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Molière, L'École des femmes, Acte I, scène 1

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Molière, L'École des femmes, Acte I, scène 1 ARNOLPHE Epouser une sotte est pour n'être point sot. Je crois, en bon chrétien, votre moitié fort sage ; Mais une femme habile est un mauvais présage ; Et je sais ce qu'il coûte à de certaines gens Pour avoir pris les leurs avec trop de talents. Moi, j'irais me charger d'une spirituelle Qui ne parlerait rien que cercle et que ruelle ; Qui de prose et de vers ferait de doux écrits, Et que visiteraient marquis et beaux esprits, Tandis que, sous le nom du mari de madame, Je serais comme un saint que pas un ne réclame? Non, non, je ne veux point d'un esprit qui soit haut ; Et femme qui compose en sait plus qu'il ne faut. Je prétends que la mienne, en clartés peu sublime, Même ne sache pas ce que c'est qu'une rime : Et, s'il faut qu'avec elle on joue au corbillon, Et qu'on vienne à lui dire à son tour : "Qu'y met-on"? Je veux qu'elle réponde : "Une tarte à la crème" ; En un mot, qu'elle soit d'une ignorance extrême : Et c'est assez pour elle, à vous en bien parler, De savoir prier Dieu, m'aimer, coudre, et filer. CHRYSALDE Une femme stupide est donc votre marotte? ARNOLPHE Tant, que j'aimerais mieux une laide bien sotte Qu'une femme fort belle avec beaucoup d'esprit.

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