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Omar Khayyâm

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Abou'l-Fath Omar fils d'Ibrâhîm al-Khayyâmi, naquit à Nîchâpour, on ne sait en quelle année. Khayyâm (prononcer : Hrayyâm) signifie “ fabricant de tentes ” ; et Khayyâmi ­ sans doute plus exact, “ celui qui se rattache au fabricant de tentes ”. Le poète serait donc le fils (ou le descendant) d'un artisan de ce genre. De sa biographie, un seul fait est certain : en 1075, sous le règne du sultan seldjoukide Malek-Châh qui dominait alors l'Asie centrale, il fut l'un des savants chargés d'établir sur des fondements astronomiques un nouveau calendrier ­ ce qui prouve la renommée dont il jouissait. Il mourut vers 1132, plus d'un demi-siècle après l'établissement de ce calendrier, donc assez âgé. De son vivant même, il fut considéré comme le premier mathématicien du temps. Un des ouvrages dont les manuscrits portent son nom consiste en un traité d'algèbre, traduit par F. Woepke qui définit en ces termes l'originalité scientifique de Khayyâm : “ Les Arabes ont le mérite d'avoir essayé d'appliquer l'algèbre à la géométrie, et vice versa... ; les constructions qu'ils donnèrent de plusieurs équations cubiques... firent naître chez al-Khayyâmi la conception d'une théorie systématique des équations du troisième degré. ” Esprit encyclopédique, mais auteur peu fécond, ce fut pour complaire à un grand personnage et à un ami qu'il composa son Naurouz-nâmé et son opuscule sur la métaphysique. Le premier offre une série d'essais sur le nouvel an, les chevaux, les faucons, le vin, les beaux visages. Dans le second, qui semble une ébauche hâtive, Khayyâm mentionne dédaigneusement les théologiens scolastiques “ qui se contentent d'arguments ayant le caractère de démonstration suffisante, et qui sont satisfaits d'atteindre à ce degré dans la connaissance ” ; quant aux philosophes, “ ils cherchent la connaissance au moyen d'arguments intellectuels, selon les règles de la logique, et ne se contentent nullement des arguments employés par les théologiens ; pourtant ils ne peuvent se fier non plus aux conditions de la logique et ils demeurent impuissants ”. Ces deux jugements sont de grande importance pour déterminer au mieux l'inspiration des quatrains. En Khayyâm, le savant s'unit intimement au poète et ses capacités d'homme de science ne furent point sans effet sur son originalité poétique.

« Omar Khayyâm Abou'l-Fath Omar fils d'Ibrâhîm al-Khayyâmi, naquit à Nîchâpour, on ne sait en quelle année.

Khayyâm (prononcer : Hrayyâm) signifie “ fabricant de tentes ” ; et Khayyâmi sans doute plus exact, “ celui qui se rattache au fabricant de tentes ”.

Le poète serait donc le fils (ou le descendant) d'un artisan de ce genre.

De sa biographie, un seul fait est certain : en 1075, sous le règne du sultan seldjoukide MalekChâh qui dominait alors l'Asie centrale, il fut l'un des savants chargés d'établir sur des fondements astronomiques un nouveau calendrierce qui prouve la renommée dont il jouissait.

Il mourut vers 1132, plus d'un demi-siècle après l'établissement de ce calendrier, donc assez âgé. De son vivant même, il fut considéré comme le premier mathématicien du temps.

Un des ouvrages dont les manuscrits portent son nom consiste en un traité d'algèbre, traduit par F.

Woepke qui définit en ces termes l'originalité scientifique de Khayyâm : “ Les Arabes ont le mérite d'avoir essayé d'appliquer l'algèbre à la géométrie, et vice versa...

; les constructions qu'ils donnèrent de plusieurs équations cubiques...

firent naître chez al-Khayyâmi la conception d'une théorie systématique des équations du troisième degré.

” Esprit encyclopédique, mais auteur peu fécond, ce fut pour complaire à un grand personnage et à un ami qu'il composa son Naurouznâmé et son opuscule sur la métaphysique.

Le premier offre une série d'essais sur le nouvel an, les chevaux, les faucons, le vin, les beaux visages.

Dans le second, qui semble une ébauche hâtive, Khayyâm mentionne dédaigneusement les théologiens scolastiques “ qui se contentent d'arguments ayant le caractère de démonstration suffisante, et qui sont satisfaits d'atteindre à ce degré dans la connaissance ” ; quant aux philosophes, “ ils cherchent la connaissance au moyen d'arguments intellectuels, selon les règles de la logique, et ne se contentent nullement des arguments employés par les théologiens ; pourtant ils ne peuvent se fier non plus aux conditions de la logique et ils demeurent impuissants ”.

Ces deux jugements sont de grande importance pour déterminer au mieux l'inspiration des quatrains.

En Khayyâm, le savant s'unit intimement au poète et ses capacités d'homme de science ne furent point sans effet sur son originalité poétique. Il n'emploie qu'un seul type de poème, le Rubaiyat, mais aucun de ses émules ne l'y a surpassé.

