Devoir de Philosophie

Marie Shelley, Frankenstein.

Extrait du document

Marie Shelley, Frankenstein. Je me réveillai, frissonnant d'effroi. Une sueur froide me mouillait le front, mes dents claquaient et des frémissements secouaient mes membres. A la lueur jaunâtre des rayons lunaires qui filtraient par les fentes des volets, j'aperçus soudain le misérable, le monstre que j'avais créé. Il avait soulevé la tenture de mon lit, et ses yeux – si l'on peut leur donner ce nom – étaient fixés sur moi. Il ouvrit la bouche et laissa échapper des sons inarticulés ; une horrible grimace lui plissait les joues. Peut-être parlait-il, mais j'étais tellement terrifié que je ne l'entendais pas. Une de ses mains était tendue vers moi, comme pour m'agripper, mais je me sauvai et descendis quatre à quatre les escaliers. Je me réfugiai dans la cour, devant ma demeure, et y passai le restant de la nuit à marcher de long en large, profondément agité, l'oreille tendue, guettant le moindre bruit comme s'il devait annoncer l'approche du cadavre démoniaque auquel j'avais si malencontreusement donné la vie. Oh ! Personne n'aurait pu supporter l'horreur qu'inspirait sa vue. Une hideuse momie ressuscitée n'aurait pu être aussi affreuse que ce monstre. Je l'avais regardé quand il était encore inachevé, et déjà alors, je l'avais trouvé repoussant. Mais lorsque j'avais permis à ses muscles et à ses articulations de s'animer, il était devenu une chose telle que Dante lui-même n'aurait pu concevoir. Ce fut une nuit terrible. Par moments, mon pouls battait si vite, si violemment, que je sentais battre mon cœur dans chacune de mes artères. Parfois je chancelais, tant était profond mon découragement et extrême ma faiblesse. Mêlée à cette horreur, l'amertume du plus profond découragement me submergeait. Les rêves dont je m'étais nourri, et dans lesquels je m'étais si longtemps complu, s'étaient transformés en un véritable enfer. La transformation s'était si rapidement opérée que mon désenchantement ne connaissait pas de bornes !

Liens utiles