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Juvénal

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L'oeuvre de Juvénal s'inscrit dans le mouvement néoclassique dont le début coïncide avec celui du pouvoir de Vespasien et qui se poursuit jusqu'au règne des deux premiers Antonins, Nerva et Trajan, soit, à peu près, de 69 à 117. Né avant 65, à Aquinum, en Campanie, fils véritable ou adoptif d'un riche affranchi, D. Junius Juvenalis passe, si l'on en croit un texte attribué à Suétone, la moitié de sa vie dans la fréquentation des rhéteurs, cultivant avec succès le genre à la mode de la déclamation, et ce n'est que vers l'année 100 qu'à l'exemple de son ami Martial, il commence d'écrire des Satires dont la virulence lui valut peut-être (la plupart des critiques pensent qu'il s'agit seulement d'une légende flatteuse formée après sa mort) d'être exilé sur le tard, en Égypte ou en Bretagne, et de finir ses jours, vers 128, comme Ovide, loin de sa patrie. De l'existence de Juvénal nous ne savons rien d'autre. On l'a quelquefois prétendu besogneux et comparé sur ce point à Martial ; d'autres commentateurs ont vu en lui un mécontent blessé dans ses ambitions et exhalant sa hargne de n'être pas "en place". Il semble que ni l'une ni l'autre de ces images du poète ne corresponde à la réalité, et que celui-ci fut, au contraire, un bourgeois à son aise, propriétaire à la campagne, ayant à Rome pignon sur rue et jouissant d'un état honorable.

« Juvénal L'oeuvre de Juvénal s'inscrit dans le mouvement néoclassique dont le début coïncide avec celui du pouvoir de Vespasien et qui se poursuit jusqu'au règne des deux premiers Antonins, Nerva et Trajan, soit, à peu près, de 69 à 117.

Né avant 65, à Aquinum, en Campanie, fils véritable ou adoptif d'un riche affranchi, D.

Junius Juvenalis passe, si l'on en croit un texte attribué à Suétone, la moitié de sa vie dans la fréquentation des rhéteurs, cultivant avec succès le genre à la mode de la déclamation, et ce n'est que vers l'année 100 qu'à l'exemple de son ami Martial, il commence d'écrire des Satires dont la virulence lui valut peut-être (la plupart des critiques pensent qu'il s'agit seulement d'une légende flatteuse formée après sa mort) d'être exilé sur le tard, en Égypte ou en Bretagne, et de finir ses jours, vers 128, comme Ovide, loin de sa patrie. De l'existence de Juvénal nous ne savons rien d'autre.

On l'a quelquefois prétendu besogneux et comparé sur ce point à Martial ; d'autres commentateurs ont vu en lui un mécontent blessé dans ses ambitions et exhalant sa hargne de n'être pas "en place".

Il semble que ni l'une ni l'autre de ces images du poète ne corresponde à la réalité, et que celui-ci fut, au contraire, un bourgeois à son aise, propriétaire à la campagne, ayant à Rome pignon sur rue et jouissant d'un état honorable. A l'entendre lui-même, c'est l'indignation qui l'a fait poète ! facit indignatio versum.

Pourtant on ne peut se défendre, quand on aborde son oeuvre, d'un sentiment de doute touchant la spontanéité de cette "sainte colère".

A dire vrai, et on l'a plus d'une fois souligné, elle éclate à retardement, à une époque, où les personnages mis en cause dans les Satires sont déjà couchés le long de la voie Latine et de la voie Flaminienne.

Domitien, le "Néron chauve", est mort depuis quatre ans, après un règne particulièrement exécrable, dont les excès ne doivent cependant pas nous faire oublier que tout n'allait pas pour le mieux avant lui dans la vie de la société romaine et dans l'exercice du régime impérial.

Les Antonins lui succèdent, et c'est précisément au moment où ils s'efforcent de remettre un peu d'ordre dans l'Empire, que Juvénal s'avise de brandir ses foudres.

On peut, certes, reconnaître avec lui que les mauvaises moeurs ont la vie dure, que les corruptions et les scandales des règnes précédents sont loin d'avoir disparu, que les vieilles vertus ne sont souvent qu'une vaine façade ; que les délateurs, les débauchés, les parasites, les arrivistes sont encore légion, que l'esprit de la populace ne change guère, que les meilleures lois, enfin, ne peuvent pas grand-chose sur un corps social qui se décompose ; il n'en est pas moins vrai qu'au moment où paraissent les Satires, une réaction très nette se développe sous la conduite des nouveaux empereurs, en faveur d'un retour à l'ordre politique et à l'équilibre moral.

