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Nicolas-Germain LÉONARD (1744-1793) - L'orage

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Nicolas-Germain LÉONARD (1744-1793) - L'orage Nise était dans son aurore, Et sur son sein agité, Déjà commençaient d'éclore Les trésors de la beauté : Sur ses lèvres demi-closes Erraient déjà les soupirs, Comme autour des jeunes roses On voit voler les zéphyrs. Nise avait vu le feuillage Seize fois naître et mourir : Silvandre était du même âge ; C'est l'âge heureux du plaisir : Ils s'aimaient d'amour si tendre, Qu'on doutait, voyant leurs feux, Qui de Nise ou de Silvandre Etait le plus amoureux. Dès que Nise était absente, Tout affligeait son amant : Loin de lui, sa jeune amante Souffrait le même tourment : Ils allaient aux mêmes plaines Faire paître leur troupeau, Buvaient aux mêmes fontaines, Dansaient sous le même ormeau. Si l'un chantait un air tendre, L'autre aimait à le chanter : Nise, en écoutant Silvandre, Sentait son coeur palpiter : Silvandre était dans l'ivresse, En l'écoutant à son tour, Et l'interrompait sans cesse Par des baisers pleins d'amour. Mais un jour, Nise frissonne, Ses yeux se mouillent de pleurs, Et son âme s'abandonne À de secrètes terreurs. Hélas ! dit-elle, je tremble, Et ne fais que soupirer ! Nous sommes si bien ensemble ! Faudrait-il nous séparer ? Dans l'instant, le ciel se couvre : Un voile épais noircit l'air, Et du nuage qui s'ouvre Sortent la foudre et l'éclair : Nise éperdue et tremblante, Tient son amant dans ses bras, Et la flèche étincelante Donne à tous deux le trépas. Ils reposent sous l'ombrage, Où le ciel finit leurs jours ; Sur les arbres du bocage On a gravé leurs amours ; Et sur la tombe paisible Qui contient ces tendres coeurs, Souvent un berger sensible Aime à répandre des fleurs.

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