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Guillaume D'aquitaine

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Guillaume IX, comte d'Aquitaine et septième comte de Poitiers, est le premier troubadour, le premier poète européen que nous connaissions, qui chante l'amour de la femme, en langue vulgaire. Les nombreux décrets des conciles de l'Église lancés contre les chants lubriques et luxurieux au cours des siècles précédents, le capitulaire de Charlemagne défendant aux religieuses de chanter des "winileodos", c'est-à-dire des chansons d'amour en langue germanique, nous montrent qu'à côté des poésies d'amour en langue latine qui nous sont conservées, les poètes chantaient l'amour déjà bien avant les troubadours, tout en ayant perdu, à l'exception des clercs, le contact avec la tradition latine classique. Comment en pourrait-il être autrement ? Guillaume IX eut donc certainement des prédécesseurs, et non seulement en latin. Mais il nous semble très peu probable que la conception de l'amour et de la femme, qui apparaît chez les troubadours, soit bien antérieure à la fin du XIe siècle. Quant aux formes rythmiques et musicales des poèmes de Guillaume IX et des troubadours qui le suivent, elles s'expliquent aujourd'hui — surtout après les travaux de Henri Spanke aisément par celles de la poésie liturgique latine, en particulier par les hymnes et séquences de Saint-Martial de Limoges, dont Guillaume IX était l'abbé laïque. Mais comment se fait-il, se demande-t-on, que le premier troubadour que nous connaissions soit un personnage à double face qui, après avoir chanté, lui, le prince le plus puissant de France, ses aventures galantes d'une manière grivoise, voire obscène, destinée à un auditoire de gais compagnons de débauche, change tout à coup de style et présente les hommages les plus humbles, sinon les plus épurés, à une femme si idéalisée qu'on peut douter de son existence réelle ? Les arabisants ont fait valoir des tendances platoniciennes tout à fait semblables dans la poésie arabe d'Espagne du Xe et du XIe siècle. Si l'hypothèse d'une influence arabe sur les troubadours était confirmée par de nouvelles preuves, qui lui font encore défaut, le rôle de Guillaume IX n'en serait certainement pas amoindri ; car c'est chez lui, et chez lui seul, que nous surprenons le revirement radical dans la conception de la femme qui décidera du caractère de la poésie d'amour de l'Europe moderne. Plus nous avançons dans le XIIe siècle, plus nous voyons les troubadours chanter sur une seule note, soit celle d'un amour mystique et idéalisant, soit celle d'un amour sensuel et jouisseur, ou enfin celle d'un amour qui, tout en faisant de la dame un être supérieur, exalte sa beauté physique d'autant plus exaspérante que la femme aimée restera toujours pour le troubadour lointaine et inaccessible. Elle n'accordera ses grâces qu'à un amant que l'amour aura affiné, tout en préservant son désir éternellement inassouvi. Nous trouvons dans les onze chansons que les manuscrits nous ont transmises du duc d'Aquitaine, tour à tour ces trois conceptions et les trois styles qui s'en dégagent, mais surtout la dernière, qui peut être considérée comme la conception classique du troubadour idéal. Chez lui l'amour du spirituel et l'amour du corporel cheminent sur l'étroit sentier qu'est la recherche du beau. La femme, pour le poète de l'antiquité, avait été surtout un objet de désir sensuel. La poésie d'amour au Moyen Âge avait continué la tradition latine, mais à côté de cet amour profane, il y avait un autre amour, le seul qui comptât pour le vrai chrétien, l'amour de Dieu ou l'amour de Dieu à travers le prochain. Un abîme séparait ces deux mondes ; et voilà l'homme qui va le combler, le premier troubadour.

« Guillaume D'aquitaine 1071-1126 Guillaume IX, comte d'Aquitaine et septième comte de Poitiers, est le premier troubadour, le premier poète européen que nous connaissions, qui chante l'amour de la femme, en langue vulgaire.

Les nombreux décrets des conciles de l'Église lancés contre les chants lubriques et luxurieux au cours des siècles précédents, le capitulaire de Charlemagne défendant aux religieuses de chanter des "winileodos", c'est-à-dire des chansons d'amour en langue germanique, nous montrent qu'à côté des poésies d'amour en langue latine qui nous sont conservées, les poètes chantaient l'amour déjà bien avant les troubadours, tout en ayant perdu, à l'exception des clercs, le contact avec la tradition latine classique.

Comment en pourrait-il être autrement ? Guillaume IX eut donc certainement des prédécesseurs, et non seulement en latin.

Mais il nous semble très peu probable que la conception de l'amour et de la femme, qui apparaît chez les troubadours, soit bien antérieure à la fin du XIe siècle.

Quant aux formes rythmiques et musicales des poèmes de Guillaume IX et des troubadours qui le suivent, elles s'expliquent aujourd'hui — surtout après les travaux de Henri Spanke aisément par celles de la poésie liturgique latine, en particulier par les hymnes et séquences de Saint-Martial de Limoges, dont Guillaume IX était l'abbé laïque.

Mais comment se fait-il, se demandet-on, que le premier troubadour que nous connaissions soit un personnage à double face qui, après avoir chanté, lui, le prince le plus puissant de France, ses aventures galantes d'une manière grivoise, voire obscène, destinée à un auditoire de gais compagnons de débauche, change tout à coup de style et présente les hommages les plus humbles, sinon les plus épurés, à une femme si idéalisée qu'on peut douter de son existence réelle ? Les arabisants ont fait valoir des tendances platoniciennes tout à fait semblables dans la poésie arabe d'Espagne du Xe et du XIe siècle.

