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Marceline DESBORDES-VALMORE (1786-1859) (Recueil : Elégies) - Quand le fil de ma vie...

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Marceline DESBORDES-VALMORE (1786-1859) (Recueil : Elégies) - Quand le fil de ma vie... Quand le fil de ma vie (hélas, il tient à peine ! ) Tombera du fuseau qui le retient encor ; Quand ton nom, mêlé dans mon sort, Ne se nourrira plus de ma mourante haleine ; Quand une main fidèle aura senti ma main Se refroidir sans lui répondre ; Quand mon dernier espoir, qu'un souffle va confondre, Ne trouvera plus ton chemin ; Prends mon deuil : un pavot, une feuille d'absinthe, Quelques lilas d'avril, dont j'aimai tant la fleur ! Durant tout un printemps qu'ils sèchent sur ton cœur ; Je t'en prie : un printemps ! cette espérance est sainte ! J'ai souffert, et jamais d'importunes clameurs N'ont rappelé vers moi ton amitié distraite ; Va ! j'en veux à la mort qui sera moins discrète, Et je ne serai plus quand tu liras : " Je meurs. " Porte en mon souvenir un parfum de tendresse ; Si tout ne meurt en moi, j'irai le respirer. Sur l'arbre, où la colombe a caché son ivresse, Une feuille, au printemps, suffit pour l'attirer. S'ils viennent demander pourquoi ta fantaisie De cette couleur sombre attriste un temps d'amour ; Dis que c'est par amour que ton coeur l'a choisie ; Dis-leur qu'Amour est triste, ou le devient un jour ; Que c'est un voeu d'enfance, une amitié première ; Oh ! dis-le sans froideur, car je t'écouterai ! Invente un doux symbole où je me cacherai : Cette ruse entre nous encor.. c'est la dernière. Dis qu'un jour, dont l'aurore avait eu bien des pleurs, Tu trouvas sans défense une abeille endormie ; Qu'elle se laissa prendre et devint ton amie ; Qu'elle oublia sa route à te chercher des fleurs. Dis qu'elle oublia tout sur tes pas égarée, Contente de brûler dans l'air choisi par toi. Sous cette ressemblance avec pudeur livrée, Dis-leur, si tu le peux, ton empire sur moi. Dis que l'ayant blessée, innocemment peut-être, Pour te suivre elle fit des efforts superflus ; Et qu'un soir accourant, sûr de la voir paraître, Au milieu des parfums, tu ne la trouvas plus ; Que ta voix, tendre alors, ne fut pas entendue ; Que tu sentis sa trame arrachée à tes jours ; Que tu pleuras sans honte une abeille perdue ; Car ce qui nous aima nous le pleurons toujours ! Qu'avant de renouer ta vie à d'autres chaînes, Tu détachas du sol où j'avais dû mourir Ces fleurs ; et qu'à travers les plus brillantes scènes, De ton abeille encor le deuil vient t'attendrir. Ils riront : que t'importe ! Ah ! sans mélancolie, Reverras-tu des fleurs retourner la saison ? Leur miel, pour toi si doux, me devint un poison Quand tu ne l'aimas plus il fit mal à ma vie. Enfin, l'été s'incline, et tout va pâlissant : Je n'ai plus devant moi qu'un rayon solitaire, Beau comme un soleil pur, sur un front innocent Là-bas... c'est ton regard ! il retient à la terre !

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