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Murasaki Shikibu

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Un surnom, quelques vagues indications biographiques, un fragment de journal et le Genji monogatari, le “ Dit du Genji ”, le plus beau roman de la littérature japonaise et sans doute l'un des quatre ou cinq grands romans de la littérature universelle : voilà ce que nous connaissons de la dame Murasaki Shikibu qui vécut, environ l'an mille, à la Cour impériale de Kyoto. Son véritable nom même nous est inconnu. Elle était certes une Fujiwara, de ce clan qui était alors tout-puissant, mais d'une branche cadette. Son père avait occupé le poste, relativement modeste, de Directeur du Département des Rites, du Shikibu-shô : de là la seconde partie du surnom, Murasaki étant d'autre part le nom de l'une des héroïnes du roman. Née aux environs de 975, elle épousa, semble-t-il vers 998, l'un de ses lointains parents, Fujiwara Nobutada, de vingt ans son aîné, qui la laissa veuve en 1001. Quatre ou cinq ans plus tard, elle entra au service de l'impératrice. Elle vécut désormais à la Cour, du moins jusqu'en 1013, car à partir de cette année-là, il n'est plus question d'elle : était-elle entrée en religion, ou bien avait-elle cessé de vivre peu après cette date ? Ce qui reste de son journal se rapporte aux années 1008 à de précisions biographiques, mais des notations concernant la 1010 ; l'on n'y trouve que peu de précisions biographiques, mais des notations concernant la Cour et les courtisans qui servirent de modèles aux personnages du roman, des descriptions de cérémonies officielles, des portraits, peu flattés au demeurant, de femmes de lettres rivales, telles Izumi Shikibu, la poétesse au cœur ardent, ou bien Sei-shônagon, l'auteur de l'impérissable Makura-no-sôshi. Non plus que la jalousie, une certaine vanité d'auteur n'épargne d'ailleurs la vertueuse Murasaki, qui, sans fausse modestie, rapporte les propos élogieux tenus sur son compte par ses contemporains et par l'Empereur. C'est dans son journal encore qu'elle nous révèle le secret d'une culture littéraire qui surprend chez une femme de ce temps-là : enfant, elle écoutait les leçons de chinois destinées à son frère.

« Murasaki Shikibu Un surnom, quelques vagues indications biographiques, un fragment de journal et le Genji monogatari, le “ Dit du Genji ”, le plus beau roman de la littérature japonaise et sans doute l'un des quatre ou cinq grands romans de la littérature universelle : voilà ce que nous connaissons de la dame Murasaki Shikibu qui vécut, environ l'an mille, à la Cour impériale de Kyoto. Son véritable nom m ê m e n o u s est inconnu.

Elle était certes une Fujiwara, de ce clan qui était alors tout-puissant, mais d'une branche cadette.

Son père avait occupé le poste, relativement modeste, de Directeur du Département des Rites, du Shikibu-shô : de là la seconde partie du surnom, Murasaki étant d'autre part le nom de l'une des héroïnes du roman.

Née aux environs de 975, elle épousa, semble-t-il vers 998, l'un de ses lointains parents, Fujiwara Nobutada, de vingt ans son aîné, qui la laissa veuve en 1001.

Quatre ou cinq ans plus tard, elle entra au service de l'impératrice.

Elle vécut désormais à la Cour, du moins jusqu'en 1013, car à partir de cette année-là, il n'est plus question d'elle : était-elle entrée en religion, ou bien avait-elle cessé de vivre peu après cette date ? Ce qui reste de son journal se rapporte aux années 1008 à de précisions biographiques, mais des notations concernant la 1010 ; l'on n'y trouve q u e peu d e précisions biographiques, mais des notations concernant la Cour et les courtisans qui servirent d e modèles aux personnages du roman, des descriptions de cérémonies officielles, des portraits, peu flattés au demeurant, de femmes de lettres rivales, telles Izumi Shikibu, la poétesse au cœur ardent, ou bien Sei-shônagon, l'auteur d e l'impérissable Makura-no-sôshi.

Non plus q u e la jalousie, une certaine vanité d'auteur n'épargne d'ailleurs la vertueuse Murasaki, qui, sans fausse modestie, rapporte les propos élogieux tenus sur son compte par ses contemporains et par l'Empereur.

C'est dans son journal encore qu'elle nous révèle le secret d'une culture littéraire qui surprend chez une femme de ce temps-là : enfant, elle écoutait les leçons de chinois destinées à son frère. Quoi qu'il en soit, son œuvre prouve que les lettres chinoises et japonaises n'avaient pas de secret pour elle, non plus que le chant, la musique, la calligraphie ou la peinture.

Elle connaissait parfaitement les monogatari, ces “ dits ” encore maladroits du Xe siècle, premiers essais de fiction romanesque dans la littérature du Japon ; de ces monogatari, elle fait dire à son héros qu'ils sont plus vrais que la réalité historique, jugement que l'on peut trouver excessif, mais qui vaudra pour le Genji monogatari. Celui-ci est divisé en 54 livres et comporte deux cycles nettement distincts : le premier, jusqu'au livre 44, a pour héros le Genji, le second, du livre 45 à la fin, est consacré au Prince Kaoru, fils du Genji.

Il est bien difficile de résumer en quelques lignes un récit de plus de 2000 pages, mettant en scène quelque trois cents personnages dont une trentaine de premier plan.