Nerva fait figure de sage ; bons administrateurs, surveillant consciencieusement leurs provinces, humains et justes envers leurs sujets, Trajan et Hadrien achèvent d'asseoir le régime sur une nouvelle classe de sénateurs et de fonctionnaires, Italiens et bourgeois de province, qui, dès le temps de Vespasien, avaient remplacé les serviteurs indignes à la solde de Néron.

Soucieux de leurs responsabilités, imbus jusqu'à la candeur d'idées républicaines, ces hommes forment l'assise d'une société à laquelle on serait plutôt tenté de reprocher l'excès d'affectation qu'elle apporte à louanger la vertu, et son esprit étroitement réactionnaire. Cela suffit à expliquer que l'oeuvre de Juvénal apparaisse, pour ainsi dire, en porte-à-faux sur son époque, et en bonne partie inactuelle. Le reproche est grave, adressé à un auteur satirique, mais, en fin de compte, l'attitude de Juvénal n'a rien qui doive nous surprendre outre mesure.

Gardons-nous d'oublier d'abord que, si la propension à la satire est un des traits les plus naturels du caractère latin Lucilius, Horace, Perse sont, comme Juvénal, des Italiens de bonne souche son expression littéraire témoigne presque toujours, dans le choix des thèmes comme dans celui des victimes, d'une circonspection que compensent, plus ou moins heureusement, le mordant des attaques et la brutalité verbale.

Les pouvoirs publics, bien avant Plaute, avaient coupé court à ces violences polémiques contre les puissants du jour où se complaisaient les Athéniens.

Maledica civitas, dit Cicéron, en parlant de sa ville, et ce "vinaigre italien" dont parle Horace, nous le trouvons, certes, qui assaisonne de façon piquante toutes les manifestations de la vie nationale ; goût du charivari et goût du sobriquet expressif, si révélateurs tous deux à la fois de l'esprit méridional et de la mentalité paysanne, sarcasmes et quolibets des triomphes, chants fescennins, refrains de noces, goût de l'imitation bouffonne, brocards des orateurs répondent sous des aspects divers au même penchant de la malignité publique. Cette malignité pourtant avait coûté cher à Nævius, un des premiers poètes de Rome, qui avait bel et bien été jeté en prison pour avoir attaqué une famille influente.

C'est sans doute la raison pour laquelle nous la trouvons singulièrement assagie dans le théâtre de Plaute, et pour ainsi dire mouchetée, surtout si l'on songe au caractère agressif qu'elle présentait chez un Aristophane.

Si Plaute, en effet, représente sur la scène des travers et des ridicules qui ne sont pas tous à mettre au compte des Grecs, il voile habilement ses leçons sous le couvert de la farce, et s'il agrémente çà et là ses comédies de traits plus directs et de charges dont le caractère romain ne saurait faire aucun doute, la satire reste, en dépit de la vivacité gouailleuse des peintures, assez générale et vague, sans intention bien accusée et plus plaisante que méchante.

Ce n'est pas qu'aucune loi de censure ait jamais été édictée, à Rome, contre la comédie, mais, alors que dans la démocratie athénienne le peuple pouvait se laisser moquer sans rien perdre de son pouvoir, et rire de voir rabaisser à l'occasion ceux qu'il avait lui-même élevés, l'aristocratie romaine, jalouse de ses privilèges, ayant besoin de tout son prestige pour gouverner une foule souvent indocile et envieuse, ne pouvait tolérer certaines incartades, et opposait une censure de caste aux audaces des railleurs de tréteaux.

Lucilius, seul parmi les satiriques, se donna le luxe de malmener quelques grands, mais il avait derrière lui des protecteurs puissants ; plus tard, Horace en dépit de quelques velléités de courage Perse, Pétrone, Martial et Juvénal s'en tiennent plus volontiers à des lieux communs, et surtout prennent grand soin de ne nommer personne.

Dans le cas particulier de Juvénal, la condamnation de certains abus imputables au temps de Néron ou à celui de Domitien ne pouvait que plaire à des princes qui se targuaient de vertu politique, et qui trouvaient, de ce. »

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