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Jean-Antoine de BAÏF (1532-1589) (Recueil : Amours de Francine) - Vien ça, vien friandelette

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Jean-Antoine de BAÏF (1532-1589) (Recueil : Amours de Francine) - Vien ça, vien friandelette Vien ça, vien friandelette, Vien qu'en esbas amoureux Ce beau printemps vigoureux, Ma belle Francinelette, Nous passions libres de soin, " Loin des peines importunes, " Qui volontiers ne sont loin " Des plus hautaines fortunes. Il n'est rien, qui ne convie A suyvre la gayeté, A toute joliveté, A toute joieuse vie. Il n'est rien qui à l'amour Par exemple ne nous somme : Il ne faut perdre un seul jour, Qu'en amour on ne consomme. Voy, le ciel rit à la terre Serenant l'air d'un beau jour : Voy, la terre fait l'amour Au ciel, et de soy desserre De son tresor le plus beau, Pour doire de son nossage Etalant le renouveau De son odoureux fleurage. Les fruitiers de fleurs blanchissent, Les prés se peignent de fleurs, Et de flairantes odeurs Tout l'air embamé remplissent. Oy les bruyans ruisselets, Qui clair-coulans trepignotent, Oy les chantres oyselets, Qui doucetement gringotent. Voy, les oyseaux s'aparient, Et du nectar amoureux Enyvrez (les bien heureux) Leurs amours dans les bois bruyent. Voy sur cet arbre à desir Ces tourtourelles mignardes Sous un frissoneux plaisir S'entrebaisoter tremblardes. Voy (tant leur amour est forte) Comme se voulans mesler El' se tachent engouler, Tachans se faire en la sorte De deux une seulement. Voy comme d'un doux murmure El' se flatent doucement Parmy si douce engoulure. Voy, Francine, voy, mignarde, Ces vignes qui les ormeaux Lassent de pampreux rameaux. Voy m'amie, voy, regarde Le lierre surrampant Qui de sa tortisse chaisne Embrasse alentour grimpant Le tige aymé de ce chesne. Quoy ? mignonne, toute chose D'amour les dons sentira, Toute chose en jouïra, Et nostre amour se repose ? Quoy ? folle, devant nos yeux Verrons-nous que tout s'ébate, Sans que leur jeu gracieux A mesme plaisir nous flate ? Qu'à plaisir tout se delie Devant nos yeux, et que nous Voyant leur plaisir tant doux Crevions de jalouse envie, Sans qu'employer nous osions Le temps que la mort nous lesse, Oysifs, sans que nous usions Des dons de nostre jeunesse ?

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