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Molière, Le Misanthrope, acte V, scène dernière

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Molière, Le Misanthrope, acte V, scène dernière Alceste ... Oui, je veux bien, perfide, oublier vos forfaits ; J'en saurai, dans mon âme, excuser tous les traits, Et me les couvrirai du nom d'une foiblesse Où le vice du temps porte votre jeunesse, Pourvu que votre coeur veuille donner les mains Au dessein que j'ai fait de fuir tous les humains, Et que dans mon désert, où j'ai fait voeu de vivre, Vous soyez, sans tarder, résolue à me suivre : C'est par là seulement que, dans tous les esprits, Vous pouvez réparer le mal de vos écrits, Et qu'après cet éclat, qu'un noble coeur abhorre, Il peut m'être permis de vous aimer encore. Célimène Moi, renoncer au monde avant que de vieillir, Et dans votre désert aller m'ensevelir ! Alceste Et s'il faut qu'à mes feux votre flamme réponde, Que vous doit importer tout le reste du monde ? Vos desirs avec moi ne sont?ils pas contents ? Célimène La solitude effraye une âme de vingt ans : Je ne sens point la mienne assez grande, assez forte, Pour me résoudre à prendre un dessein de la sorte... Si le don de ma main peut contenter vos voeux, Je pourrai me résoudre à serrer de tels noeuds : Et l'hymen... Alceste Non : mon cur à présent vous déteste, Et ce refus lui seul fait plus que tout le reste. Puisque vous n'êtes point, en des liens si doux, Pour trouver tout en moi, comme moi tout en vous, Allez, je vous refuse, et ce sensible outrage De vos indignes fers pour jamais me dégage. (Célimène se retire, et Alceste parle à Eliante). Madame, cent vertus ornent votre beauté, Et je n'ai vu qu'en vous de la sincérité ; De vous, depuis longtemps, je fais un cas extrême ; Mais laissez?moi toujours vous estimer de même ; Et souffrez que mon coeur, dans ses troubles divers, Ne se présente point à l'honneur de vos fers : Je m'en sens trop indigne, et commence à connaître Que le ciel pour ce noeud ne m'avoir point fait naître ; Que ce seroit out vous un hommage trop bas Que le rebut d'un coeur qui ne vous valoit pas ; Et qu'enfin... Eliante Vous pouvez suivre cette pensée : Ma main de se donner n'est pas embarrassée ; Et voilà votre ami, sans trop m'inquiéter, Qui, si je l'en priois, la pourroit accepter. Philinte Ah ! cet honneur, Madame, est toute mon envie, Et j'y sacrifierois et mon sang et ma vie. Alceste Puissiez?vous, pour goûter de vrais contentements, L'un pour l'autre à jamais garder ces sentiments ! Trahi de toutes parts, accablé d'injustices, Je vais sortir d'un gouffre où triomphent les vices, Et chercher sur la terre un endroit écarté Où d'être homme d'honneur on ait la liberté. Philinte Allons, Madame, allons employer toute chose, Pour rompre le dessein que son coeur se propose.

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