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Molière, Tartuffe, Acte I, scène 1.

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Molière, Tartuffe, Acte I, scène 1. MADAME PERNELLE. Taisez-vous, et songez aux choses que vous dites. Ce n'est pas lui tout seul qui blâme ces visites. Tout ce tracas qui suit les gens que vous hantez, Ces carrosses sans cesse à la porte plantés, Et de tant de laquais le bruyant assemblage Font un éclat fâcheux dans tout le voisinage. Je veux croire qu'au fond il ne se passe rien ; Mais enfin on en parle, et cela n'est pas bien. CLÉANTE. Hé ! voulez-vous, Madame, empêcher qu'on ne cause ? Ce seroit dans la vie une fâcheuse chose, Si pour les sots discours où l'on peut être mis, Il falloit renoncer à ses meilleurs amis. Et quand même on pourroit se résoudre à le faire, Croiriez-vous obliger tout le monde à se taire ? Contre la médisance il n'est point de rempart. A tous les sots caquets n'ayons donc nul égard ; Efforçons-nous de vivre avec toute innocence, Et laissons aux causeurs une pleine licence. DORINE. Daphné, notre voisine, et son petit époux Ne seroient-ils point ceux qui parlent mal de nous ? Ceux de qui la conduite offre le plus à rire Sont toujours sur autrui les premiers à médire ; Ils ne manquent jamais de saisir promptement L'apparente lueur du moindre attachement, D'en semer la nouvelle avec beaucoup de joie, Et d'y donner le tour qu'ils veulent qu'on y croie : Des actions d'autrui, teintes de leurs couleurs, Ils pensent dans le monde autoriser les leurs, Et sous le faux espoir de quelque ressemblance, Aux intrigues qu'ils ont donner de l'innocence, Ou faire ailleurs tomber quelques traits partagés De ce blâme public dont ils sont trop chargés. MADAME PERNELLE. Tous ces raisonnements ne font rien à l'affaire. On sait qu'Orante mène une vie exemplaire : Tout ses soins vont au Ciel ; et j'ai su par des gens Qu'elle condamne fort le train qui vient céans.

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