Si l'hypothèse d'une influence arabe sur les troubadours était confirmée par de nouvelles preuves, qui lui font encore défaut, le rôle de Guillaume IX n'en serait certainement pas amoindri ; car c'est chez lui, et chez lui seul, que nous surprenons le revirement radical dans la conception de la femme qui décidera du caractère de la poésie d'amour de l'Europe moderne.

Plus nous avançons dans le XIIe siècle, plus nous voyons les troubadours chanter sur une seule note, soit celle d'un amour mystique et idéalisant, soit celle d'un amour sensuel et jouisseur, ou enfin celle d'un amour qui, tout en faisant de la dame un être supérieur, exalte sa beauté physique d'autant plus exaspérante que la femme aimée restera toujours pour le troubadour lointaine et inaccessible.

Elle n'accordera ses grâces qu'à un amant que l'amour aura affiné, tout en préservant son désir éternellement inassouvi.

Nous trouvons dans les onze chansons que les manuscrits nous ont transmises du duc d'Aquitaine, tour à tour ces trois conceptions et les trois styles qui s'en dégagent, mais surtout la dernière, qui peut être considérée comme la conception classique du troubadour idéal.

Chez lui l'amour du spirituel et l'amour du corporel cheminent sur l'étroit sentier qu'est la recherche du beau.

La femme, pour le poète de l'antiquité, avait été surtout un objet de désir sensuel.

La poésie d'amour au Moyen Âge avait continué la tradition latine, mais à côté de cet amour profane, il y avait un autre amour, le seul qui comptât pour le vrai chrétien, l'amour de Dieu ou l'amour de Dieu à travers le prochain.

Un abîme séparait ces deux mondes ; et voilà l'homme qui va le combler, le premier troubadour. Guillaume IX descendait d'une famille toujours très attachée à l'Église ; ses ancêtres avaient fondé des abbayes et fait des donations sans nombre.

Guillaume V le Grand passait régulièrement le carême à Rome, ou faisait le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Mais il faut aussi rappeler le goût du plaisir et du faste qui régnait à la cour des comtes de Poitiers et dans les châteaux de leurs vassaux.

Les chroniqueurs ne tarissent pas sur ce sujet. Ajoutons enfin que les femmes, épouses légitimes et maîtresses, y jouèrent toujours un grand rôle et y exercèrent une influence profonde. Le premier troubadour hérita de ses ancêtres le goût de la femme, du plaisir et du faste, mais il s'était complètement émancipé de l'Église, qu'il narguait partout où il avait occasion de le faire.

Il se trouvait constamment en querelle avec les évêques de Poitiers, de Limoges, d'Angoulême.

La croisière qu'il entreprit en 1101, et qui fut d'ailleurs un désastre complet, n'était nullement dictée par sa piété, mais par son esprit d'aventure.

Nous connaissons une seule donation pieuse de Guillaume IX.

Il la fit dans un moment de dépression lorsqu'il gisait blessé à Saint-Jean-d'Angély. Or c'est sur le territoire de ce cynique dévergondé que surgit un mouvement religieux d'un ascétisme prononcé, qui entraîne avec lui toute une partie de l'aristocratie angevine et poitevine.

Ce mouvement aboutit à la création de l'ordre de Fontevrault, fondé par Robert d'Arbrissel qui, pour la première fois dans l'ère chrétienne, place la femme au-dessus de l'homme : à la tête des nombreuses communautés religieuses et des quelques couvents de moines, Robert n'a pas placé un abbé, mais une abbesse.

C'est elle que les moines doivent servir, comme saint Jean, à la prière du Christ, servit la Vierge.

Cette abbesse, notons-le bien, n'est pas une vierge, mais une jeune veuve, qui incarne en même temps la pureté et la femme accomplie. N'est-ce pas là déjà la dame des troubadours qui, on le sait, adressaient toujours leurs hommages à une femme mariée et non à une jeune fille ? En effet, le parallélisme est frappant.

La poésie de Guillaume IX n'est pas inspirée par Fontevrault, dont l'ascétisme exaspérait le comte.

Guillaume IX avait des raisons pour réagir contre le nouveau mouvement : sa première femme, Ermengarde d'Anjou, dont il était divorcé, se réfugia à Fontevrault ; puis ce fut le tour de la fameuse Bertrade de Montfort, comtesse d'Anjou, qui auparavant s'était fait enlever par Philippe Ier, roi de France, au grand scandale de l'Église et du pays ; puis celui de la soeur de Bertrade, Isabelle de ConchesToesny, une des plus belles et des plus brillantes dames de l'aristocratie normande.

Enfin, vers la fin de 1115, la seconde femme de Guillaume IX, Philippa de Toulouse, profondément attristée par la vie licencieuse de son mari, et surtout par sa liaison avec la vicomtesse de Châtellerault, prit le voile à Fontevrault, accompagnée de sa fille Audéarde.

Robert d'Arbrissel avait été son conseiller déjà en 1113, peut-être dès 1098.

Guillaume avait commencé par couvrir l'ordre de Fontevrault de ses sarcasmes.

Robert d'Arbrissel avait converti des courtisanes en les. »

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