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Le Clézio, L'Inconnu sur la terre « Le sommeil »

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Le Clézio, L'Inconnu sur la terre « Le sommeil » C'est bon de dormir. La nuit, quand tout est arrêté, là, dans les rues de la ville, quand les bruits sont retombés et qu'il ne reste que la lumière froide des lampadaires, et quelquefois la lune ronde au-dessus de la mer, je sens le sommeil venir de toutes parts, comme une brume, comme un gaz. Il monte des coins noirs, il emplit les cours et les escaliers, il rôde dans les rues vides, sur les toits des immeubles, il règne dans le ciel obscur. Le sommeil est pareil à une personne aussi, parce qu'il regarde et interroge, et son regard vous fait perdre l'équilibre, vous pousse hors de la terre. On tombe, comme si on avait oublié les lois qui vous attachent, on bascule et on tombe, devant les quantités de fenêtres vides. Son regard vient de l'espace sidéral, mais d'où ? Regard sans yeux, lumière noire, qui se mêle à l'ombre de la nuit et vous efface. Le regard appuie sur une certaine zone, au fond de vous du côté du plexus solaire peut-être, ou bien sur le thymus. Appuie, sans faire mal, anéantissant au contraire toute douleur, élargissant une tache d'anesthésie. Le regard voit aussi dans notre cerveau, et lentement, progressivement, tout devient bois, pierre, eau, nuage. Tout se referme, rentre en sa coquille, se love, s'oublie. Votre corps bascule, roule en boule, se confond avec quelque carapace de bousier (3), au bord du chemin. La vie ne se retire pas, non, elle cesse seulement de voir, de sentir, de comprendre, elle retourne à l'état premier du monde. Alors le monde, débarrassé de vous, pour quelques heures, peut enfin bouger, bondir, faire ses gestes. Peut faire ses excentricités, ses mutations, ses métamorphoses.

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