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Joachim DU BELLAY (1522-1560) - A Madame Marguerite, d'écrire en sa langue

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Joachim DU BELLAY (1522-1560) - A Madame Marguerite, d'écrire en sa langue Quiconque soit qui s'étudie En leur langue imiter les vieux, D'une entreprise trop hardie II tente la voie des cieux, Croyant en des ailes de cire, Dont Phébus le peut déplumer Et semble, à le voir, qu'il désire Donner nouveaux noms à la mer. Il y met de l'eau, ce me semble, Et pareil peut être encore est A celui qui du bois assemble Pour le porter en la forêt. Qui suivra la divine Muse Qui tant sut Achille extoller ? Où est celui qui tant s'abuse De cuider encore voler ? Où, par régions inconnues, Le cygne Thébain, si souvent, Dessous lui regarde les nues, Porté sur les ailes du vent ? Qui aura l'haleine assez forte, Et l'estomac, pour entonner Jusqu'au bout la buccine torte Que le Mantouan fit sonner ? Mais, où est celui qui se vante De ce Calabrais approcher Duquel jadis la main savante Sut la lyre tant bien toucher ? Princesse, je ne veux point suivre D'une telle mer les dangers, Aimant mieux entre les miens vivre Que mourir chez les étrangers. Mieux vaut que les siens on précède, Le nom d'Achille poursuivant, Que d'être ailleurs un Diomède Voire un Thersite bien souvent. Quel siècle éteindra ta mémoire, O Boccace? Et quels durs hivers Pourront jamais sécher la gloire, Pétrarque, de tes lauriers verts ? Qui verra la vôtre muette, Dante, et Bembe à l'esprit hautain ? Qui fera taire la musette Du pasteur Néapolitain ? Le Lot, le Loir, Touvre et Garonne, A vos bords vous direz le nom De ceux que la docte couronne Éternise d'un haut renom. Et moi, si la douce folie Ne me déçoit, je te promets, Loire, que ta lyre, abolie, Si je vis, ne sera jamais. Marguerite peut donner celle Qui rendait les enfers contents, Et qui bien souvent après elle Tirait les chênes écoutants

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