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Gabriel Charles, abbé de LATTAIGNANT (1697-1779) - Les pantins

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Gabriel Charles, abbé de LATTAIGNANT (1697-1779) - Les pantins À Mme Coquebert, de Reims L'autre jour un philosophe Joyeux, aimable et badin (Il en est de toute étoffe), Faisait danser un pantin. En jouant, il examine De la nouvelle machine Tous les fils et les ressorts, Qui meuvent ce petit corps. Or voici comme ce sage Badinait en raisonnant, Ou, si l'aimez davantage, Raisonnait en badinant : Cette petite figure Rend, dit-il, d'après nature, Ce qui nous met tous en train : Tout homme est un vrai pantin. La passion dominante Est le fil et le ressort, Qui, dans une main savante, Fait tout mouvoir sans effort. Il en est de toute espèce ; Car chacun a sa faiblesse Un cordon, ou rouge ou bleu, Suffit pour tout mettre en jeu. Lorsque, pour une coquette, L'amour nous fait soupirer, Le cordon de la fleurette Est celui qu'il faut tirer. Une plus grande ressource, C'est le cordon de la bourse ; Sitôt qu'on le tirera, La pantine dansera. Regardez cette figure, Qui représente Thémis, Qui, dit-on, d'une main sûre, Pèse et met tout à son prix : Dans les biens qu'elle dispense, Qui fait pencher la balance ? C'est un petit filet d'or, Qui fait aller le ressort. Trissotin, le parasite A pris, pour son protecteur, Un financier sans mérite, Qui n'a que de la hauteur. Il encense son idole En prodiguant l'hyperbole ; Qui est-ce que fait Trissotin ? Il fait danser son pantin. Damis approuve l'ouvrage Que Martin dit avoir fait ; Enchanté de son suffrage, Le filet fait son effet. Martin se croit un Pindare ; Il vole plus haut qu'Icare ; Il décide en souverain ; Voyez danser le pantin. Gâcon fait l'apothéose De la suffisante Iris : Il célèbre en vers, en prose L'objet dont il est épris ; Ne fût-elle qu'une buse, L'auteur l'appelle sa Muse ; Il a tiré le filet Le ressort fait son effet. Pour vous, aimable Thémire On a beau vous cajoler ; Quelque filet que l'on tire Rien ne peut vous ébranler. Philosophe et sûre amie, Vous riez de la folie De tous les faibles humains Et vous moquez des pantins.

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