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Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908) (Recueil : Mes loisirs) - Minuit

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Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908) (Recueil : Mes loisirs) - Minuit La pâle nuit d'automne De ténèbres couronne Le front gris du manoir ; Morne et silencieuse, L'ombre s'assied, rêveuse, Sous le vieux sapin noir. Au firmament ses voiles Sont parsemés d'étoiles Dont le regard changeant, Sur la nappe des ondes, Répand en gerbes blondes Ses paillettes d'argent. Dans le ciel en silence La lune se balance Ainsi qu'un ballon d'or, Et sa lumière pâle, D'une teinte d'opale, Baigne le flot qui dort. Au bois rien ne roucoule Que le ruisseau qui coule En perles de saphir; Et nul cygne sauvage N'ouvre sur le rivage Sa blanche aile au zéphir. Une ondoyante voile, Comme aux cieux une étoile, Brille au loin sur les eaux, Et la chouette grise De son vol pesant frise La pointe des roseaux. La bécassine noire Au col zébré de moire Dort parmi les ajoncs Qui fourmillent sans nombre Sur le rivage sombre, Au pied des noirs donjons. Sous la roche pendante, La grenouille stridente Dit sa rauque chanson, Et des algues couverte Toute la troupe verte Coasse à l'unisson. Dans l'onde qui miroite, L'ondine toute moite Ecartant les roseaux, Sèche sa blanche épaule A l'ombre du vieux saule Qui pleure au bord des eaux. Rêveuse elle se mire Et, coquette, s'admire Dans le miroir mouvant, Et de ses tresses blondes, Sur le cristal des ondes, Tombent des pleurs d'argent. La Sylphide amoureuse, La Péri vaporeuse, Fée au col de satin, Dans leur ronde légère, Effleurent la fougère D'un petit pied mutin. Les farfadets, les gnomes, Les nocturnes fantômes, Traînant leurs linceuls gris, Dansent, spectres difformes, Autour des troncs énormes Des vieux pins rabougris. Le serpent rampe et glisse, Et son écaille lisse D'un rayon fauve luit ; Les bêtes carnassières Sortent de leurs tannières... Dormons : il est minuit !

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