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Joseph LENOIR (1822-1861) - Rêve de l'exilé

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Joseph LENOIR (1822-1861) - Rêve de l'exilé Banni de ses foyers, sur la rive étrangère, Il gémissait captif au sein de la douleur ; Une larme parfois humectait sa paupière Quand, en doux souvenir de sa pauvre chaumière, L'espoir se mêlait par son prestige enchanteur. Comme l'on voit le lis à la teinte argentine Dans l'ombre de la nuit se faner et mourir, Ou le saule de deuil dont la branche s'incline Sur la tombe là-bas au pied de la colline, Malheureux, il sentait son âme se flétrir. Un jour sous le vieux chêne aux ombres solitaires Pensif, il s'endormit au bruit lointain des vents, Et l'ange du sommeil sur ses ailes légères Soudain le transporta vers le toit de ses pères Et là lui fit goûter de suaves instants. "Salut ! s'écriait-il, ô terre que j'adore ! "Salut ! beau St-Laurent, sur tes rives encore "Je renais au bonheur. "A genoux sur ce sol de mon âme brûlante "J'ose élever vers toi l'hymne reconnaissante "Ecoute le Seigneur. "J'arrive avec transports sous le riant feuillage "Qui recouvre á demi de ses tranquille ombrage (sic) "Mon paisible séjour. "Assez longtemps souffrir, ne pleure plus ma mère, "De ton sein déchiré bannis la paix amère, "Ton fils est de retour. "Salut, champs fortunés !... mais grand Dieu ! je frissonne "En parcourant ces lieux mon pied tremblant résonne "Sur des crânes brisés. "Victimes d'un beau zèle ils périrent en braves, "Ces héros glorieux maudissant leurs entraves "Sous le joug oppressés, "Ombres de mes amis ! Ombres que je vénère ! "Voyez enfin nos fronts sortir de la poussière, "Voyez tarir nos pleurs, "Nos voeux sont couronnés; la fortune attendrie "Dessinant de la paix l'auréole chérie "Termine nos malheurs. Mais une voix frappe mon oreille attentive, Lui montrant son pays bien au-delà des mers ; C'était le bruit des flots, et la vague plaintive Dont la rage éveillait les échos des rochers.

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