Le mot rubaiyat qui signifie quatrain, désigne quatre hémistiches, donc deux vers : genre difficile, car il exige la condensation du style et d'une pensée qui s'affirme pleinement au quatrième hémistiche.

De même que le sonnet, un rubaiyat sans défaut vaut seul un long poème ; et cette définition s'applique sans conteste aux quatrains de Khayyâm dont plusieurs expriment en formules saisissantes les grands problèmes de l'univers. Mais un problème peut-être aussi insoluble est posé par l'authenticité de ces poésies.

Ce genre fit fureur à l'époque de Khayyâm et l'on mit sous son nom plusieurs centaines de quatrains : les études poursuivies depuis des années par les érudits iraniens et occidentaux les réduisirent au nombre approximatif de 150 ; retenant les quatrains que les plus anciens biographes attribuent à Khayyâm, en restituant beaucoup d'autres à leurs véritables auteurs, ils se fondèrent en outre, pour identifier les quatrains, sur leurs similitudes de fond et de style. Khayyâm est du petit nombre des poètes qui usent d'un style simple, sans recherche ni affectation d'images ou de vocabulaire.

Sa pensée s'exprime tout uniment, soutenue par le rythme et la rime ; mais, servie par une remarquable propriété de termes, elle est fréquemment si vive ou si subtile qu'elle peut se passer d'ornements.

Car la poésie de Khayyâm est celle d'un penseur, aussi pessimiste qu'un Schopenhauer pessimisme causé sans doute par les malheurs du temps, manifesté non seulement au cours des quatrains, mais encore au début du traité d'algèbre.

Dans la mesure où l'on peut se fonder sur les quatrains qui l'expriment, la pensée de Khayyâm se concentre sur trois problèmes principaux : la relativité de la connaissance, la destinée de l'homme, la mort. S'opposant aux mystiques qui se flattent de se fondre en Dieu, donc d'atteindre l'absolu, Khayyâm proclame que notre esprit se meut en d'étroites limites ; si l'homme peut se rendre maître d'une série de notions, il ignorera toujours l'origine et la constitution de l'univers : “ Ceux qui ont embrassé science et littérature brillants flambeaux parmi les êtres accomplis n'ont jamais pu sortir de cette nuit obscure ont récité leur fable et se sont endormis.

” D'où venons-nous ? Où allons-nous ? Ce bas monde n'est que mal et douleur ; notre vie n'est qu'illusion : “ Non par allégorie, mais véritablement nous sommes les pantins que le ciel met en danse nous jouons quelque temps sur ta natte, existence ! et puis nous retournons au cercueil du néant.

” L'impassible nature poursuit son évolution, sans souci de nos efforts stériles.

Semblables à la balle de polo frappée par le maillet, nous sommes les jouets du destin ; le mieux est donc de savoir accepter : “ Au destin livre-toi ; c'est le mieux pour le sage.

” Pourtant, il ne sied point de s'abandonner, renonçant à la grandeur d'âme et à l'indépendance : mieux vaut manger son pain d'orge à soi que mendier un dessert à la table d'un coquin.

Il faut dédaigner les grandeurs périssables et tirer de la vie le meilleur parti possible, tout en songeant qu'elle se terminera bientôt et sans retour. Car l'idée de la mort domine la poésie de Khayyâm.

Tandis que les mystiques aspirent à l'anéantissement en Dieu, il est sans cesse hanté par l'approche de l'anéantissement absolu.

Souvent il rappelle que la mort fait des plus grands potentats les égaux de leurs plus humbles sujets, qu'elle moissonne aveuglément les êtres jeunes et beaux.

Quand il évoque les beautés de la nature, c'est pour laisser entendre qu'elles vivent et revivront tandis que les humains passent seulement quelques jours sur cette terre qui les recouvrira pour toujours : “ Puisque le sort, ô cœur ! te met dans la misère puisque, du corps, soudain, s'en ira l'âme pure vis quelques jours en paix, assis dans la verdure avant qu'elle renaisse, un jour, de ta poussière.

” Autrement dit, sans penser au passé ni à l'avenir, profitons du moment qui ne reviendra plus.

Carpe diem, avait déjà dit Horace.

Mais l'homme qui réfléchit pourrait-il oublier sa condition misérable ? Même au milieu des délices, surgit quelque chose d'amer : ainsi Khayyâm, à travers les siècles, répond à Lucrèce.

Or le remède à cette mélancolie, Khayyâm le prescrit en de nombreux quatrains, et aussi dans son Naurouz-nâmé : “ Rien n'est plus salutaire que le vin...

sa propriété principale est de bannir le chagrin.

” On a voulu voir en Khayyâm un athée, un hypocrite, un libertin prêchant l'ivrognerie, un pur mystique, un esprit oscillant du mysticisme au blasphème.

L'incertitude qui pèse sur son œuvre interdit toute affirmation péremptoire ; pourtant il est permis de le considérer comme un sage, ni athée ni mystique, conscient de son ignorance, obsédé par l'indigence de la nature humaine et recherchant un instant d'oubli, non certes dans l'ivrognerie mais dans l'usage modéré du vin, quand l'âme succombe sous la tristesse causée par un sentiment trop vif de l'inconnaissable.. »

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