu'on ne peut pas être heureux. Le dernier chapitre, intitulé « Les énigmes » se garde de conclure à l'une ou l'autre des affirmations, mais ne fait que déduire le caractère fondamentalement incertain des expériences humaines : dans la dernière énigme, la vie est ce « dont on jouit sans savoir comment (...) et qu'on perd sans s'en apercevoir ». Si toute la sagesse de Zadig, tient dans la certitude de son ignorance, Candide marque ici une très légère progression dans la pensée de l'auteur. Le conte est une mise à l'épreuve de la très célèbre affirmation de Pangloss (inspirée de Leibniz) « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ». A cette phrase où se reconnaît également le discours de l'ange de Zadig, s'ajoute la phrase finale de Candide : « Oui, mais il faut cultiver son jardin ». Même alors, une telles phrase n'apparaît pas comme la conclusion d'une pensée achevée, mais simplement comme un instant de repos dans le raisonnement, une position d'équilibre fragile, tout juste suffisante pour permettre à la troupe des héros une fin de vie à peu près paisible. _ Pourtant, un tel axiome s'avère essentiel vis-à-vis de la vision du personnage voltairien comme jouet du destin, puisqu'il suggère une résolution de la contradiction entre action libre et action déterminée. En effet, s'acharner à prouver la tautologie de Pangloss (qui peut au fond se traduire par « ce qui est, est nécessairement », puis par « mieux vaut s'en réjouir puisque c'est ainsi » ) ne peut se faire qu'une fois l'action achevée et connue. Mais qu'importe à celui qui agit au présent, de savoir que dans l'avenir, son action ne pourra pas être tenue pour libre ? Le choix ne doit pas moins être fait au moment où les circonstances l'exigent. En ce sens, le « Oui, mais... » qui ouvre la réplique admet le statut de marionnette du personnage et de l'Humain au regard de l'éternité, mais défend en même temps sa pleine puissance vis-à-vis de l'accomplissement de l'acte. Le mouvement de la marionnette n'est ni plus libre, ni plus déterminé que celui du marionnettiste. »

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