En voici cependant un bref aperçu. Le Genji, héros d e l'histoire (un Genji est un fils d'Empereur auquel a été refusé le rang d e Prince du Sang), est le fils d e la d a m e Kiritsubo, la favorite de l'Empereur.

Celle-ci, en butte aux persécutions de ses rivales est morte très tôt, laissant cet enfant dont la beauté séduit la Cour tout entière.

Devenu adulte, il épouse Dame Aoi, fille du Ministre de la Gauche, mais rebuté par la froideur de celle-ci, il la néglige, attiré qu'il est par la Princesse Fujitsubo, la nouvelle favorite de son père, dont on lui dit qu'elle est la vivante image de sa mère. Cherchant à oublier cet amour interdit, il court d'une maîtresse à l'autre.

Du nombre se détachent l'inquiétante D a m e d e Rokujô et la fragile et douce Yûgao qui s'éteint dans les bras du héros, étouffée par la jalousie de sa rivale.

Dame Aoi meurt elle aussi.

Le Genji se consacre alors à l'éducation d'une belle orpheline, l'idéale Murasaki, qu'il finira par épouser.

Après la mort d e l'Empereur, le puissant Ministre de la Droite qui est le beau-père d e son successeur, frère aîné du Genji, parvient à faire exiler celui-ci à Suma.

Là, nouvelle intrigue, avec la Dame d'Akashi, dont il a une fille.

Quand, enfin pardonné, il revient à la capitale, Murasaki se chargera de l'éducation de cette enfant.

Peu après ce retour, Fujitsubo meurt à son tour, mais son fils, qui est en réalité celui du Genji, monte sur le trône et fait du héros son Grand Ministre.

Celui-ci a passé la quarantaine et sa position paraît enviable, mais le destin lui fait durement expier les fautes d e sa jeunesse.

Son mariage avec une princesse, fille d e l'ex-empereur son frère, provoque la jalousie d e Murasaki, reléguée à la seconde place.

Comble d'infortune, la princesse le trompe avec le fils du Tô-no-chûjo, compagnon de jeunesse du Genji, dont elle a un fils, Kaoru, “ Le Fragrant ”, que son époux élèvera comme sien : juste rétribution pour ses amours avec une épouse de son propre père. Les deux femmes entrent en religion, et Murasaki meurt peu après.

Le Genji, resté seul et désabusé, médite de quitter le monde.

Suit un livre dont il ne reste que le titre et qui devait conter la mort du héros. La seconde partie rapporte les aventures de Kaoru, vivante antithèse de son père prétendu.

D'un caractère tourmenté, il se retire à Uji, en proie à des accès de dévotion.

Il aimera en vain deux filles d'un prince, frère du Genji : l'une meurt, l'autre lui est enlevée par un rival.

Il reporte alors son amour sur Dame Ukifune, cadette des deux précédentes, qu'il confine dans une retraite de montagne ; une fois de plus, il se heurte au même rival.

Partagée entre ses deux prétendants, Ukifune se jette à l'eau ; sauvée, elle entre en religion et refuse de revoir Kaoru. Ainsi résumée, l'histoire risque de paraître artificielle et compliquée à l'excès.

R i e n d e commun pourtant avec les constructions de nos précieuses auxquelles on a voulu parfois comparer Dame Murasaki.

Les caractères en effet sont saisis sur le vif, et bien qu'il soit vain de chercher des clés à mille ans de distance, la psychologie, les comportements, sont certainement ceux des contemporains d e l'auteur. Certes, ils sont des types plutôt que des individus, mais le Genji et Murasaki mis à part, ils ne sont guère idéalisés.

Si les hommes sont dépeints sous un jour parfois conventionnel, les personnages féminins, par contre, forment une admirable galerie de portraits : il n'en est pas deux dont l'âge, la condition, l'éducation, la vie, les traits physiques ou moraux, soient identiques. A l'arrière-plan des épisodes qui ne se répètent jamais, s'ils se répondent parfois, toute une société courtoise revit sous nos yeux ; les plaisirs et les jeux subtils et futiles, la vie cérémonieuse, mais sans profondeur, de ce milieu oisif et pourri de littérature, sont décrits sans cruauté, mais sans complaisance.

Entre le caractère de chaque nouveau personnage et la saison de sa première apparition s'établit une harmonie subtile, dont une description poétique de la nature donne le ton.

Le style lui-même est fait de cela : une musique légère où les sentiments s'inscrivent en contrepoint, fluide, inimitable et qui n'est autre que le langage élégant, recherché mais jamais guindé, des dames bien nées. Dès son achèvement, le Dit du Genji avait imposé à tous l'admiration et le respect dus à une perfection sans faille.

Puis, pendant quelques siècles, on chercha à l'imiter : en vain.

Peu à peu, l'admiration cédait la place à une véritable obsession, toute œuvre d'imagination étant, consciemment ou non, jaugée, jugée et condamnée en fonction de ce monument.

Le résultat est que les plus grands parmi les romanciers japonais ont toujours cherché à retrouver et à appliquer les recettes du Genji.

Fut-ce un bien, fut-ce un mal ? Cela mesure en tout cas le poids dont l'immortel chef-d'œuvre de Murasaki Shikibu a pesé sur les lettres japonaises.. »

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